Moscou ne croit pas à un règlement rapide en Ukraine

Sergueï Lavrov estime que l’apaisement des tensions en Ukraine est loin d’être acquis. Crédit : Vladimir Pesnya/RIAN

Sergueï Lavrov estime que l’apaisement des tensions en Ukraine est loin d’être acquis. Crédit : Vladimir Pesnya/RIAN

Dressant le bilan de l’année le 9 décembre dernier pour l’agence RIA Novosti, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a présenté l’état des relations entre le Russie, les Etats-Unis et l’Union européenne, les perspectives de règlement de la crise ukrainienne, ainsi que l’axe oriental de la politique russe. RBTH propose à ses lecteurs les temps forts de l’entretien avec ministre.

Le règlement ukrainien

Le ministre a fait savoir à RIA Novosti que Moscou considère le président ukrainien Petro Porochenko comme son principal partenaire dans la recherche d’une sortie de crise dans le Donbass. « Le plan de paix proposé par Porochenko et les propositions avancées par le président Vladimir Poutine constituent la base des accords de Minsk. Leur respect inconditionnel est la clé d’un règlement durable de la crise actuelle », a indiqué Lavrov.

Le chef de la diplomatie a répété que la Russie appelait de ses vœux une véritable réforme constitutionnelle en Ukraine, qui doit conduire à l’adoption « d’un accord national révisé en profondeur et renouvelé qui serait perçu par l’ensemble de la société ukrainienne pluriethnique comme un document sérieux et pérenne, fondement d’un État de droit garantissant l’égalité des droits pour les régions et les nationalités ».

Lavrov estime que l’apaisement des tensions en Ukraine est loin d’être acquis. « Pour le moment, il est clair que nous sommes loin de cet objectif », a déclaré le ministre russe.

Moscou et Washington

Interrogé sur les relations entre la Russie et les États-Unis, Lavrov a annoncé que Moscou était ouvert au dialogue avec Washington, mais ne renoncerait en aucun cas à ses propres intérêts.

« Pour notre part, nous sommes toujours ouverts à un dialogue constructif et honnête avec les États-Unis sur les questions bilatérales comme sur la scène internationale, où nos pays ont une responsabilité particulière en matière de sécurité et stabilité internationales. Reste à savoir quand Washington sera prêt à coopérer sur un pied d’égalité réel et en tenant compte des intérêts russes, auxquels nous ne renonceront en aucun cas », a assuré le ministre russe.

Défense antimissile et Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire

Selon Lavrov, les États-Unis ont accusé la Russie d’avoir violé le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire sans avoir, à ce jour, présenté la moindre preuve concrète. Il a également souligné que les États-Unis ignorent les préoccupations exprimées par les autorités russes.

« Les Américains envisagent de commencer, dès l’année prochaine, à déployer des systèmes de défense antimissile en Roumanie et en Pologne, en violation directe du Traité. Ces systèmes pourront servir au lancement simultané de missiles d’attaque aérienne moyenne portée, tels que les Tomahawk… Malheureusement, Washington fait semblant de ne pas comprendre les préoccupations russes », a déploré Lavrov.

« Nous avertissons qu’à une certaine étape du développement de la défense antimissile américaine, nous devrons prendre des mesures adéquates pour assurer notre propre sécurité », a mis en garde Lavrov.

Relations entre la Russie et l’OTAN

Les relations entre la Russie et l’OTAN traversent actuellement leur crise la plus grave depuis l’époque de la guerre froide. Par ailleurs, la Russie appelle à conserver les canaux de dialogue politique, a déclaré Lavrov. « L’Alliance poursuit sa politique d’endiguement de la Russie et prend des mesures visant à renforcer son potentiel militaire et à accroître progressivement sa présence aux frontières russes », a déclaré le chef de la diplomatie russe.

Sanctions occidentales et riposte russe

Moscou n’a pas l’intention de renoncer unilatéralement aux mesures de restriction sur les importations de denrées alimentaires de l’Union européenne, introduites en réponse aux sanctions, car les relations entre la Russie et l’UE ont « atteint un stade où les gestes de bonne volonté ne donnent plus de résultats », a déclaré Lavrov.

« Nous n’avons pas l’intention d’étudier de critères permettant de lever les sanctions. Leur abandon doit être initié par ceux qui les ont introduites. Bien entendu, si l’UE fait preuve de bon sens, nous serons prêts à une coopération constructive sur la question », a-t-il poursuivi.

La Russie et l’Orient

Lavrov a expliqué que la Russie n’avait pas l’intention de modifier l’axe de ses relations avec la Chine, car il répond aux intérêts vitaux des deux pays. « Il s’agit véritablement de relations mutuellement bénéfiques, sans ainés ni cadets, sans leaders ni suiveurs. L’axe des relations sino-russes est tracé en respect des intérêts vitaux des deux pays et nous n’avons pas l’intention de le modifier », a-t-il déclaré.

« Le développement aussi réussi (des relations) s’explique par le fait qu’il est mené dans le respect mutuel solide des intérêts, sur un pied d’égalité, sans ingérence dans les affaires intérieures », a-t-il souligné.

Coopération dans la lutte contre le terrorisme

Le ministre russe a fait comprendre qu’il était, pour le moment, prématuré de parler d’une coopération entre Moscou et Washington dans la lutte contre le groupe terroriste État islamique. « Washington n’a pas souhaité nous inclure directement dans la coalition anti-EI qu’il a formée selon ses propres règles et paramètres uniquement, sans égard au droit international. En outre, le président (américain) Barack Obama a, à plusieurs reprises, désigné la Russie comme une menace globale au même titre que l’EI et le virus Ebola », a conclu le ministre.

 

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