Afghanistan : sans aide internationale, le 11 septembre se rééditera

L’ambassadeur russe en Afghanistan Andreï Avetissian. Crédit : PhotoXPress

L’ambassadeur russe en Afghanistan Andreï Avetissian. Crédit : PhotoXPress




L’ambassadeur russe en Afghanistan parle des efforts entrepris par la communauté internationale et des autorités afghanes afin de faire sortir le pays d’une guerre longue de plus de 12 ans.


 Viktor Onoutchko, pour Interfax


Bruxelles, accueillera le 23 avril une réunion ministérielle du Conseil Otan Russie qui portera notamment sur la coopération entre l’Alliance et Moscou concernant l’Afghanistan. En prévision de l’événement, l’ambassadeur russe en Afghanistan Andreï Avetissian a décrit dans une interview accordée à l’agence Interfax la situation dans le pays qui attend le retrait des troupes de l’ISAF, prévu pour 2014.

Quelle est la situation actuelle en Afghanistan ?

La situation en Afghanistan ne se développe pas selon le meilleur scénario et on peut constater une certaine aggravation. Nous sommes particulièrement préoccupés par la détérioration de la situation dans le nord du pays, dans les provinces limitrophes avec nos amis et alliés, les républiques d’Asie centrale.


 Bien évidemment, la pénétration des terroristes et le trafic de drogue vers le nord concernent directement notre sécurité nationale. Par conséquent, notre mission commune – et je parle de la Russie et de ces alliés au sein de l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective, réunissant l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizstan, la Russie et les Tadjikistan - ndlr) – est de lutter contre le terrorisme et le trafic de drogue sur le sol afghan. Tout en réalisant l’absence actuelle de grands succès dans ce domaine, nous renforçons nos efforts dans ce sens.




L’année prochaine l’ISAF terminera son opération qui se poursuivait depuis 2001. Est-ce que les forces occidentales ont accompli leur mission ou non ?




La mission de la Force internationale d'assistance et de sécurité était évidente : lutter contre le terrorisme. Le résultat, lui aussi, est évident : il n’y ni paix, ni stabilité en Afghanistan. Alors, nous ne pouvons pas constater que les forces de la coalition ont accompli la mission que le Conseil de sécurité de l’Onu leur avait confiée.




Les autorités afghanes seront-elles capables d'assurer la sécurité du pays sans assistance extérieure? Et sinon, est-ce que la Russie est prête à faire une contribution au renforcement de l’armée et des forces de sécurité de l’Afghanistan ?




Les forces de sécurité sont actuellement mieux formées qu’auparavant, mais elles ne sont pas encore assez qualifiées pour assurer la sécurité à travers le pays d’une manière efficace sans aide extérieure. Parmi les problèmes de l’armée afghane figure notamment l’absence d’une aviation, qui prend toujours part à toute opération sérieuse dans le pays. 


Nous sommes prêts à accorder tout appui au renforcement de la sécurité de l’Afghanistan, à part le déploiement de nos soldats sur le sol afghan.



}
Existe-t-il un risque que les talibans et d’autres groupements terroristes arrachent le pouvoir en Afghanistan après le retrait des forces internationales ?




Un tel risque existe. Mais nous devons faire tout notre possible pour éviter un tel scénario. Il est nécessaire premièrement de poursuivre le renforcement de l’armée et de la police afghanes, et d’accorder une aide dans de nombreux domaines au pays, particulièrement dans le domaine du développement économique. Si les Afghans voient d’autres possibilités, ils ne combattront pas indéfiniment.


 Mais si la communauté internationale qualifie de « résolu » le problème afghan, comme cela s’était déjà passé au milieu des années 1990, si elle décide que tout est fini et que l’on peut se pencher sur d’autres problèmes, le 11 septembre sera finalement à nouveau une réalité.




La présidentielle est prévue en Afghanistan pour 2014. La stabilisation de la situation dans le pays dépend-elle de ce scrutin ?




Je ne qualifie pas l'élection de priorité principale de la communauté internationale en Afghanistan. C’est une question importante, mais il y a en Afghanistan d’autres problèmes tout aussi importants, notamment l’assistance au développement économique du pays et la sécurité.

Quel est votre avis sur la coopération économique entre la Russie et l’Afghanistan ?




Notre coopération économique avec l’Afghanistan est actuellement en hausse. 


Je ne vais citer qu’un exemple – le Groupe de construction de logement de Kaboul. Nous avons fondé sur la base de ce groupe de compagnies une entreprise conjointe russo-afghane. Il s’agit de plus de 19 millions d’euros d’investissements privés de la part de la Russie. Et donc, dans une ou deux années, le groupe construira à nouveau des maisons pour les citoyens afghans. Ce seront des logements abordables et modernes.




Dans quels autres domaines pourrons-nous renforcer notre présence dans le pays ?




La coopération dans le domaine de l’hydroélectricité se développe très bien. Il existe également des possibilités dans le secteur minier.


 En outre, les Afghans ont décidé de se concentrer actuellement sur la construction de chemins de fer. Comme vous le savez, le pays n’a jamais possédé de réseau ferroviaire. Alors, nos entreprises ont également des possibilités dans ce domaine.


 Nous sommes prêts à participer à des projets multilatéraux, comme la construction de lignes à haute tension du Kirghizstan et du Tadjikistan au Pakistan par le biais de l’Afghanistan. Nous soutenons également la construction du gazoduc TAPI reliant la Turkménistan au Pakistan et à l’Inde via l’Afghanistan, et nous sommes prêts à participer à ce projet.

Paru sur le site d'Interfax le 1er avril 2013.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.

Plus d'histoires et de vidéos passionnantes sur la page Facebook de Russia Beyond.

Ce site utilise des cookies. Cliquez ici pour en savoir plus.

Accepter les cookies