La Russie tente de renouer le dialogue avec l’Occident

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l'issue de la session annuelle du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe. Crédit : EPA

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov à l'issue de la session annuelle du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe. Crédit : EPA

Le déplacement à Bruxelles du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, prouve que Moscou cherche des terrains de coopération constructive avec l’Europe. Et bien que la visite ait été l’occasion d’évoquer des sujets très variés, allant de l’immigration clandestine à la lutte contre le terrorisme, l’attention a été principalement focalisée sur la résolution de la crise en Ukraine.

Dans le cadre de sa visite à Bruxelles les 18 et 19 mai, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, est intervenu lors d’une réunion du Comité des ministres du Conseil de l’Europe, et a rencontré le secrétaire général du Conseil de l’Europe, Thorbjorn Jagland, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Federica Mogherini, et le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg.

« Une situation accablante »

À l’issue de ses entretiens bruxellois, Sergueï Lavrov a déclaré que les relations entre la Russie et l’Union européenne restaient « accablantes », et a accusé Bruxelles d’avoir « endigué la quasi-totalité des canaux de coopération et démonté les mécanismes de celle-ci ». Dans le même temps, il a relevé « certains progrès », notamment dans les négociations sur la zone de libre-échange entre l’UE et l’Ukraine, négociations qui se tiennent avec le concours de la Russie. Il s’est également félicité des activités du Conseil de l’Europe et de sa participation à la rencontre du Comité des ministres.

Prenant la parole à la réunion du Comité des ministres, M. Lavrov a confirmé que Moscou restait attaché à l’idée de mettre en place un espace commun allant « de l’Atlantique au Pacifique » dans les domaines économique, sécuritaire et culturel. Selon lui, l’actuelle crise en Ukraine a été causée par l’absence d’une telle communauté et l’apparition en Europe de nouvelles lignes de clivage entre les pays occidentaux et la Russie. Pour résorber le conflit ukrainien, il importe de lancer un dialogue direct entre Kiev et les milices populaires, ainsi que d’organiser une réforme constitutionnelle.

Vers la fin des « déclarations hargneuses » ?

Les observateurs russes estiment que l’idée maîtresse du voyage du ministre russe a été le règlement de la crise en Ukraine. Ils lient également la visite de Sergueï Lavrov à celles qu’ont précédemment effectuées en Russie le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, et son adjointe, Victoria Nuland, manifestant un changement d’attitude de Washington envers les développements en Ukraine.

Maxime Bratevski, expert du Centre des études européennes de la Haute école d'économie, constate « qu’après un an de déclarations hargneuses », la Russie et l’Occident ont entamé un dialogue. Pour ce qui est des objectifs visés par Sergueï Lavrov lors de sa visite, il les divise en tactiques et stratégiques. Parmi les premiers, il cite l’aspiration de Moscou à convaincre les Européens de se montrer plus présents dans la réalisation des accords de Minsk, notamment en exerçant une pression sur Kiev et en contribuant à la matérialisation des réformes constitutionnelles en Ukraine. Parmi les objectifs stratégiques poursuivis par la diplomatie russe à Bruxelles figurent la nécessité de rétablir les relations entre la Russie et l’UE et de lever les sanctions.

Le problèmes des élections dans le Donbass

Peu d’informations ont filtré sur le contenu des négociations de Sergueï Lavrov à Bruxelles. Evoquant sa rencontre avec le secrétaire général du Conseil de l’Europe, il a dit avoir focalisé son attention sur le rôle de cette organisation dans la résolution de la crise ukrainienne. En ce qui concerne son entretien avec Federica Mogherini, le ministère russe des Affaires étrangères a publié un communiqué laconique. A l’issue des négociations avec Jens Stoltenberg, ce dernier a appelé la Russie à cesser son soutien aux milices populaires et a rappelé que les canaux destinés aux contacts politiques avec Moscou étaient ouverts.

La parcimonie avec laquelle filtrent les informations sur les rencontres de Sergueï Lavrov pourrait signifier que les négociations avancent difficilement, ce qui est lié, d’après les observateurs, à des visions différentes par la Russie et l’UE sur les moyens de régler la crise ukrainienne. Le politologue pro-Kremlin Sergueï Markov affirme que l’objectif de la visite de Sergueï Lavrov était de rapprocher les positions des parties.

Selon lui, une période de « diplomatie intense » a débuté suite au changement de la position des États-Unis sur la crise en Ukraine. Washington ne mise plus sur une solution de force dans le Donbass et « parle sérieusement, pour la première fois, de la matérialisation des accords de Minsk » axés sur une résolution pacifique au conflit.

Le tournant dans la position de Washington pose devant toutes les parties prises dans l’engrenage du conflit la tâche de concerter leurs visions sur les moyens d’organiser des élections dans les régions qui se sont écartées du pouvoir ukrainien central (ce qui est la question clé en vue d’un règlement négocié du problème). C’est précisément ce dont s’est occupé Sergueï Lavrov à Bruxelles, a fait remarquer Sergueï Markov.

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