Le nouvel intermédiaire : les dessous de la visite de Sarkozy à Moscou

Nicolas Sarkozy lors de son intervention à  l’Institut d'État des relations internationales de Moscou.

Nicolas Sarkozy lors de son intervention à l’Institut d'État des relations internationales de Moscou.

Igor Liliev / RIA Novosti
Nicolas Sarkozy, candidat déclaré à la présidence de la France, s’est exprimé à Moscou contre l’isolement de la Russie et pour l’intégrité territoriale de la Géorgie et de l’Ukraine. Les experts considèrent qu’il cherche à redevenir un intermédiaire entre Poutine et l’Europe.

Lui et le président russe se tutoient

Au cours de sa visite à Moscou, l’ancien président français Nicolas Sarkozy, aujourd’hui chef du parti d’opposition de centre-droit Les Républicains, a donné jeudi une conférence d’une heure à l’Institut d'État des relations internationales de Moscou, puis a rencontré les membres de la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Russe et le président russe Vladimir Poutine.

Durant ses entretiens à Moscou, il s’est positionné comme un adversaire de l’isolement international de la Russie et un partisan d’une lutte conjointe des grandes puissances mondiales contre l’État islamique en Syrie et en Irak, une organisation reconnue en Russie comme terroriste. Dans le même temps, il a souligné son attachement à l’intégrité territoriale de l’Ukraine et de la Géorgie.

Sarkozy a rencontré Poutine dans la résidence de campagne du dirigeant russe à Novo-Ogarevo. Comme l’indique le service de presse du Kremlin, les discussions ont porté sur de nombreuses questions, en particulier la situation en Syrie. La presse a été invitée quelques minutes à constater que les deux dirigeants se tutoyaient. « Je suis très heureux de te voir, cela fait très longtemps que nous ne nous sommes pas vus, un an », a déclaré Poutine selon l’agence TASS.

L’ex-président français a répondu qu’il était heureux de se trouver à Moscou et a ajouté : « Tu connais ma conviction que le monde a besoin de la Russie ». Sarkozy a aussi fait remarquer que durant son mandat présidentiel, lui et Poutine « avaient su trouver des compromis équitables ».

La Russie, c’est la Russie

Sarkozy a commencé sa conférence à l’Institut d'État des relations internationales de Moscou avec la reconnaissance du statut spécial de la Russie. « La Russie se trouve en Europe, mais ce n’est pas l’Europe. La Russie se trouve en Asie, mais ce n’est pas l’Asie. La Russie ne peut être que russe », a-t-il déclaré. L’ancien président a souligné qu’il éprouvait beaucoup de sympathie pour la Russie et était son ami. « Mais un vrai ami ne vous dit pas ce que vous voulez entendre. Un ami a des convictions, il parle franchement », a nuancé Sarkozy.

Il a déclaré que la Russie était un maillon indissociable de l’ordre mondial contemporain, et une grande puissance mondiale. L’homme politique a aussi déclaré être en faveur de la primauté du droit international, et a appelé Moscou à décider comment elle utiliserait ses prérogatives. Il a ensuite clairement affirmé qu’il soutenait l’intégrité de l’Ukraine et de la Géorgie.

Le chef des Républicains a accordé une attention particulière à la crise syrienne. Sarkozy a déclaré qu’il continuait d’exiger le départ du président syrien Bachar el-Assad, responsable de la mort de centaines de milliers de personnes. Cependant, contrairement aux positions du gouvernement français et d’autres Etats occidentaux, Sarkozy a reconnu que le dialogue politique dans ce pays du Proche-Orient serait impossible sans le parti Baas, à la base du régime Assad. Le chef de l’opposition française a également remarqué que l’existence de plusieurs coalitions internationales contre l’État islamique était absurde. « Il ne doit y avoir qu’une seule coalition, comprenant la Russie », a-t-il déclaré.

Paris sera toujours Paris

L’Europe recherche ces derniers temps un intermédiaire qui serait capable de mener le dialogue avec la Russie, considère Fiodor Loukianov, rédacteur en chef du journal La Russie dans la politique internationale. Avec le début du conflit en Ukraine, l’Allemagne a cessé de jouer ce rôle, et plusieurs capitales européennes peuvent y prétendre à l’avenir, en particulier Paris, si le centre-droit parvient à revenir au pouvoir en 2017 et que Sarkozy occupe de nouveau le fauteuil présidentiel. « Le président de la France est le candidat évident. L’Allemagne n’a pas l’habitude d’assumer une position dominante en Europe. L’UE a besoin de quelqu’un d’autre. La France a longtemps été la locomotive de l’intégration politique de l’Union européenne », a-t-il remarqué.

Mais tant que Sarkozy se trouvera dans l’opposition, il ne pourra pas servir d’intermédiaire, a affirmé au quotidien RBC Sergueï Outkine, de l’Académie des sciences russe. Selon lui, la visite de l’ex-président français au Kremlin est un atout important : le leader de l’un des partis majeurs d’un grand pays de l’UE évoque la nécessité de changer de politique vis-à-vis de la Russie. Mais en ce qui concerne la normalisation des relations, on peut aussi considérer comme des signaux forts la visite du vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel et de la ministre française de l’Ecologie Ségolène Royal, membres en exercice du gouvernement de leurs pays, considère-t-il.

Les références de Sarkozy au droit international dans le contexte de la Géorgie et de l’Ukraine étaient une formalité indispensable, considèrent les experts. « Montrez-moi un politicien qui ne fasse pas référence au règles de droit », affirme Loukianov. Il ne faut pas prendre trop au sérieux cette rhétorique, confirme Roubinsky. « La Chine non plus n’a pas reconnu le rattachement de la Crimée. Cela n’empêche pas Moscou de se rapprocher de Pékin », fait-il remarquer.

Texte intégral disponible sur le site RBC  

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