La Russie se retire du Traité FCE : un signal envoyé à l’Occident

Crédit : Alexeï Malgavko/RIA Novosti

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La Russie a annoncé son retrait du Traité sur les forces armées conventionnelles en Europe (FCE), qualifiant ce dernier « d’absurde ». Les experts estiment que Moscou exprime ainsi son mécontentement à l’égard des démarches de l’Occident sur fond de crise ukrainienne.

Moscou a annoncé son retrait du traité FCE à partir du 11 mars en déclarant que le traité était désormais « absurde sur le plan politique et pratique ». Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a réagi en déclarant que l’Alliance était déçue par la décision de la Russie.

Geste démonstratif

Les experts interprètent la décision de Moscou dans le contexte des événements provoqués par la crise ukrainienne. Alexeï Gorbatov, directeur du Centre de sécurité internationale de l'Institut de l'économie mondiale, interrogé par RBTH, a qualifié la décision russe de « geste démonstratif en réponse à l’accumulation des forces de l'Otan près de la frontière russe ». L’expert explique que suite au transfert d’une brigade de blindés américaine en Lettonie (survenu il y a quelques jours), la Russie souhaite « rappeler une fois de plus », qu’elle ne participe plus à ce traité. Il précise, par ailleurs, que « le déploiement de cette brigade ne peut être perçu autrement que comme une violation du moins de l’esprit du traité, si ce n’est de sa lettre ». Arbatov explique que les limites admissibles en matière d’armements devaient à terme être définies pour les pays baltes, membres de l'Otan depuis 2004 (ni le FCE, ni sa version adaptée ne mentionnent les pays baltes).

Andreï Kortounov, directeur du Conseil russe pour les affaires internationales, a également qualifié le retrait de la Russie de signal en direction des partenaires occidentaux de la Russie, qui souhaite ainsi montrer son mécontentement à l’égard de l’activité militaire de l'Otan près de ses frontières.

« Grossière erreur »

La Russie a ratifié la version adaptée du FCE, même si celui-ci ne mentionnait pas les pays baltes et que les limites d’armement pour les pays membres de l'Alliance étaient trois fois supérieures aux restrictions imposées à l’armée russe. Les membres de l'Otan n’ont, quoi qu’il en soit, pas ratifié le document.

L'Otan a conditionné la ratification du traité à l’application par la Russie des accords d’Istanbul de 1999 qui prévoyaient le retrait des troupes russes de Géorgie, d'Abkhazie, d 'Ossétie du Sud et de Transnistrie. Moscou qualifiait cette condition d’artificielle, soulignant que les accords de retrait des troupes signés avec la Géorgie et la Moldavie étaient bilatéraux et n’avaient aucun rapport avec le FCE.

« Les pays de l'Otan ne se sont pas empressés de ratifier le traité adapté [exigeant le retrait des troupes russes], alors que la Russie a retiré la quasi-totalité de ses troupes, n’y laissant que des contingents et des installations parfaitement insignifiants. L’Occident a cherché à pousser sa logique jusqu’au bout, exigeant que la Russie les retire en intégralité et se référant aux accords d’Istanbul. De la part de l'Otan c’était à mon sens un mauvais calcul, une grossière erreur », estime Arbatov ajoutant qu’au final, l’Alliance a « achevé » le régime de contrôle des forces conventionnelles en Europe.

Soupçons accrus

Les experts soulignent par ailleurs que le retrait de la Russie du FCE n’a pas été accompagné d’initiatives concrètes concernant les moyens de rétablir un niveau adéquat de stabilité et de sécurité.

« Lorsqu’on renonce à quelque chose, même de manière justifiée, il faut proposer de nouvelles solutions », précise Kortounov. Il estime que le retrait de Moscou contribuera à une nouvelle montée de sentiments antirusses et de la défiance de la part des pays occidentaux.

Contexte

Signé en 1990 par les pays de l'Otan et du Pacte de Varsovie, le traité FCE définissait les quantités maximales admissibles d'armements lourds. En 1999, une version adaptée du traité a été ratifiée : compte tenu de l’élargissement de l'Otan, les limites en matière d’armement pour les pays de l’Alliance étaient abaissées, alors que la Russie était autorisée à disposer d’un contingent plus important d’équipements militaires dans le sud-est du pays et dans le Caucase.

Moscou a ratifié le traité adapté (en 2004), pourtant seuls trois des 30 pays signataires du document ont suivi son exemple – la Biélorussie, le Kazakhstan et l’Ukraine. En 2007, la Russie a suspendu l’application du traité, mais ce ne s’est que maintenant que Moscou s’en est complètement retiré.

 

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