La Russie assouplit sa position sur la dette ukrainienne

Les présidents russe et ukrainien, Vladimir Poutine (à droite) et Viktor Ianoukovitch au Kremlin, le 18 décembre 2013.

Les présidents russe et ukrainien, Vladimir Poutine (à droite) et Viktor Ianoukovitch au Kremlin, le 18 décembre 2013.

RIA Novosti/Michael Klimentyev
Le gouvernement russe a accepté la restructuration de la dette ukrainienne, qui s’élève à 3 milliards de dollars, mais à condition que des garanties soient fournies par des bailleurs internationaux ou le gouvernement américain. Les experts estiment que la solution proposée permettra à l’Ukraine d’éviter le défaut et à la Russie de récupérer ses créances.

Le gouvernement russe a proposé de restructurer la dette ukrainienne qui s’élève à 3 milliards de dollars (2,8 milliards d'euros), a déclaré le président russe Vladimir Poutine, cité par l’agence russe TASS. Le président russe a annoncé que la Russie acceptait de percevoir $1 milliard par an (939 millions d'euros). Toutefois, le président a précisé que son gouvernement aurait besoin de garanties de paiement de la part du gouvernement américain, de l’Union européenne ou de l’un des organismes financiers internationaux.

Fin 2013, le gouvernement russe a décidé d’apporter son soutien à l’économie ukrainienne et a proposé à Viktor Ianoukovitch, alors président ukrainien, de lui accorder un prêt de 15 milliards de dollars. Le remboursement des obligations était prévu pour le 20 décembre 2015, alors que le taux s’élevait à 5%. Le gouvernement russe n’a pu transférer que la première tranche de 3 milliards de dollars à Ianoukovitch, avant que la crise politique ne le pousse à l’exil. Par la suite, l’Ukraine a convenu avec ses créanciers d’une restructuration de sa dette, mais la Russie a refusé les nouvelles conditions. Le gouvernement russe insistait sur le fait que la dette vis-à-vis de la Russie n’était pas commerciale mais souveraine, et qu’elle devait être intégralement remboursée en décembre 2015. Sinon, l’Ukraine s’exposait à un défaut et risquait de perdre le droit de percevoir l’aide financière du Fond monétaire international.

L’intérêt pour l’Ukraine

Les experts expliquent que cet arrangement va dans l’intérêt de Kiev. « L’Ukraine pourra éviter le défaut sur sa dette vis-à-vis de la Russie et percevoir la nouvelle tranche d’aide dans le cadre du programme de soutien financier de la part du FMI », explique Andreï Margoline, vice-recteur de l'Académie présidentielle russe d'économie nationale et d'administration publique. Il précise que l’Ukraine pourra continuer à recevoir l’aide des bailleurs internationaux. Cela ne signifie pas pour autant que le pays sera en mesure de rembourser ses dettes sans aide extérieure, ajoute-t-il.

« Sachant que Kiev ne sera pas en mesure de rembourser sa dette vis-à-vis de la Russie en 2015, le programme de restructuration permet de comprendre clairement quand et dans quelle proportion la Russie pourra récupérer son argent », explique Andreï Margoline. Il précise que c’est la garantie du FMI ou d’un autre organisme financier, condition sine qua non de la mise en place de la restructuration, qui apporte cette certitude.

La question des garanties

La question des garanties est au cœur de la proposition russe, explique l’analyste de FINAM Bogdan Zvaritch. Il estime que si l’Europe ou les Etats-Unis sont prêts à apporter ces garanties, les parties pourront rapidement tomber d’accord. « La proposition semble alléchante pour les deux parties. Pour l’Ukraine, il est important d’éviter formellement le défaut, mais elle est incapable de rembourser sa dette », explique l’analyste de Premier Sergueï Ilyine. Il estime que Kiev préférerait dans l’idéal ne pas rembourser cette dette du tout, mais que cette option ne semble pas réalisable. Ainsi, la restructuration semble être une alternative tout à fait acceptable et plus facile à présenter au public que le défaut, estime Ilyine. Quant à la Russie, elle pourra récupérer son argent et réduire ses propres risques.

Maxime Orechkine, vice-ministre russe des Finances, a par la suite déclaré que la restructuration de la dette ukrainienne n’aurait aucune incidence sur la note souveraine de la Russie. Il a précisé que l’achat des euro-obligations ukrainiennes avait été financé par le Fonds de bien-être national, et que par conséquent, la restructuration n’aurait pas d’impact sur le programme d’emprunts russe pour l’année 2016.

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