Corée du Nord : le moment de vérité

La possession de missiles nucléaires change fondamentalement la position de la Corée du Nord sur la scène internationale. Crédit : AP

La possession de missiles nucléaires change fondamentalement la position de la Corée du Nord sur la scène internationale. Crédit : AP

Apparemment, le pic de la crise dans la péninsule coréenne n’est pas encore passé. Aujourd'hui le 15 avril, la Corée du Nord célébrera le 101ème anniversaire du fondateur du pays Kim Il-sung, et la communauté internationale prévoit que Pyongyang offrira à cette occasion des « cadeaux » au leader et au peuple du pays. Mais il serait exagéré de dire que cette guerre psychologique se transformera en un conflit armé. Ni Séoul, ni Pyongyang ne sont pas prêts à déclencher une véritable guerre.

Il devient de plus en plus évident que la Corée du Nord adhère à une stratégie très rationnelle, malgré toutes ses démarches propagandistes. En janvier, Pyongyang a pour la première fois effectué des tests d’un missile balistique intercontinental, déguisés en lancement pacifique de satellite, tandis qu’en février, le pays a testé un dispositif nucléaire, qui pourrait être utilisé comme une ogive.

La possession de missiles nucléaires change fondamentalement la position de la Corée du Nord sur la scène internationale. Cela permet à Pyongyang d’exiger le respect des principaux acteurs mondiaux, et d’être plus sûr de sa sécurité. C’est le chemin pris auparavant par l’URSS, la Chine, l’Inde, le Pakistan et Israël.

Les avantages étaient si importants pour le pays, que les autorités nord-coréennes ont ignoré non seulement la condamnation tout à fait prévisible de la part du Conseil de sécurité de l’Onu, mais aussi la pression de la Chine, partenaire principal de la Corée du Nord.

Cependant, en raison de ce nouvel statut, les provocations de la Corée du Nord se présentent comme beaucoup plus importantes, particulièrement si on prend en compte les exercices militaires organisées par les États-Unis et la Corée du Sud dans la région. Washington y a en outre renforcé sa présence navale, et a déployé en direction de la péninsule des bombardiers stratégiques furtifs B2, qui ont effectué un exercice de largage de munitions factices.

Les avions de ce type étaient utilisé par l’US Air Force durant la guerre en Irak. Dans ce sillage, l’intensification des menaces émises par Pyongyang n’est pas difficile à comprendre. « La Corée du Nord montre qu’elle n’a aucune intention d’abandonner son programme nucléaire, et envoie un message à Washigton, mettant en garde contre des bombardements aériens ou toute autre action qui pourrait conduire à une invasion du pays », note Alexeï Pouchkov, chef du Comité pour les affaires étrangères de la Douma (chambre basse du parlement russe).

Les Nord-Coréens n’ont pas peur de la guerre, estime Alexandre Vorontsov, de l’Institut de recherches orientales de l’Académie des sciences de Russie. Selon M.Vorontsov, le message de Pyongyang est clair : « Si nous sommes attaqués, nous allons riposter sans pitié en mettant en place tous les moyens dont nous disposons, nous allons nous battre jusqu’à la fin, nous n’avons pas peur de la guerre. »

La possibilité d’un conflit est particulièrement préoccupante pour les pays voisins, la Russie et la Chine. Cependant, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye garde toujours son sang-froid. Jeudi 11 avril, la chef de l’État a assuré les investisseurs étrangers qu’ils pouvaient mener leurs activités en Corée du Sud en toute sécurité, en dépit des menaces de la Corée du Nord. Les citoyens sud-coréens, eux aussi, semblent être tranquilles. D’après le correspondant de l’agence ITAR-TASS à Séoul, on ne voit pas de signes de panique dans le pays.

À Pyongyang, tout est également tranquille. Selon les informations de l’agence AP, les habitants de la ville nettoient les rues après l’hiver et décorent la capitale de fleurs en attendant les célébrations à l’occasion du 101ème anniversaire de Kim Il-song.

D’après le président de la commission des affaires internationales du Conseil de la Fédération (sénat russe), Mikhaïl Marguelov, la Corée du Nord ne veut pas déclencher une guerre : il n’y a pas de kamikazes au sein du gouvernement du pays.

Toutefois, le 15 avril sera le jour principal de la crise coréenne. Et la situation actuelle a une immense importance pour le jeune leader nord-coréen Kim Jong-un, qui ne dirige officiellement le pays que depuis un an. Effectivement, il poursuit la tâche entamée par son père Kim Jong-il et par son grand-père Kim Il-song : assurer la sécurité et la souveraineté de la Corée du Nord sur la base de la possession de missiles nucléaires.

Et la situation ne lui laisse aucune place à l’erreur : le jeune leader doit remporter la victoire finale. Une telle victoire pourrait être le lancement de missiles de courte et de moyenne portées, notamment du « Musudan », capable d’atteindre la base militaire américaine sur l’île pacifique de Guam, grâce à sa portée de près de 3.500 km. D’après les médias, les missiles ont déjà été déployés.

Les missiles de type Musudan n’ont jamais été testés auparavant, si bien que la Corée du Nord effectuera probablement un lancement simultané de missiles Scud et Nodong, ce qui permettra de compenser l’éventuel échec du Musudan et de démontrer la puissance militaire de Pyongyang.

Il est difficile de prédire ce qui arrivera si au moins un des missiles testés viole l’espace aérien de la Corée du Sud, du Japon ou des États-Unis. En tout cas, le « canal de New York », utilisé pour des contacts diplomatiques entre la Corée du Nord et les États-Unis, fonctionne à pleine capacité.

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