L’Union européenne de l’énergie, une menace pour la Russie ?

En mars 2014, Gazprom a considérablement augmenté les livraisons de gaz en Europe et le transit d’hydrocarbures via l’Ukraine. Crédit : Reuters

En mars 2014, Gazprom a considérablement augmenté les livraisons de gaz en Europe et le transit d’hydrocarbures via l’Ukraine. Crédit : Reuters

La création d’une Union de l’énergie en Europe provoquera la révision des contrats avec le monopole gazier russe Gazprom. Ainsi, la Commission européenne pourrait même peser sur le niveau des prix dans les contrats entre les différents pays concernés. Toutefois, les experts russes avertissent qu’à terme, cela pourrait conduire à une hausse des prix du gaz, le prix étant actuellement fixé individuellement pour chaque pays.

La création d’une Union de l’énergie en Europe signifie la révision des contrats avec le monopole gazier russe Gazprom, avertissent les experts russes. Dans le cadre d’un récent sommet, les dirigeants des pays européens ont approuvé l’idée de la création d’une Union de l’énergie, proposée par la Commission européenne. Ainsi, la Commission européenne pourrait exercer une influence directe sur les accords commerciaux d’approvisionnement en gaz, notamment sur les contrats avec Gazprom. « La création d’un marché unique de l’énergie est une tentative des pays de l’UE d’agir en tant qu’acheteur unique afin d’obtenir les mêmes propositions contractuelles pour tous », explique Ivan Kapitonov, professeur adjoint de régulation économique d’État à l'Académie russe de l'économie nationale. Il précise toutefois que cela ne signifie pas que tous les pays de l’UE sortiront gagnants, car certains pays d’Europe achètent le gaz moins cher que d’autres.

Objet de l’accord

Un chapitre entier du nouvel accord est consacré à l’amélioration de la transparence sur le marché gazier. À cette fin, un mécanisme de contrôle des accords intergouvernementaux conclus par les pays de l’Union européenne avec des pays tiers comme, par exemple, la Russie, devrait être instauré. Auparavant, les clients européens élaboraient des contrats individuels avec les fournisseurs, et les conditions du contrat commercial étaient strictement confidentielles. Conformément aux nouvelles règles, Bruxelles pourrait contrôler les accords intergouvernementaux et proposer des modifications. Alexeï Kozlov, analyste chez UFS IC, estime que l’UE est en mesure de réduire la consommation de gaz russe dans une certaine mesure, mais que la question butte sur le système de transport de gaz.

« La topologie même du réseau de gazoducs européens ne permet pas de renoncer au gaz russe au moins jusqu’en 2017-2018. L’Europe ne dispose ni de fournisseurs, ni d’infrastructures alternatifs », explique Sergueï Khestanov, chargé de cours de la faculté des finances et de la banque de l’Académie russe de l’économie nationale. Il précise que la recherche de fournisseurs alternatifs et la construction de l’infrastructure ad hoc prendront du temps et nécessiteront des investissements conséquents. « Ces derniers temps, l’UE mène des discussions avec plusieurs pays qui pourraient devenir fournisseurs de pétrole et de gaz. Ce sont des pays du Proche-Orient, de l’Afrique du Nord, du Golfe, de l’ex-URSS, ainsi que les Etats-Unis et le Canada », détaille Dmitri Baranov, expert en chef de Finam Management. Selon lui, aucun contrat majeur n’est à l’étude pour le moment, mais les discussions sur les livraisons potentielles ont bel et bien lieu.

Hausse des livraisons

En mars 2014, Gazprom a considérablement augmenté les livraisons de gaz en Europe et le transit d’hydrocarbures via l’Ukraine. Les experts estiment que le groupe russe cherchait ainsi à s’assurer la fidélité des clients européens, déterminés à diversifier les approvisionnements. Ainsi, le transit du gaz russe via l’Ukraine a crû de près de 40% : environ 70% du gaz supplémentaire était destiné à l’Italie, le reste à l’Allemagne du Sud. Gazprom a également doublé le volume du gaz transitant par le gazoduc Nord Stream, passant par le fond de la mer Baltique, pour le porter à 95 millions de m3 par jour environ. Les volumes supplémentaires de combustible ont été répartis à peu près à parts égales entre l’Allemagne et les pays du Nord-Ouest de l’Europe.

Les pays européens restent à ce jour les principaux clients de Gazprom, bien que le groupe travaille activement à réorienter une grande partie du gaz exporté par pipeline vers le marché de la région Asie-Pacifique. Notamment, un travail d’organisation des livraisons de gaz russe en Chine est en cours. En outre, en 2014, Gazprom a vendu 4,5 milliards de m3 de gaz liquéfié aux clients asiatiques. 

 

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