Le conflit ukrainien, entre guerre de l'information et distorsions

Crédit : Arkadi Kolybalov/RG

Crédit : Arkadi Kolybalov/RG

Les événements en Ukraine ont non seulement déclenché une nouvelle guerre de l'information à l'échelle mondiale, mais ont également révélé d'importantes divergences dans la perception de la réalité entre les grands de ce monde. Telle a été la conclusion d'experts internationaux lors d'une table ronde organisée dans le cadre de la cinquième rencontre annuelle des partenaires du projet Russia Beyond the Headlines à Moscou.

Rhétorique de la guerre de l'information

Même au temps de la Guerre froide, la rhétorique des deux parties n'était pas aussi émotionnelle et subjective qu'elle ne l'a été lors du conflit ukrainien, déclarent les experts de RBTH.

« Nous avons été confrontés à une simplification du sérieux problème ethnoculturel et historique de l'Ukraine par les médias russes et occidentaux », a noté Fedor Loukianov, président du Conseil pour la politique de sécurité et de défense. Selon lui, les gens ne sont pas toujours capables de voir la différence entre les faits et les déclarations des médias, et suite à cela beaucoup de choses ont été déformées. De plus, on ne sait pas précisément comment le mécontentement des masses populaires envers les hommes politiques a pu mener à un tel bain de sang en Ukraine.

« En ce moment, bien trop d'informations sur l'Ukraine figurent dans la presse, bien trop de faits  de la « guerre de l'information » accablent le lecteur. C'est ainsi que la confusion commence », a dit Loukianov.

Le rédacteur du magazine Kommersant-Vlast, Alexandre Gabouïev, qui prenait également part à la discussion, partage ce point de vue. D'après lui, la rareté des connaissances à caractère ethnoculturel, historique et politique du lecteur mais aussi du journaliste travaillant pour « les masses » mène à la propagande et à la déformation de la perception de la situation. « En dépit de tous les problèmes du journalisme « de masse », pour améliorer la qualité du travail du correspondant, un contact constant avec les leaders politiques responsables des décisions prises des deux côtés est indispensable », a-t-il remarqué.

C'est aussi l'avis du collaborateur de la maison d'édition Dow Jones qui est aussi à temps partiel rédacteur invité du supplément Russia Beyond the Headlines pour The Wall Street Journal, Greg Walters. Il considère que l'une des raisons pour laquelle la Russie a perdu la guerre de l'information durant le conflit avec la Géorgie et l'Ossétie en août 2008 était l'isolement excessif des représentants du pouvoir russe par rapport à la presse, qui a perduré presque jusqu'à la fin du conflit.

« Nous sommes facilement parvenus à obtenir des déclarations des hommes politiques et fonctionnaires géorgiens les plus hauts placés. J'ai personnellement fait se lever le ministre géorgien de la Défense à trois heures du matin pour qu'il réponde à mes questions. Les autorités de Tbilissi voulaient que le monde connaisse leur point de vue sur les événements de la région, et ils y sont arrivés », a déclaré le  journaliste. La Russie, elle, s'est mise à communiquer avec la presse internationale à la fin du conflit seulement.

Que représente l'Ukraine pour l'Europe ?

Selon Loukianov, Kiev a plus de chances de devenir un membre de la « famille européenne », que Moscou 20 ans auparavant. Cependant, il ne sera pas facile d'y arriver pour les autorités ukrainiennes actuelles. « L'Ukraine est très loin de son objectif consistant à devenir une partie de l'Europe. Des mesures draconiennes sont nécessaires pour que le pays atteigne les normes de l'UE. Je ne sais pas à quel point c'est réalisable pour le moment », a-t-il dit.

Néanmoins, l'Europe elle-même n'est pas sûre d'être prête à accueillir un membre de plus dans ses rangs, même pour une association. « Pour l'Union européenne, ces événements en Ukraine étaient très inattendus. Nous avons été tiraillés de tous les côtés : d'une part par une manifestation vive et puissante de la volonté du peuple de se rapprocher de l'UE, de l'autre par les hommes politiques qui luttent pour défendre leurs intérêts dans la région », a déclaré Timothy Bolding, consultant éditorial à RBTH, ancien directeur de l'association mondiale des journaux (WAN-IFRA). Il a, entre autres, remarqué que l'Europe était surchargée par ses extensions tandis que l'alliance a ses propres dilemmes internes. Ceux-ci doivent impérativement être résolus avant de faire des déclarations ou de prendre des décisions concernant l'Ukraine.

Loukianov a ajouté que mentalement, l'Europe ne considérait pas encore Kiev comme un membre de sa « famille », et qu'elle faisait preuve d'un intérêt pour le pays en premier lieu à cause de ses relations difficiles et complexes avec la Russie. « L'Ukraine est devenue un dérivé du nœud historique complexe des relations entre Moscou et l'Europe. L'ensemble des événements historiques provoque de l'émoi dans les pays occidentaux », a-t-il ajouté.

Comme l'a noté Loukianov, la culture politique ukrainienne consiste à décharger ses problèmes internes sur les épaules des forces extérieures. Avant, c'était la Russie, maintenant s'y sont joints les Etats-Unis et l'Union européenne.

Les représentants des plus grandes maisons d'éditions internationales se sont réunis à Moscou les 26 et 27 juin pour la cinquième rencontre annuelle des partenaires du projet Russia Beyond the Headlines. Cette année, les représentants de 26 grands journaux de 23 pays ont pris part à la conférence, notamment les managers, les rédacteurs et les représentants d'éditions internationales très importantes comme The Washington Post, The Wall Street Journal, The Daily Telegraph, Le Figaro, The Economic Times, China Business News, La Nacion etc.

 

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