Dupont-Aignan : « À l'avenir, la priorité absolue sera l’entente entre la Russie et l’Europe occidentale »

Crédit : attaché de presse

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« Je ne suis pas venu me faire l’avocat de la Russie, mais pour réconcilier et éviter les malentendus ». Candidat à l’élection présidentielle française en 2012, Nicolas Dupont-Aignan est député de l’Essonne et président du parti Debout la France. Il effectuait son premier déplacement en Russie le mois dernier, dans un contexte de fortes tensions diplomatiques. Pour RBTH, il commente l’actualité et expose sa conception des relations internationales.

Quel bilan dressez-vous de votre visite en Russie ?

J’y ai retenu deux choses importantes. D’une part, l’amitié franco-russe est un atout considérable pour la France qui aurait tort de s’aligner sur Bruxelles et les États-Unis. D’autre part, la Russie n’a rien à voir avec la description qui en est faite en France. Il ne s’agit nullement de se ranger derrière Moscou, mais d’avoir une relation adulte, se dire les choses et favoriser la complémentarité qu’il y a entre nos économies et notre vision du monde. Pour cela, la France doit avoir une politique étrangère beaucoup plus impartiale et indépendante.

Comment expliquez-vous ce parti pris que vous dénoncez ?

Je crois que nous plaquons, dans nos relations avec la Russie, des souvenirs de la « guerre froide ». Sauf que la Russie a changé, il suffit d’aller à Moscou pour le comprendre. Or, certaines personnalités américaines, britanniques et même allemandes veulent maintenir un conflit au cœur de la l’Europe, car un rapprochement avec la Russie entrainerait obligatoirement une Europe « européenne », et donc indépendante. Ce qu’elles ne souhaitent pas.

Comment jugez-vous l’action de la diplomatie française dans le conflit ukrainien ?

Je me réjouis que les accords de Minsk aient pu rattraper les premiers faux pas de la France qui avait jusqu’alors épousé la thèse de Bruxelles – tous les torts étaient rejetés sur Moscou. Ces accords me semblent équilibrés et permettront, je l’espère, de mettre fin au conflit le plus rapidement possible et de lever des sanctions économiques contreproductives.

Pour autant, vous dites ne pas vouloir faire un chèque en blanc à la Russie. C’est-à-dire ?

Je ne suis pas anti-américain, mais je m’oppose à une certaine pensée américaine qui voudrait dénier à la France le droit d’être libre. J’estime que l’Otan ne doit pas avancer en Ukraine – ce pays doit rester neutre –, mais dans le même temps, nous devons être ferme à l’égard de la Russie. Elle doit être irréprochable sur les accords de Minsk et il ne doit pas y avoir de nouvelle Crimée.

Annexion illégale, rattachement légitime, le cas de la Crimée fait débat. Qu’en pensez-vous ?

Nicolas Dupont-Aignan à Moscou. Crédit : attaché de presse 

À partir du moment où il y a eu un référendum et que les habitants approuvent, je pense qu’il faut arrêter de faire une fixation sur la Crimée qui, de plus, est historiquement russe. Mais encore une fois, la Russie ne doit pas se sentir autorisée à aller plus loin. Il y a eu le précédent du Kosovo, puis la Crimée, à présent il faut mettre un terme aux modifications des frontières sur le continent.

En Russie, l’association des Mères de soldats dénonce l’envoi illégal de soldats russes en Ukraine. Votre réaction ?

Si c’est le cas, ce n’est pas acceptable, je l’ai dit à mes interlocuteurs à Moscou. Il faut que le pouvoir ukrainien se retire de ses actions les plus scandaleuses, mais il faut aussi que les séparatistes et la Russie respectent l’intégrité territoriale de l’Ukraine.

Sur le conflit en Ukraine et la relation avec la Russie, une ligne de fracture se dessine en France : d’un côté, des responsables comme Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et vous-même, sans oublier certains membres de l’UMP ; de l’autre, la classe politique « libérale », droite et gauche confondues. Comment l’expliquez-vous ?

Nous nous rejoignons dans le refus de la « world company », cet ultralibéralisme devenu totalitaire. Nous sommes attachés à l’idée de nation souveraine et au respect de la volonté des peuples tandis que les autres défendent un concept de supranationalité qui est un leurre, car il désigne en réalité la supranationalité de l’argent. Je souhaite une politique étrangère gaullienne. La France doit avoir sa voix propre, défendre ses intérêts et n’a pas à choisir entre ses amis. Je ne suis pas un soutien politique de Poutine. Pour autant, au nom de quoi devrais-je hurler avec les loups ?

Vous appelez de vos vœux une Europe qui irait jusqu’à Vladivostok. Quel sens donnez-vous à cette formule du général de Gaulle ?

Dans les cinquante prochaines années, la priorité absolue sera l’entente entre la Russie et l’Europe occidentale afin de peser dans la mondialisation. Il ne faut pas laisser à la Chine et aux États-Unis le monopole du XXIe siècle. Cela nécessite de se dégager de cette Union européenne technocratique et financière et de bâtir une Europe des nations et des projets. La Russie doit pouvoir en faire partie.

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