Pétrole contre marchandises : les enjeux de l’accord entre la Russie et l’Iran

Crédit : Lori / Legion Media

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Moscou a lancé le programme d’échange de pétrole contre des marchandises russes, annonce le ministère des Affaires étrangères. En réalité, le pétrole iranien n’est pas livré en Russie, mais est exporté vers les pays d’Asie sous forme de contrats d’échange. Ainsi, le Russie réduit le risque lié à la levée imminente des sanctions contre l’Iran.

La Russie a lancé les livraisons de céréales et de certains biens d’équipement et matériaux de construction en échange de pétrole iranien, a annoncé le 13 avril le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, cité par l’agence RIA Novosti. Le lancement de cet échange commercial a été confirmé par le secrétaire de presse du président russe Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, informe l’agence Interfax.

Toutefois, le 15 avril, le ministre russe de l’Énergie Alexandre Novak a démenti cette information, indiquant que la Russie n’avait pas besoin de pétrole iranien et que seul le mécanisme d’échange était actuellement à l’étude.

L’Iran est intéressé par les équipements de pompage, les machines à air comprimé, les turbines à gaz, les métaux laminés, les tubes, les équipements pour centrales électriques, le blé, les légumineux et oléagineux, la viande, le bois et les produits en cuir.

Intérêt économique

Les négociations entre la Russie et l’Iran sur l’échange de biens contre du pétrole ont été rendues publiques début 2014.  Dès le mois de novembre, le ministre russe du Développement économique Alexeï Oulioukaïev a déclaré que le programme devait être lancé très rapidement, sans toutefois pouvoir préciser la date exacte.

Selon le portail russe Gazeta.ru, il s’agit de livraison « swap » (terme anglais signifiait échange) de pétrole qui serait exporté via le golfe Persique, principalement vers la Chine et l’Inde. Il pourrait s’agit de quelque 500 000 barils par jour. Ce mécanisme de livraison est utilisé lorsque l’approvisionnement direct est impossible : en réalité, le pétrole sera exporté depuis l’Iran, mais appartiendra à la Russie qui en fixera le prix. 

Alexandre Kourdine, membre du Centre analytique auprès du gouvernement russe suggère que l’achat du pétrole par la Russie pourrait avoir un intérêt tant économique que politique. « L’Iran est toujours soumis aux sanctions et, dans ces conditions, les achats russes peuvent être encouragés par l’Iran par le biais de réductions, de conditions favorables pour l’achat d’autres biens en Russie et de concessions politiques », estime l’expert.

Kira Iouchtenko, analyste de la société de courtage FBS, indique que la réduction accordée à la Russie pourrait s’élever à environ 5 dollars le baril, alors que la revente aux pays d’Asie-Pacifique se fera au prix du marché normal.

« Nous rendons un service « amical » à l’Iran, car ce pays isolé peine toujours à trouver des marchés pour ses matières premières », estime l’expert. « En échange de ce service, la Russie gagne la possibilité de devenir un partenaire de « premier rang » de l’Iran après la levée de l’embargo ».

C’est un point important, étant donné que le marché de l’Asie-Pacifique est actuellement disputé par de nombreux fournisseurs de pétrole mondiaux, dont l’Arabie saoudite. 

Par ailleurs, en se rapprochant de l’Iran, la Russie accède à un vaste marché pour ses propres produits, estiment les experts. Selon les estimations de Kira Iouchtenko, le volume des échanges entre la Russie et l’Iran pourrait, à terme, passer de 1,5 milliard actuellement à 6 milliards de dollars.

Intérêt stratégique

« Après la levée des sanctions, l’Iran envisage d’accroître le volume de ses exportations de pétrole d’un million de barils par jour », informe Interfax citant une déclaration du ministre iranien du Pétrole. Par la suite, l’extraction pourrait être portée à 3 millions de barils par jour. « La Russie obtient la possibilité de contrôler les volumes supplémentaires de pétrole exporté, ce qui aura un certain impact sur son prix », explique l’analyste d’Investcafé Grigori Birg.

« Quand les sanctions pesant sur l’Iran seront définitivement levées, les volumes supplémentaires afflueront sur le marché de toute manière, avec ou sans la participation de la Russie », indique Nikolaï Petrov, professeur de l’École des hautes études en sciences économiques et politologue. « Si la Russie ne peut pas l’empêcher, le plus raisonnable serait de diriger ce processus ».

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