Rechute du rouble : et maintenant ?

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Suite à un nouvel effondrement du rouble le 24 août dernier, les PDG de grandes sociétés russes évoquent leur vision de la situation.

Alexandre Borissov, directeur général de la société pharmaceutique Polysan

« Nous éprouvons une certaine nervosité au sujet de notre avenir. Nous devons acheter des matières premières et des équipements à l’étranger, ce qui fait que nous dépendons grandement de l’oscillation des cours. Dans les conditions actuelles, nos recettes en roubles diminuent. Nous ne pouvons pas penser à de sérieux investissements, par exemple, à construire une troisième tranche de notre usine de production. Je pense que ce flou durera jusqu’à la fin de l’année ».

Denis Fiodorov, PDG de Gazpromenergoholding (énergie)

« Nous allons suivre de près les développements et voir les mesures que prendra le gouvernement. La situation frappe de plein fouet les contrats de service libellés en euros. Nous avons commencé à élaborer des scénarios (d’activités) il y a quatre ou six semaines. Mais ces derniers temps, nous nous sommes tellement restreints que si nous allons plus loin, il y aura des risques pour la fiabilité. C’est plutôt l’Etat qui devrait prendre maintenant une part des responsabilités ».

Roman Trotsenko, président du conseil d’administration d’AEON Corporation (groupe d’investissement qui déploie ses activités dans différents secteurs de l’industrie et qui réalise des projets en Russie, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Ukraine et au Kazakhstan).

« Les six prochains mois, les cours resteront instables et le billet vert vaudra entre 60 et 90 roubles. Un rouble faible ne nous fait pas peur, mais des problèmes surgissent suite à ces fluctuations, car le monde des affaires se retrouve dans l’impossibilité de prévoir quoi que ce soit. Toutefois, ce qui se passe avec le rouble profite à l’économie. Cette situation permet à un secteur entier, celui de la transformation, de devenir plus compétitif. Cependant, il faudra du temps. Nous, nous n’avons pas de dettes importantes et celles que nous avons sont en roubles. On se positionne comme un groupe travaillant en Russie avec les roubles ».

Maxime Tadevossian, directeur général adjoint de Rambler & Co (moteur de recherche)

« Notre objectif est d’édifier un modèle d’entreprise efficace indépendamment de la situation sur le marché. L’instabilité passera, nous avons une réserve de capacités pour survivre et poursuivre nos activités. Nous restons orientés vers l’avenir : nous ne comprimons pas les projets d’investissement, même si ceux-ci ne seront rentables que dans trois ou cinq ans. Nous restons fidèles à la stratégie choisie sans faire de pronostics au sujet des résultats de fin d’année. Pour l’instant, nous constatons que la publicité dans les médias rapporte au second semestre de l’année davantage qu'au premier. Il existe cependant un risque : si la dynamique des cours persiste, les recettes de la publicité médiatique des grandes sociétés automobiles et immobilières iront en décroissant ».

Andreï Riabinski, propriétaire principal de l’investisseur et promoteur immobilier MITS

« La plupart des hommes d’affaires ont défini dès l’année dernière leurs priorités et stratégies financières. Nous aussi. Le groupe MITS est un grand promoteur et notre produit est le logement économique. La stabilité de la demande et une hypothèque subventionnée constituent les deux piliers de ce marché. Le prix de revient des travaux et la solvabilité de la population, c’est une autre question et dans le contexte de changements de cours aussi brusques et aussi prolongés, le promoteur est obligé de répercuter en augmentant les prix ».

Alexandre Korsik, président de la société pétrolière Bachneft

« (Faire des prévisions sur les prix de pétrole), c’est lire dans le marc de café : il ne peut y avoir de réponse univoque. Nous avons prévu les mesures à prendre en élaborant nos plans pour cette année et nous travaillons en conformité avec ces plans. Certains projets peuvent, si nécessaire, être suspendus ou reportés : il s’agit de la prospection géologique et de l’achat de nouveaux actifs. D’autres sont obligatoires. Au premier semestre, nous avons renoncé à plusieurs projets (en reportant des éléments de la prospection géologique à l’année prochaine). Dans le second, avant le nouveau plongeon (des prix du brut), nous avons un peu « détendu le ressort ». Toutefois, nous pouvons à tout moment couper (le financement) ».

Source : RBC Daily Avec la participation d’Anna Deriabina, Daria Louganskaya, Alexeï Pastouchine, Anatoli Temkine, Timofeï Dziadko et Alexandra Galaktionova

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