Les turbulences du marché n’effraient pas les Luxembourgeois

Le bâtiment de Berlin-Chemie à Kalouga (160km de Mouscou), construit par Astron.

Le bâtiment de Berlin-Chemie à Kalouga (160km de Mouscou), construit par Astron.

Service de presse
L’activité économique frémit en Russie. Même si rien n’est encore certain, des opportunités existent et les milieux d’affaires luxembourgeois ont les moyens de tirer leur épingle du jeu.

La salle de la Chambre russe du commerce et de l’industrie à Moscou était comble pour le Gala 2016 de la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise en Russie (CCBLR), le 21 avril dernier. Preuve que les milieux d’affaires ont pris acte des sanctions économiques qui visent la Russie, s’accommodent des turbulences qui caractérisent l’économie russe et restent à l’affût des bonnes affaires. 

Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, certains secteurs n’en souffrent pas exagérément, bien au contraire. « Nous avons beaucoup de clients russes qui structurent leur patrimoine ou leurs activités depuis le Luxembourg et dans ce domaine, les sanctions n’ont pas fait baisser les affaires », fait remarquer Max Kremer, associé du cabinet d’avocats Arendt & Medernach SA.

L’UE ne devrait pas élargir ses sanctions

Seule étude d’avocats luxembourgeoise établie en Russie, Arendt & Medernach SA a même profité de cette situation difficile pour développer ou plutôt repenser la stratégie de son antenne moscovite, décidant d’étendre ses activités en Russie, mais aussi dans les pays de la CEI, plus particulièrement au Kazakhstan et en Ouzbékistan, avec un mot d’ordre : se rapprocher du client pour mieux satisfaire ses besoins.

L’activité qui a le vent en poupe ? Le conseil. « Beaucoup de clients russes nous consultent pour savoir comment poursuivre et développer leurs activités en évitant de violer les sanctions, et la réciproque se vérifie également », précise Max Kremer. D’autant plus qu’avec la chute du rouble, les produits russes sont devenus, du jour au lendemain ou presque, extrêmement compétitifs.

Si le Canada a récemment élargi ses sanctions économiques à l’égard de quelques personnalités et de plusieurs institutions financières russes, à Moscou, le sentiment qui prédomine au sein de la communauté luxembourgeoise, c’est que l’UE ne s’alignera pas. Cela ne veut pas dire pour autant que les sanctions seront levées à court terme, mais Max Kremer se veut résolument optimiste. « Tout cela sera oublié d’ici deux ans », martèle l’avocat.

Les difficultés dopent l’inventivité

En attendant, les milieux d’affaires prennent leur mal en patience. Malgré les deux dernières années difficiles qui viennent de s’écouler, le développement des activités de la CCBLR s’est poursuivi.

Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Astron, qui fabrique des constructions métalliques et des bâtiments industriels a vu le nombre de ses projets réduits de 50% à 70% au cours de ces deux dernières années. « Les sanctions nous affectent encore aujourd’hui mais ces difficultés nous ont donné un supplément de motivation pour trouver d’autres solutions », souligne Marc Buchheimer, directeur d’Astron pour la Russie.

Pour s’adapter à la nouvelle donne, sa société s’est tournée vers la construction d’infrastructures sportives, de structures scolaires et de centres logistiques, palliant l’effondrement de la construction d’usines. « Les chiffres sont positifs et depuis quelques semaines des demandes reviennent, le marché frémit certainement à cause de la légère remontée des prix du pétrole et du renforcement du rouble, mais rien n’est encore sûr », poursuit le directeur. 

Astron reste confiant et attend le retour des investisseurs étrangers car sur le long terme, le potentiel du marché russe est toujours alléchant. Ses matières premières à foison, les besoins de modernisation de ses industries, sa proximité avec l’UE et son marché intérieur de près de 150 millions d’habitants le rendent tout simplement incontournable. Mais à l’heure actuelle, il est capital d’identifier les secteurs porteurs.

La logistique recèle en ce moment des perspectives intéressantes au point que des représentants de Luxembourg Freeport sont venus en Russie au mois de février.

Mais ce n’est pas tout. Selon les données de la CCBLR, les Russes sont des utilisateurs aguerris d’internet et achètent beaucoup de produits en ligne. Partant de ce constat, des entreprises basées au Luxembourg sont en train d’établir un centre logistique à Moscou pour pouvoir desservir leur clientèle.

Dans le sens inverse, Kaspersky, le fabricant russe d’anti-virus informatiques a été reçu récemment par le ministre luxembourgeois de l’économie en vue d’une collaboration dans le développement de produits informatiques. Autant d’exemples qui montrent que le dialogue entre le Grand-Duché et la Russie existe et qu’il débouche, malgré la conjoncture difficile, sur des collaborations et des partenariats concrets.

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