Le conflit ukrainien déborde sur le territoire russe

Selon les chiffres de l'administration de l'oblast de Rostov, plus de 21 000 réfugiés ukrainiens sont enregistrés actuellement dans la région. Crédit : Reuters

Selon les chiffres de l'administration de l'oblast de Rostov, plus de 21 000 réfugiés ukrainiens sont enregistrés actuellement dans la région. Crédit : Reuters

La situation à la frontière russo-ukrainienne s'est envenimée depuis que des projectiles en provenance d'Ukraine ont commencé à tomber en Russie. Pour le moment, ces tirs ont uniquement touché les postes frontières par lesquels transitent la majorité des réfugiés. Pour les civils du Donbass, la perturbation du travail des gardes frontières réduit leurs chances de trouver refuge en Russie.

Les frontaliers russes sont inquiets. Après le premier tir sur le bureau de douane de Novochakhtinsk, la peur régnait dans les files de véhicules empruntant la route. Les nerfs de plusieurs habitants ont lâché et ces derniers ont quitté leurs villages natals pour rejoindre les environs de Rostov ou plus loin encore, le territoire de Krasnodar.

« Nous avons déposé les enfants chez leur grand-mère, car c'est maintenant les vacances. Nous sommes revenus pour notre part et avons décidé de vendre la maison, mais les prix se sont effondrés, confesse Natalia Petchenaya, qui habite à Novochakhtinsk. En temps normal, on nous aurait donné 45 000 euros pour une maison comme la nôtre. Maintenant, elle n'en vaut plus que la moitié. D'ailleurs, la maison voisine a été rachetée par des Ukrainiens. Peut-être que nous aurons de la chance. Mais où est-ce qu'on va pouvoir vivre à la place ? Les grandes villes ne sont pas la solution à notre problème, car le prix de l'immobilier y reste stable ».

Les tirs sur le poste frontière automobile de Novochakhtinsk a été particulièrement éprouvant pour les habitants des environs. Selon des informations préliminaires, un obus de mortier y aurait explosé.

« Au moment du tir, la relève de l'équipe en place avait lieu dans le poste frontière. Aucune victime ni blessé ne sont à déplorer. Les employés ont été évacués vers un endroit sûr. Un trou d'obus d'environ 50 centimètres de large et 30 centimètres de profondeur a été relevé sur la voie de circulation des véhicules légers. Il est possible que des obus n'ayant pas explosé se trouvent autour du point de passage », a affirmé à RBTH le porte-parole du service des gardes frontières du FSB dans l'oblast de Rostov, Vassili Malaïev.

Des représentants du Comité d'enquête de la Fédération de Russie, ainsi que des démineurs, se sont rendus sur place.

M. Malaïev a par ailleurs affirmé que « des combats sur le territoire ukrainien, vraisemblablement des tirs de véhicules de combat d'infanterie et de mitrailleuses lourdes, ont été entendus au moment de l'enquête. Des casques et des gilets pare-balles ont été remis aux habitants pour leur sécurité ».

La Direction des services douaniers du sud de la Russie précise que des éclats d'obus ont atteint un bâtiment destiné au contrôle des passagers voyageant en autobus, ainsi que l'un des terminaux pour l'enregistrement des poids-lourds.

Le point de passage de Novochakhtinsk fait face au poste frontière ukrainien de Doljanski. Le khoutor (un petit hameau, ndlr) de Komintern est situé à environ 500 mètres de la frontière. Ses habitants ont déjà connu deux alertes. Si la panique n'est pas encore de mise, beaucoup reconnaissent avoir très peur. Fin juin, quand des éclats d'obus sont tombés côté russe, 80 habitants de Doljanski ont été évacués vers le camp de réfugié voisin mis en place par le ministère russe des Situations d'urgence. De fait, une employée des douanes russes a été blessée pendant un accrochage opposant l'armée ukrainienne et les séparatistes autour du poste frontière de Doljanski. Plusieurs bâtiments des douanes ont été endommagés par des tirs.

La situation reste également très tendue autours d'autres points de passage. Le 28 juin, à Goukovo, un obus a touché le poste frontière. Deux autres projectiles se sont écrasés sur deux hameaux russes.

La Direction des services douaniers du sud de la Russie affirme que des explosions retentissent à proximité des postes frontières, côté ukrainien. Selon les autorités russes, les bureaux des douanes russes situés le long de la frontière russo-ukrainienne reprendront le travail de manière habituelle le 4 juillet à 10 heures.

Globalement, la situation à la frontière reste complexe. Des tirs se font entendre périodiquement côté ukrainien, non loin des postes frontières. Les douaniers qui ont essuyé un tir d'obus le 3 juillet au soir ont pu regagner leur lieu de travail, bien que le bâtiment en question ait subi des dégâts importants.

Accueillis par des proches

Selon le ministère russe des Situations d'urgence, le nombre de réfugiés fuyant les combats dépasse déjà 18 000 personnes par jour.

Selon les chiffres de l'administration de l'oblast de Rostov, plus de 21 000 réfugiés ukrainiens sont enregistrés actuellement dans la région. Après avoir transité dans des lieux d'hébergement temporaire, ils sont conduits vers des sanatoriums, des camps de vacances pour enfants, ou des maisons de repos. Certains sont également accueillis par les habitants.

C'est le cas d'Igor Grekov, entrepreneur vivant à Rostov, qui a mis à disposition son hôtel particulier de trois étages pour les réfugiés accompagnés d'enfants. La maison accueille à présent 41 personnes, dont 29 enfants.

Propriétaire d'un camp de vacances à côté du lac artificiel de Tsimliansk, Dimitri Ioushkovski accueille lui près de 300 réfugiés ukrainiens à la place des vacanciers habituels. Il leur offre non seulement le logis, mais les prend également à sa charge. « Je le fais en mon âme et conscience : ça ne me gène pas du tout, et je ne demande rien en échange. Je suis seulement heureux de voir les enfants sourire », affirme Dimitri.

« Beaucoup d'Ukrainiens se rendent chez des membres de leur famille vivant en Russie. C'est pourquoi ces réfugiés ne sont pas enregistrés par les services d'immigration, et espèrent pouvoir bientôt rentrer chez eux. On pourrait les confondre avec les visiteurs franchissant habituellement la frontière en temps de paix. Pourtant, il est clair à présent que ces gens fuient la guerre. De ce fait, les chiffres officiels sur le nombre de réfugiés devraient au minimum être multipliés par trois », affirme avec certitude le gouverneur de l'oblast de Rostov sur le Don, Vassili Galoubev.

Parmi les réfugiés, une famille de 13 enfants, en attente d'un quatorzième, a été signalée. Curieusement, ils ont été accueilli par des proches russes ayant eux aussi une famille nombreuse.

« On a pris uniquement le strict nécessaire », raconte Alexandre, le chef de famille. « Où partir ? C'est devenu très dangereux en Ukraine, les routes sont coupées, les combats continuent... On a décidé de ne pas prendre de risques, et avons appelé des proches en Russie. Heureusement, nous possédons notre propre minibus avec lequel nous sommes allés jusqu'au poste frontière d'Izvarino, où nous avons patienté jusqu'à 22 heures parce que les douaniers ne travaillaient pas. On a commencé à les supplier. Ils ont vu combien nous avions d'enfants, et nous ont laissé passer. »

 

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