Pourquoi les montagnes russes sont-elles appelées ainsi?

Montagnes russes au parc d'attractions américain Six Flags Great Adventure, 2017 / Montagnes russes à Saint-Pétersbourg à la fin du XIXe siècle

Montagnes russes au parc d'attractions américain Six Flags Great Adventure, 2017 / Montagnes russes à Saint-Pétersbourg à la fin du XIXe siècle

John Greim/LightRocket/Getty Images; Domaine public
Ayant pour origine un divertissement traditionnel en Russie, elles sont devenues populaires en Europe et se sont transformées en attractions complexes aux États-Unis.

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Place de l'Amirauté de Saint-Pétersbourg pendant la Maslenitsa, 1850

L’une des scènes les plus audacieuses du film emblématique de Nikita MikhalkovLe Barbier de Sibérie est celle des festivités de Maslenitsa à Moscou. Parmi les divertissements, l’on trouve une énorme pente en bois sur laquelle glissent les gens.

La glisse sur glace de Maslenitsa est exactement ce qui se cache derrière le terme « montagnes russes », qui a été adopté par plusieurs langues romanes dans d’autres parties de l’Europe.

Un loisir hivernal étendu à l’été

Glisse sur une montagne hivernale, à Moscou, par Frederic de Haenen

Les Russes ont une riche histoire de loisirs hivernaux. À cette époque de l’année, les paysans n’étaient généralement pas très occupés par le travail, alors ils inventaient différentes choses pour s’amuser. Or, l’une des activités préférées était de glisser sur une colline de neige naturelle. Plus les gens dévalaient la pente, plus elle se transformait en glace, ce qui permettait de mieux glisser. Puis, l’on a réalisé qu’il suffisait de recouvrir n’importe quelle surface inclinée de neige et d’eau pour la transformer en une grande piste de glace.

Maslenitsa est la semaine de festivités marquant la fin de l’hiver en Russie, caractérisée par une quantité phénoménale d’amusements, y compris des descentes de pentes. De grandes pistes étaient construites dans les principales villes, notamment à Moscou et à Saint-Pétersbourg, et des personnes de tous âges et de tous statuts sociaux pouvaient se joindre au plaisir de la glisse.

 Maslenitsa à Saint-Pétersbourg. G. Broling. 1885

« En parlant des plaisirs de l’hiver moscovite, je dois mentionner un amusement : les montagnes de glace, sur lesquelles nous glissions pendant la Maslenitsa, et parfois, si le temps le permettait, pendant le Grand Carême. Plusieurs de ces montagnes russes (comme on les appelait à l’étranger) étaient installées derrière notre maison, dans le jardin. Nous étions autorisés à y glisser, notamment parce qu’un tel mouvement à l’air pur était bon pour la santé », a écrit Apollinari Boutenev, l’envoyé russe à Londres, dans ses mémoires en 1815.

Maslenitsa, par Leonid Solomatkine

Les résidences des tsars possédaient également leurs propres pistes de glisse en hiver. D’ailleurs, au XVIIIe siècle, l’impératrice Catherine la Grande a décidé qu’il n’y avait aucune raison d’attendre l’hiver pour se divertir. Les meilleurs ingénieurs de l’Empire ont alors construit pour elle une version estivale, la Colline de glisse. Cela ressemblait à une énorme rampe en bois avec trois voies de plus de six mètres de large. Des chariots descendaient la piste du milieu et suivaient ensuite quatre toboggans qui montaient et descendaient. Les chariots avançaient par inertie sur plus de 500 mètres au total. Après le parcours, ils étaient hissés en haut le long des voies latérales grâce à un mécanisme spécial actionné par des chevaux.

Reconstruction de la Colline de glisse de Catherine II

Lire aussi : Sept choses qualifiées de «russes» dans le monde entier

Montagnes russes

« Les glissoires sur glace, qui sont l’une des attractions préférées des Russes, suscitent une grande curiosité chez les étrangers. Les glissoires russes ont une hauteur de 50 à 60 pieds [15-18 mètres], avec des balcons peints en blanc sur le dessus et décorés de drapeaux hétéroclites. À l’arrière, il y a une échelle que les gens grimpent constamment, de sorte que de l’autre côté, sur un simple traîneau, ils descendent à grande vitesse une pente raide et glacée », rapportait la revue allemande Das Pfennig-Magazin en 1835, appelant cette attraction « Die Rutscheiberge in Russland » (« les montagnes glissantes en Russie »).

De nombreuses sources affirment que ce sont les soldats russes ayant occupé Paris à la suite de la guerre napoléonienne qui y ont construit de petites collines glissantes. Très vite, l’attraction russe a tellement séduit les Européens qu’ils ont commencé à construire leurs propres pentes dans de nombreuses villes. Les conditions climatiques ne permettant toutefois pas d’accéder facilement à la glace, même en hiver, ils utilisaient des charriots à roues pour glisser.

« Les Moscovites, aux approches de l’hiver, construisent, dans la plupart de leurs villes, des échafaudages élevés, contre lesquels ils pratiquent d’un côté un escalier pour les gravir, et de l’autre une pente rapide pour s’élancer dans un traîneau à roulettes... c’est ce plaisir des Russes qui a été importé à Paris en 1816 », a de son côté témoigné Claude Ruggieri, spécialiste français des festivités et des feux d’artifice.

En 1816, l’une des premières célèbres collines de glisse, appelées Promenades Aériennes, est apparue à Paris, et même le roi Louis XVIII y a observé les locaux s’adonnant à ce divertissement.

Les Promenades Aériennes à Paris

Plus tard, l’entrepreneur Joseph Oller (qui était également cofondateur du cabaret du Moulin Rouge) a conçu les Montagnes Russes de Belleville avec une piste de 200 mètres, qui ressemblait à un double huit. Les Montagnes Russes sont alors devenues une marque.

Les montagnes russes... américaines

En 1872, John G. Taylor a fait breveter aux États-Unis l’« Amélioration du chemin de fer incliné ». Il a créé un projet avec un mécanisme faisant passer un wagon d’une plateforme à l’autre pour qu’il puisse parcourir une pente différente (et qu’il soit également tracté vers l’arrière). Cependant, on ne sait pas vraiment s’il a réussi à construire un tel chemin de fer.

En 1885 ensuite, la première montagne russe largement connue a été inaugurée à Coney Island, à Brooklyn, dans la ville de New York. Elle s’appelait Switchback Railway et a été conçue par LaMarcus Adna Thompson. Le glisseur devait grimper sur une tour de 183 mètres, monter dans un wagon spécial, puis dévaler une piste ondulée jusqu’à une autre tour – et revenir. Cela ressemble à la Colline de glisse de Catherine II, n’est-ce pas ?

Thompson est célèbre pour avoir mis au point les montagnes russes et les manèges dits « à gravité » et en avoir fait toute une industrie aux États-Unis. C’est dans ce pays que les montagnes russes ont ainsi reçu leurs technologies modernes (et notamment leur système de sécurité, car même la Grande Catherine a un jour failli chuter de la piste).

Montagnes

Les nouvelles montagnes russes ont par la suite atteint la Russie, et bien que l’Europe entière les connaisse sous le nom de « montagnes russes », ici, elles portent depuis ironiquement le nom de... « montagnes américaines » !

Dans cet autre article, découvrez en images à quoi ressemblaient les parcs d’attractions en URSS.

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