Objectifs diplomatiques et défis économiques : le programme pour 2014

Sergueï Lavrov (à droite), chef de la diplomatie russe, et son homologue français Laurent Fabius. Crédit : Photoshot / Vostock-Photo

Sergueï Lavrov (à droite), chef de la diplomatie russe, et son homologue français Laurent Fabius. Crédit : Photoshot / Vostock-Photo

Les priorités (Union économique eurasienne, relations avec Bruxelles et recherche de nouveaux débouchés pour les hydrocarbures) n’occultent pas les dossiers syrien et ukrainien.

Renforcer l’intégration eurasienne

L’année en cours sera décisive en ce qui concerne la formation de l’Union économique eurasienne (UEE), présentée comme le principal projet de politique étrangère de la Russie et l’une des priorités du troisième mandat présidentiel de Vladimir Poutine.Le texte du Traité d’Union devrait être rédigé d’ici mars 2014 et les chefs d’État doivent ensuite se réunir l’été prochain pour le ratifier. L’Union économique eurasienne doit entrer en service dès le 1er janvier 2015.

L’an dernier, de nombreux problèmes touchant au processus d’intégration ont fait surface. Le premier touche les divergences entre Moscou et le Kazakhstan.

D’après des sources proches des négociations, la Russie souhaite faire de l’UEE une structure très centralisée, dans laquelle pratiquement tout serait coordonné. Les États membres ne devraient pas seulement former un marché unique de libre circulation des biens, services, capitaux et personnes mais également constituer un espace unique en matière d’immigration, d’éducation et même de politique d’information. Les autorités du Kazakhstan, et dernièrement de la Biélorussie considèrent cela comme une atteinte à leur souveraineté. Avec ces divergences en toile de fond, Moscou devra faire preuve de tact diplomatique.

Entrer sur les nouveaux marchés des hydrocarbures

Parmi les principaux défis, celui que la Russie a peut-être le mieux géré en 2013 concerne la recherche de nouveaux débouchés pour ses hydrocarbures.

Rosneft a signé un accord avec des compagnies pétrolières chinoises portant sur l’octroi d’une avance de 60 milliards de dollars (42 milliards d’euros) pour de futures livraisons de pétrole. Cette somme servira principalement à l’achat d’actifs en Russie.

Mais l’importance qu’a prise la Chine a créé un risque de dépendance excessive envers un seul consommateur. Beijing s’est pratiquement installé en position de monopole sur les achats de pétrole russe à l’Est. L’une des tâches les plus urgentes pour 2014 devra donc être la diversification des contacts en Asie de l’Est : la Chine conservera son rôle de client principal, mais Moscou doit trouver un contrepoids. Une récente visite de Vladimir Poutine en Corée du Sud n’a pas débouché, tandis que les relations avec le Japon restent caractérisées par la défiance en raison du différend territorial des îles Kouriles.

Quant aux autres partenaires asiatiques comme l’Inde et le Vietnam, ils proposent des débouchés pour les produits de la construction mécanique, mais pas encore d’investissements. Or, la recherche d’investissement est une priorité absolue pour l’économie russe.

Resserrer les relations avec l’Europe

Le virage chinois en matière d’exportation de matières premières ne rendra pas seulement nécessaire une diversification des contacts en Asie afin de couvrir les risques, mais impliquera également la restauration de relations plus étroites avec l’Europe. Les relations avec l’Union européenne se sont considérablement dégradées au cours des deux dernières années, bien qu’en apparence, Moscou comme ses partenaires européens s’efforcent de ne pas le montrer publiquement.

Le symbole le plus visible de la somme de griefs accumulés réside dans le fait qu’en 2013, la Russie et l’UE n’ont organisé qu’un seul sommet (à Ekaterinbourg en juin) en dépit du fait que durant de nombreuses années, les dirigeants de ces deux ensembles se réunissaient deux fois par an : une fois en Russie, puis une seconde en Europe. D’après certaines sources au sein de la Commission européenne, cela s’explique par le fait que le Sommet d’Ekaterinbourg s’est achevé sans aucun résultat : le sommet de décembre risquait ainsi de devenir le second sommet consécutif à se solder par un échec complet.

La relation touche le fond à cause de l’Ukraine. Des fonctionnaires européens ont accusé la Russie d’ingérence dans les affaires d’un État souverain. Les officiels russes ont fait preuve de plus de réserve, mais dénoncent les Européens se rendant à Kiev pour soutenir la contestation.

La détérioration des relations avec l’Allemagne constitue pour la Russie la perte la plus sérieuse. Selon des sources berlinoises, le refroidissement tiendrait aux poursuites judiciaires visant en Russie des opposants. La cause réelle serait toutefois la diminution progressive de la dépendance des grandes entreprises allemandes envers les matières premières et le marché russe.

« Lorsque l’on parle de l’économie chinoise et de son taux de croissance annuel de 7%, tout le monde est prêt à fermer les yeux sur les droits de l’homme, mais lorsque le regard se porte sur la Russie, sa faible croissance économique et ses perspectives incertaines, les enthousiastes se raréfient », estime un responsable. Les diplomates russes reconnaissent que le niveau des relations a baissé, et sans le soutien de l’Allemagne, travailler avec les autres États membres de l’UE s’avère autrement plus difficile.

C’est pourquoi rétablir les contacts avec Berlin constitue également un objectif primordial. La coopération autour de la libération de Mikhaïl Khodorkovski, dans laquelle l’Allemagne a joué un rôle clé, peut être considérée comme un exemple positif.

Version éditée d’un article publié dans Kommersant

 

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