​Conflit dans le Donbass : la balle est dans le camp de Kiev

La rencontre sur le règlement en Ukraine le 2 octobre 2015 à Paris.

La rencontre sur le règlement en Ukraine le 2 octobre 2015 à Paris.

Reuters
​Le sommet au format « Normandie » sur la situation en Ukraine a permis d’enregistrer d’importants progrès dans le règlement du conflit dans les régions orientales du pays. Le résultat principal est le report des élections dans les Républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk, décision prise grâce aux efforts de Moscou. Désormais, c’est à Kiev d’agir.

La rencontre, le 2 octobre à Paris, des leaders des pays membres du format « Normandie » (Allemagne, France, Russie et Ukraine) a marqué un jalon dans la réalisation des accords de Minsk. Son résultat principal est le report des élections locales dans les républiques autoproclamées, sujet constituant une pierre d’achoppement entre le Donbass et Kiev sur fond de cessez-le-feu presque total. Toutefois, les experts russes ne s’empressent pas de donner des évaluations trop positives aux succès des négociations à quatre, et remettent en cause la bonne volonté de l’Ukraine concernant l’application du volet politique des accords. Selon eux, Berlin et Paris devraient exercer leur influence sur Kiev.

Des concessions des deux côtés impératives

Les participants au sommet ont eux-mêmes souligné que les ententes de Paris exigeaient des concessions de la part des deux parties au conflit. Les républiques ukrainiennes autoproclamées ont d’ores et déjà fait une série de démarches pour résorber la crise sous l’influence de Moscou, constatent les experts. Le président russe Vladimir Poutine a promis au cours de la rencontre de donner les consignes appropriées pour évoquer le problème des élections avec des représentants officiels du Donbass. Il semble que ces consignes aient été appliquées. Le politologue Boris Chmeliov, de l’Institut d’économie de l’Académie des sciences de Russie, a indiqué à RBTH que « le report des élections dans le Donbass au printemps prochain était sans aucun doute le fruit de la pression de Moscou (sur Donetsk et sur Lougansk) » et constituait « une partie des compromis définis lors de la rencontre des quatre leaders à Paris ».

Désormais, la balle est dans le camp des autorités ukrainiennes. Kiev s’est vu recommander à Paris d’adopter une loi spéciale sur les élections dans le Donbass en la concertant avec les responsables des républiques autoproclamées, de préciser dans la Constitution le statut particulier du Donbass et d’approuver une amnistie pour les participants aux hostilités. Ces recommandations résument de fait ce que les deux républiques attendent des autorités ukrainiennes.

Dans le même temps, soulignent les experts, la Russie n’a que très peu d’influence sur le pouvoir ukrainien. « Les possibilités de Moscou afin de faire pression sur Kiev sont quasi-nulles. À l’heure actuelle, nous ne pouvons influencer Kiev qu’indirectement, par le biais d’ententes avec (la chancelière allemande Angela) Merkel et (le président français François) Hollande, ainsi qu’avec Washington », a noté Boris Chmeliov.

« Porochenko n’a pas de marge de manœuvre »

Les responsables ukrainiens n’ont pas été unanimes en évaluant la décision des Républiques de Donetsk et de Lougansk, ce qui reflète l’absence d’unité du côté de Kiev au sujet d’un règlement dans le Donbass. Selon les experts, c’est l’une des grandes embûches sur le chemin de la paix.

« Tous les membres de l’actuelle coalition au pouvoir sont loin d’aspirer à un processus de paix, aussi compliqué et douloureux soit-il : il y a le « parti de la guerre » et il y a les partisans de la « petite Ukraine » (l’Ukraine sans le Donbass). La situation est compliquée pour le président qui (…) ne possède malheureusement pas de plateforme conséquente, claire et nette au sujet du Donbass », a indiqué à RBTH le politologue ukrainien Andreï Iermolaïev, directeur de l’Institut des études stratégiques Ukraine nouvelle. Dans ce contexte, il souligne que Petro Porochenko n’a presqu’aucune marge de manœuvre en ce qui concerne la situation dans le Donbass en raison de la position des pays européens. D’après lui, l’Europe oblige Porochenko à agir « même au prix de perturbations en Ukraine ».

Nombre d’experts russes sont du même avis : l’attitude de Paris et de Berlin envers le leader ukrainien a changé. « Selon toute probabilité, il lui a été dit (à Petro Porochenko) à Paris qu’il serait impossible de diviser les accords de Minsk (…) pour en appliquer certains et en passer d’autres à la trappe, en laissant de côté le processus politique », a confié à RBTH Maxime Braterski, expert du Centre des études européennes de la Haute école d'économie.

Les accords seront torpillés par l’Ukraine et non par la Russie

Pour Arnaud Dubien, qui dirige l’Observatoire franco-russe à Moscou, il est évident que les accords de Minsk ne profitent pas à l’Ukraine, surtout dans leur dimension politique, parce qu’ils reflètent le rapport de force qui s’est formé à l’issue de la triple défaite militaire des troupes ukrainiennes : près d’Ilovaïsk durant l’été 2014, à l’aéroport de Donetsk et à Debaltsevo. « Cela étant, quand il sera question d’appliquer les aspects politiques des accords de Minsk, ces derniers seront torpillés non pas par la Russie, mais par l’Ukraine qui fera tout pour en rejeter la responsabilité sur Moscou », a-t-il expliqué.

Selon M. Dubien, il ne sera pas facile pour Porochenko d’obtenir l’approbation des décisions prises à Paris dans la situation actuelle à Kiev, qui est hostile à tout compromis. Le président ukrainien essaiera d’appliquer plusieurs de ces décisions, d’en édulcorer certaines et de faire l’impasse sur d’autres, a-t-il affirmé. Et beaucoup dépendra de la position de Paris et de Berlin qui, d’après lui, souhaitent que les accords de Minsk aboutissent et qui ne laisseront sans doute pas couler l’affaire.

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