La « carte russe » de Sarkozy sous la loupe des experts

L’ex-président français Nicolas Sarkozy prononce un discours à la Fête de la Violette, le 4 juillet 2015, à La Ferté-Imbault.

L’ex-président français Nicolas Sarkozy prononce un discours à la Fête de la Violette, le 4 juillet 2015, à La Ferté-Imbault.

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L’ex-président français déclare qu’il est indispensable de coopérer avec la Russie. Nous avons demandé aux experts à quoi pourrait être due une telle affirmation.

Dans une interview au Figaro, l’ex-président français Nicolas Sarkozy a indiqué qu’il était nécessaire de coopérer avec la Russie. « On voit la grave erreur qui fut celle de créer les conditions d'une nouvelle guerre froide avec la Russie. Nous avons besoin d'elle sur le dossier syrien et sur Daech. Il faut tourner la page de cette guerre froide avec Moscou », a-t-il souligné. Toutefois, a-t-il poursuivi, « la Russie doit montrer sa bonne volonté en aidant la communauté internationale à vaincre Daech et à régler l'imbroglio syrien ».

Le professeur Youri Roubinski,  chef du Centre des études françaises de l’Académie des sciences de Russie, met en relief le contexte international des affirmations du politique français. Il s’agit d’un nouveau volet de négociations au format dit « Normandie » et de la prochaine Assemblée générale de l’Onu qui doit soulever le problème de la lutte contre l’Etat islamique (EI). « Si Nicolas Sarkozy a décidé de faire cette déclaration aujourd’hui, c’est tout à fait logique. Il a simplement fait connaître sa position », a expliqué Youri Roubinski, en mettant l’accent sur le fait que la déclaration de Nicolas Sarkozy était dirigée plutôt vers l’intérieur de la France. « Le dossier russe constitue une plateforme de compétition de forces d'opposition », a-t-il constaté, en parlant du match à distance entre les Républicains dirigés par Nicolas Sarkozy et le Front national de Marine Le Pen. Toujours selon Youri Roubinski, dans le contexte international actuel, Nicolas Sarkozy estime avoir trouvé le bon moment pour « jouer la carte russe », car sa rivale principale, Marine Le Pen, a depuis longtemps fait connaître sa position au sujet de la Russie.

Pavel Timofeïev, spécialiste de la France à l’Institut de l’économie mondiale et des relations internationales de l’Académie des sciences, établit lui aussi un rapport entre le contexte politique intérieur et la déclaration de l’ex-président. « Il ne faut pas oublier que la France commence à vivre au rythme de la campagne électorale de 2017 et que Nicolas Sarkozy doit de nouveau gagner la confiance des électeurs en mettant en évidence l’incompétence des spécialistes au pouvoir dans le pays, notamment dans le domaine de la politique étrangère », a dit Pavel Timofeïev à RBTH. « Relevant la nécessité de régler les problèmes du Proche-Orient (que François Hollande ne peut toujours pas résoudre), Nicolas Sarkozy laisse entendre que la France doit se montrer plus active, tout en comprenant qu’il serait improductif de négliger le poids de la Russie dans la région ».

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