Russie : combler le déficit en pénalisant les retraités ?

Crédit : Artyom Geodakyan / TASS

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Compte tenu du déficit budgétaire croissant en Russie, le ministère des Finances propose une cure d’austérité, en renonçant à aligner les retraites et les salaires de la fonction publique sur la hausse des prix. Selon les économistes, l’application de cette idée appauvrira la génération aînée et débouchera sur un accroissement des inégalités sociales.

Sur fond de déficit budgétaire grandissant, le ministère des Finance propose une cure d’austérité drastique et prévoit de ne plus revaloriser les retraites et les salaires de la fonction publique. Il a d’ores et déjà soumis ses idées au gouvernement, annonce le journal des milieux d’affaires RBC Daily. Selon le ministère, il sera possible d’économiser ainsi environ 2 500 milliards de roubles (quelque 40 milliards d’euros) sur trois ans.

Toutefois, fait remarquer l’analyste du fonds d’investissement Finam, Timour Nigmatoulline, cette initiative contribuera à aggraver la stratification sociale. D’après les données de Finam, la pension moyenne en Russie était d’environ 170 euros en 2014. A titre de comparaison, le salaire nominal mensuel moyen d’un travailleur s’élevait à 570 euros à la fin de l’année dernière.

Travailler plus ou gagner moins

Selon les calculs du ministère des Finances, si sa proposition est approuvée, le budget économisera jusqu’à 8 milliards d’euros l’année prochaine, 14,5 milliards en 2017 et 16 milliards en 2018. Pour le ministère, la fin de l’indexation des retraites et des salaires sur l’inflation n’est que le premier chapitre du programme de réduction des dépenses.

Si les ressources ne sont pas économisées et si toutes les demandes des ministères et départements sont satisfaites, les dépenses budgétaires atteindront l’année prochaine 300 milliards d’euros, ce qui exigera de dépenser l’intégralité du Fonds de réserve qui accumule les pétrodollars du pays. A l’heure actuelle, le Fonds compte environ 66 milliards d’euros, a précisé le président Vladimir Poutine au Forum économique international de Saint-Pétersbourg.

Les ministres responsables de la politique sociale se sont d’ores et déjà élevés contre la proposition du ministère des Finances. « La situation économique a changé aujourd’hui : si au cours des années précédentes, la rentabilité de la caisse de retraite devançait l’inflation grâce à la majoration des salaires, aujourd’hui ce n’est plus le cas. Est-ce que cela signifie qu’il faut changer les règles du jeu ? Il nous semble que non », a déclaré le ministre du Travail, Maxime Topiline.

Toujours d’après Timour Nigmatoulline, le système des retraites russe est incapable de garantir un niveau de vie élevé aux anciens. Si en 2009, le pays comptait 1 retraité pour 1,65 représentant de la population active, aujourd’hui le deuxième indicateur approche de 1,55.

« Ainsi, le gouvernement doit augmenter dès aujourd’hui l’âge de la retraite à 65-67 ans au minimum », a-t-il affirmé. L’autre solution est la réduction des pensions en espèces suite au refus de les revaloriser, ce qui causera un sévère appauvrissement des retraités, a-t-il constaté.

Accroissement de la stratification

Selon Alissen Alissenov, chargé de cours de l’Académie présidentielle russe de l’économie nationale et de l’administration publique, « la réduction du déficit budgétaire par le biais d’un renoncement complet ou partiel à l’indexation des retraites et des allocations sociales sur l’inflation met en relief l’incapacité de l’Etat à trouver des sources supplémentaires de financement du déficit en opérant des réformes structurelles dans l’économie ».

Selon lui, cette décision aura pour seul effet de rendre plus pauvre la vieille génération.

La situation des retraités russes n’est pas envier, indiquent les résultats de l’étude annuelle de HelpAge International, organisation qui dresse une liste des pays selon le soutien que ceux-ci accordent aux aînés. La Russie n’arrive que 65ème sur la liste. « La baisse des revenus réels des retraités fera reculer davantage le pays », a indiqué Alissen Alissenov. 

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