Avis des experts : la résolution anti-djihad n’autorise pas les frappes en Syrie

Les supporters de l'État islamique brandissent le drapeau de l'État islamique en Irak et au Levant. Crédit : Reuters

Les supporters de l'État islamique brandissent le drapeau de l'État islamique en Irak et au Levant. Crédit : Reuters

Au Conseil de sécurité, la Russie a soutenu la résolution proposée par les Etats-Unis et visant à lutter contre les combattants terroristes étrangers. La presse occidentale s’est ensuite empressée d’annoncer que Moscou avait donné un accord silencieux pour les frappes sur les combattants de l’État islamique basés en Syrie. Toutefois, les experts estiment que la position de la Russie n’a pas changé et que le pays continuera à exiger le respect de la souveraineté de la Syrie par Washington.

Andreï Kortounov, directeur général du Conseil russe des Affaires internationales :« La résolution adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU confirme que la coopération entre la Russie et les Etats-Unis en matière de lutte contre le terrorisme international reste toujours un objectif important. À mon sens, malgré les relations compliquées, la Russie comme les Etats-Unis considèrent que cette coopération est positive. Toutefois, les frappes américaines en Syrie sans le consentement exprès des autorités de ce pays sont perçues à Moscou comme dépassant le cadre de la lutte antiterroriste. Moscou les perçoit comme une continuation de la ligne américaine habituelle de non-respect des normes du droit international et de violation de la souveraineté des États ».

« En soutenant la résolution 2170, la Russie a fait comprendre qu’elle était prête à coopérer dans la lutte contre les terroristes. Mais il ne faut pas prendre ce soutien pour une indulgence à l’égard de toutes les décisions contraires aux normes du droit international. Washington n’écoutera, sans doute, pas la critique de Moscou, mais il ne pourra l’ignorer. Sans la participation de la Russie, la lutte américaine contre les islamistes ne sera pas efficace ».

Andreï Baklitski, politologue, directeur du centre PIR en charge des projets d'information : « La Russie critique non la résolution 2170, mais les actions américaines en Syrie. Le texte de la résolution est assez équilibré et s’inscrit dans la lignée des documents similaires de l’ONU sur la lutte contre le terrorisme ».

« Les Etats-Unis devaient demander l’autorisation du président Bachar el-Assad avant de bombarder les islamistes en Syrie. Comme les Américains considèrent l’actuel gouvernement syrien illégitime, ils effectuent des frappes par-dessus la tête d’Assad. C’est de facto une violation du droit international. Pour la Russie, c’est une question de principe qui suscite la critique, exprimée par Sergueï Lavrov à la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. Une fois de plus, Washington viole le principe de souveraineté des États, même si les frappes ciblent les terroristes ».

Tatiana Parkhalina, directrice du Centre d’analyses des problèmes de sécurité européenne : « L’Europe a soutenu la résolution – c’est l’œuvre de la solidarité transatlantique. Après des années de lutte contre les terroristes en Afghanistan, tout le monde comprend le danger que présente la propagation du terrorisme au Proche-Orient et en Afrique.

L’État islamique est une menace directe à la sécurité nationale en Europe comme en Russie. Le soutien par Moscou de la résolution sur la lutte contre les terroristes étrangers est le bon choix pour la diplomatie russe. La critique de Sergueï Lavrov qui a suivi le vote est motivée par le fait qu’il est important pour Moscou d’afficher sa position sur les bombardements américains en Irak et en Syrie. C’est important que les Américains entendent notre point de vue ».

 

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