L’immobilier, valeur refuge des Russes en temps de crise

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En cette période de crise, les Russes investissent à l’étranger dans l’immobilier pouvant rapporter de l’argent. Leurs « préférences géographiques » ont changé et ils se tournent aujourd’hui vers la Grèce, devenue moins chère.

En valeur, les Russes achètent actuellement deux fois moins de biens immobiliers à l’étranger : durant le second trimestre de l’année, ils n’ont dépensé que 202 millions d’euros, selon des données de la Banque centrale de Russie.

Les grandes agences immobilières contactées par RBTH confirment elles aussi la réduction de la demande. Selon Knight Frank, la demande d’immobilier à l’étranger a baissé cette année d’environ 30% par rapport à 2014. Kalinka Group relève pour sa part que l’indice a particulièrement diminué dans le bas de gamme (moins de 500 000 euros), soit un recul de 30% à 60%, alors que l’immobilier de luxe est en moindre régression, avec 15% au maximum.

Parkings et hôtels, nouvelle tendance

La crise contraint les Russes à adopter une approche plus pondérée envers l’achat de biens immobiliers à l’étranger. Désormais, ils concentrent leur attention sur l’immobilier d’investissement, notamment des places de parking, des chambres d’hôtel, des appartements à louer, des logements étudiants et des surfaces de vente.

Les achats destinés à l’investissement se limitent à l’Europe, où les prix de l’immobilier ne grimpent plus. « Nous recevons un nombre toujours croissant de demandes dans le centre-ville des capitales européennes, notamment de Londres, de Madrid, de Paris, de Berlin et de Vienne. A l’heure actuelle, environ 70% des demandes concernent de l’immobilier pouvant aider à préserver les capitaux et à obtenir des recettes », a indiqué Maria Kouzmina, directrice des ventes de l’immobilier à l’étranger de Knight Frank.

« Les investisseurs sont surtout attirés par les marchés stables à économie forte », a confirmé Youlia Ovtchinnikova, directrice du département de l’immobilier à l’étranger d’IntermarkSavills. D’après elle, les acheteurs s’intéressent tant à des surfaces à louer qu’à des projets de modernisation ou de construction.

Tous les acteurs du marché interrogés par RBTH soulignent que l’Allemagne détient le leadership des achats destinés à l’investissement. Les plus populaires sont les immeubles de rapport et les appartements à louer. « En fonction du statut et de l’emplacement de l’immeuble, la rentabilité peut varier entre 5% et 12% », a précisé Ekaterina Roumiantseva, présidente du conseil d’administration de Kalinka Group.

Demande d’immobilier de vacances

La Grèce figure dans le top 10 des pays où les Russes ont acheté des biens immobiliers pour leurs besoins personnels. Jusqu’ici, c’est la côte espagnole qui détenait la palme. A l’issue du second trimestre de 2015, les Russes ne sont arrivés que septièmes sur la liste des étrangers effectuant des opérations immobilières en Espagne, selon les statistiques du Service local d’enregistrement.

La demande d’immobilier en Grèce et à Chypre s’est accrue d’environ 50%, a poursuivi Marina Kouzmina de Knight Frank. Les agents immobiliers constatent une augmentation de la demande d’appartements haut de gamme en Grèce, où leurs prix ont brusquement chuté dans un contexte de crise.

Depuis que le pays a sombré dans la crise en 2009, les prix des résidences de luxe ont diminué de moitié et ceux de l’immobilier moyen et bas de gamme ont baissé de 20% à 30%.

« Si avant, une villa en Grèce revenait à peu près à 20 millions d’euros, aujourd’hui elle ne coûte plus que 12 millions », a-t-elle dit. Dans ce contexte, la demande d’immobilier plus bas de gamme s’est réduite parmi les Russes gagnant en roubles, la dévaluation rendant plus difficile et plus cher son entretien.

Les Balkans et l’Asie ont perdu le client russe

La plupart des pays qui enregistraient ces dernières années une montée en flèche ont perdu leurs clients. Selon les données de l’agence Tranio, le nombre de demandes d’achat de biens immobiliers a été divisé par quatre en Bulgarie et par deux en Croatie. Aucune demande d’achat n’a été formulée pour la Serbie.

Les pays exotiques n’ont pas su eux non plus maintenir la demande. « La Thaïlande et le Vietnam, où les Russes aimaient tant passer leurs vacances et acheter des biens immobiliers, ne peuvent pas se vanter aujourd’hui d’un grand nombre de propriétaires russes », a raconté Igor Indriksons, directeur des investissements dans l’immobilier de l’agence Indriksons. Une basse rentabilité associée aux problèmes économiques survenus Chine ne permettent pas aux actifs asiatiques de concurrencer leurs « homologues » européens ».

Le nombre de personnes désireuses d’acheter des biens immobiliers pour investissement aux Etats-Unis a également diminué de moitié. Les causes principales sont la distance et des impôts élevés, expliquent les agents. La demande a également baissé aux Emirats arabes unis, mais elle n’a jamais été très importante comparée aux autres pays, a encore fait remarquer Tranio.

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