Moscou appelle Kiev au dialogue avec le Sud-Est

Crédit : Reuters

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Moscou a annoncé que la Russie « respectait » les résultats des référendums qui se sont déroulés dans les régions de Donetsk et de Lougansk et a souligné la participation élevée. Le président ukrainien par intérim Alexandre Tourchinov a, lui, menacé les organisateurs de poursuites judiciaires. Les experts estiment que, pour le moment, on ne peut pas parler de reconnaissance officielle des nouvelles républiques par Moscou.

« Moscou respecte l’expression de la volonté des populations des régions de Donetsk et de Lougansk et part du principe que la mise en œuvre pratique du résultat des référendums se fera de manière civilisée, sans aucune récidive de violence, par le dialogue entre les représentants de Kiev, Donetsk et Lougansk », annonce le service de presse du président russe dans le communiqué publié lundi.

Maxime Chevtchenko, membre du Conseil présidentiel des droits de l’homme (CDH), qui surveillait le vote à Slaviansk et à Kramatorsk, a expliqué que les habitants du Sud-Est de l’Ukraine souhaitent être gouvernés par leurs représentants, et non par des hommes imposés par le pouvoir.

« Tout le monde souhaite un changement de la situation en Ukraine. Les gens disaient : nous ne voulons plus voter pour les hommes politiques qui nous mentent, nous voulons une autogestion populaire, nous voulons contrôler nos budgets dans les villes et les régions, nous voulons un tout autre type de relations avec Kiev que celles que nous avions auparavant, nous voulons être gouvernés par nos représentants, pas par ceux qu’on nous impose », raconte Chevtchenko à RIA Novosti.

Les observateurs estiment que Moscou a utilisé le référendum pour, de nouveau, appeler Kiev au dialogue avec les représentants du Sud-Est. « Afin d’établir un tel dialogue, tous les efforts de médiation, notamment ceux de l’OSCE, sont bienvenus », annonce le service de presse du président.

Nous vous rappelons que Kiev a accepté la proposition de l’OSCE de nommer le diplomate allemand Wolfgang Ischinger modérateur représentant l’OSCE pour le dialogue inter-ukrainien.

Entretemps, à la conférence de presse du 12 mai, le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov a déclaré que la tenue du Genève-2 (nouvelle rencontre internationale) sur l’Ukraine sans les représentants du Sud-Est n’aurait pas de sens : « Aucune nouvelle réunion sur l’Ukraine n’est prévue pour le moment, nous aimerions que les efforts se poursuivent, sans être freinés, pour se matérialiser rapidement en un processus, car une nouvelle rencontre à quatre n’a pas beaucoup d’intérêt. Sans impliquer les opposants du régime dans un dialogue ouvert sur les issues à la crise, nous n’obtiendrons rien. Mes interlocuteurs, notamment le secrétaire d’État américain John Kerry et le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier, le reconnaissent et appellent à orienter les principes de Genève vers un dialogue direct entre les parties ukrainiennes ».

Le référendum a libéré le génie de la bouteille

Certains experts russes estiment que le Kremlin ne reconnaîtra pas les résultats des référendums dans l’immédiat. « La Russie utilisera, probablement, les résultats du vote de Donbass comme l’un des leviers dans les négociations, explique le vice-président de PIR-Center Dmitri Polikanov au quotidien Kommersant. Ce n’est pas la Crimée : reconnaître les résultats des référendums du dimanche dernier n’arrange pas la Russie, car il n’est pas clair ce qu’il faudrait en faire après ».

Le Kremlin ne devrait pas aggraver la situation, mais il ne serait pas raisonnable de se faire mener par les politiciens occidentaux, estime professeur Sergueï Tcherniakhovsky, docteur en sciences politiques. « La crise des relations entre l’Occident et la Russie est arrivée au stade de l’attaque frontale : celui qui se détournera, perdra. La question si « nous devons gâcher nos relations avec l’Occident ou pas » n’est, en termes macro-politiques, actuellement même pas pertinente ».

Rostislav Ishchenko, politologue ukrainien et président du Centre des analyses et prévisions systémiques, estime qu’il ne faut pas s’attendre à une réaction particulière de la part de Kiev. « Kiev déclare que le Sud-Est est envahi par des troupes russes, des terroristes importés de Russie, etc. Ils poursuivront les combats et continueront à accuser la Russie. Rien ne changera, tout ira comme jusqu’ici, car dans ce cas précis Kiev, n’est pas un acteur indépendant. Les Etats-Unis sont un acteur indépendant. Tant que la position américaine ne changera pas, celle de Kiev ne changera pas non plus », estime Ishchenko.

Toutefois, Polikanov estime qu’aucune puissance extérieure ne parvient à totalement contrôler la situation en Ukraine. « L’Occident ne contrôle pas ses protégés, la Russie ne parvient pas à assurer une influence totale sur ses partisans, explique-t-il. Le génie est sorti de la bouteille, et il n’est pas si simple de l’enfermer à nouveau ».

Sources : Gazeta.RU, Kommersant, ITAR-TASS, RIA Novosti

 

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