Comment la BD fait son nid en Russie

La boutique Chook and Geek à Moscou.

La boutique Chook and Geek à Moscou.

Vladimir Astapkovich/RIA Novosti
En 2011, les Moscovites Vassili Chevtchenko et Ivan Tcherniavski ont ouvert une boutique de bandes dessinées avec 750 euros empruntés à des amis. Aujourd’hui, leurs deux points de vente leur rapportent près de 6 500 euros de bénéfices par mois.

« Chook and Geek est la plus ancienne boutique de bandes dessinées de Moscou et la plus accueillante »,  raconte Artiom Garbrelianov, copropriétaire et rédacteur en chef de la maison d’édition Bubble, principal éditeur de bandes dessinées russes originales. « Chez eux, on voit souvent les propriétaires faire un gâteau pour les clients réguliers ou offrir un café quand il fait froid en hiver. Chook and Geek est bien plus qu’une simple boutique. Pour de nombreux amateurs de bandes dessinées, elle est devenue une seconde maison ».

Les débuts

Vassili Chevtchenko et Ivan Tcherniavski n’avaient jamais été fans de bandes dessinées, mais ils aimaient lire. En 2010, après avoir occupé le poste de rédacteur chez l’éditeur Komiks, Vassili Chevtchenko a décidé de changer d’emploi. « Je me suis simplement lassé, tout comme Vania, de travailler pour le label Snegiri », se rappelle M. Chevtchenko dans un entretien avec le journal RBC. Lors d’un voyage en Inde, les deux jeunes hommes ont eu l’idée d’ouvrir leur propre librairie.

Il leur a fallu deux mois pour préparer l’ouverture. Vassili Chevtchenko a pu bénéficier d’une remise significative sur un lot de bandes dessinées auprès de son ancien employeur et l’a acheté à 30 000 roubles (750 euros en 2011). Les deux amis ont décidé d’ouvrir la boutique à l’intérieur d’une galerie de souvenirs dans le centre de Moscou. Les bailleurs ont proposé deux rayons et trois semaines de location gratuite aux entrepreneurs en herbe.

Le nom loufoque de la boutique, Chook and Geek, est né des conversations avec des amis, avoue M. Chevtchenko : « Il suscitait le plus d’émotions et de débats ». [le nom fait allusion au titre d’une nouvelle pour enfants de l’écrivain soviétique Arkadi Gaïdar Chouk et Guek qui raconte l’histoire de deux frères, ndlr]

Dès le mois de décembre, les ventes ont totalisé 60 000 roubles (1 500 euros), ce qui a permis aux deux amis de rembourser l’emprunt de départ. Au printemps 2011, la boutique s’est installée dans un local de 20 m2 qui, aujourd’hui, est complété d’un entrepôt de 50m2.

L’intérêt croissant du public moscovite vis-à-vis des bandes dessinées a convaincu Chevtchenko et Tcherniavski d’ouvrir une deuxième boutique, ce qui a nécessité un investissement de 1,2 million de roubles (15 500 euros au cours actuel) en travaux, achat de mobilier et loyer.

Au bout de trois mois de travail, la nouvelle boutique a atteint le seuil de rentabilité. Cela s’explique en grande partie par le fait qu’outre les bandes dessinées, la grande surface du deuxième Chook and Geek sert à vendre des livres de science-fiction, fantasy, livres pour enfants et des produits connexes, comme des meccanos et des breloques.

La crise a bouleversé l’assortiment

Les propriétaires de la boutique Chook and Geek Vassili Chevtchenko (à gauche) et Ivan Tcherniavski. Crédits : Vladimir Astapkovich/RIA Novosti

Aujourd’hui, les deux boutiques rapportent près de 3,5 millions de roubles (45 000 euros) de chiffre d’affaires par mois. Le gros de ce montant - 2,2 millions de roubles (28 000 euros) en moyenne par mois – est consacré à l’achat de marchandises. La boutique s’approvisionne en bande dessinées toutes les semaines et achète un gros lot au minimum une fois par mois. Contrairement au marché du livre, où les achats se règlent à mesure que les livres se vendent, les éditeurs de bandes dessinées demandent un prépaiement de 100%. « Généralement, nous essayons d’avoir plusieurs milliers de dollars en réserve pour pouvoir acheter un lot en urgence », raconte Vassili Chevtchenko.

En 2014, les bandes dessinées en langues étrangères constituaient jusque 35% de l’assortiment de Chook and Geek, mais avec la dévaluation du rouble, leur prix a crû considérablement. Ainsi, la quasi-totalité de l’offre est aujourd’hui composée de produits russes (y compris traduits).

Fin 2015, les copropriétaires de Chook and Geek se sont associés avec Jellyfish Jam, nouvelle maison d’édition spécialisée dans la bande dessinée, lancée par l’ancienne collaboratrice de Chook and Geek Beata Kotachevskaïa. L’atout principal de cette nouvelle maison est son partenariat avec Marvel. « Nous avons réussi à saisir quelques bonnes licences », se vante Vassili Chevtchenko sans préciser comment il y est parvenu. Il précise qu’en 2015, Jellyfish Jam a publié plusieurs bandes dessinées – Ant-Man, Les Gardiens de la Galaxie – pour un tirage total de 50 000 exemplaires, dont 30 000 sont déjà vendus. M. Chevtchenko estime l’investissement dans le lancement du projet à 1,5 million de roubles (19 800 euros).

Les jeunes gens âgés de 14 à 25 ans constituent le cœur de la clientèle de Chook and Geek (60%). « Nous avons un peu plus de garçons que de filles », précise M. Chevtchenko. « Parfois, nous recevons des personnages super bizarres, mais cools – un jour, nous avons eu deux grands gars déguisés en kangourous ». Chook and Geek a de nombreux clients réguliers que Vassili Chevtchenko connaît de vue et de nom. Les bonnes relations avec les clients et au sein du collectif apportent plus à l’entreprise que la publicité ou les programmes de fidélisation, explique Vassili Chevtchenko.

Texte original publié sur le site de RBC

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