Gazprom peaufine les détails de Turkish Stream

Crédit : Alexeï Filippov/TASS

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Le nouveau gazoduc reliant la Russie et la Turquie suivra l’itinéraire principal de South Stream. Le projet sera réalisé d’ici 2020 : le monopole gazier russe Gazprom souhaite mettre fin au transit du gaz via l’Ukraine avant cette date. Les experts estiment que la compagnie russe a dû faire des concessions à ses partenaires turcs dans le choix de l’itinéraire et serait même prête à accorder une réduction sur le prix du gaz.

Le gazoduc Turkish Stream, destiné à relier la Russie et la Turquie, passera par le fond de la mer Noire et suivra dans l’ensemble l’itinéraire de South Stream, a déclaré le PDG de Gazprom Alexeï Miller, cité par le quotidien économique Kommersant, à l’issue de sa rencontre avec le ministre turc de l’Énergie Taner Yildiz. Il a expliqué que d’ici 2020, Gazprom souhaite mettre fin au transit du gaz via l’Ukraine, et que la construction de Turkish Stream doit être achevée avant cette date. De son côté, l’Europe doit construire des gazoducs pour recevoir ses 63 milliards de m3 de gaz depuis la Turquie. Le gazoduc suivra l’ancien itinéraire de South Stream sur 660 km environ, alors que sur 250 km, il empruntera un nouveau chemin menant à la partie européenne de la Turquie.

Détails de l’accord

Les experts russes estiment que la compagnie russe a dû trouver un compromis avec ses partenaires turcs. « Gazprom insistait sur un autre itinéraire, moins onéreux pour le monopole, dans lequel la partie sous-marine du gazoduc serait parallèle à un autre gazoduc, Blue Stream », précise l’analyste en chef d’UFS IC Ilya Balakirev. Il explique que l’itinéraire choisi n’est pas si mauvais, car il suit à 70% le projet de South Stream dont la conception a déjà été achevée. Le projet South Stream prévoyait de construire un gazoduc reliant la Russie et l’Europe du Sud, mais Gazprom y a renoncé au projet en raison de la position de la Bulgarie, qui a suspendu les travaux de construction du gazoduc à la demande de la Commission européenne. Au final, le 1er décembre 2014, au cours d’une visite en Turquie, le président russe Vladimir Poutine a annoncé que la Russie renonçait à la construction de South Stream. 

La principale difficulté liée au projet Turkish Stream est l’absence d’accords concernant le prix final du gaz, a déclaré le ministre turc Taner Yildiz dans un entretien avec la chaîne de télévision NTV. Selon les informations de Kommersant, la partie turque demande, notamment, une réduction significative du prix du gaz à hauteur de 15%. « Une telle réduction au bénéfice de la Turquie pourrait être perçue comme le prix à payer en raison de l’absence de pays de transit », explique Ivan Kapitonov, professeur adjoint de régulation économique d’État à l'Académie russe de l'économie nationale. Toutefois, dans un tel contexte, la Turquie devient un pays de transit, explique-t-il. « Il est clair depuis le début que le projet dans sa version actuelle comporte le risque de voir la Turquie dicter sa position, il est donc probable que la Turquie parviendra à obtenir une certaine ristourne », estime Ilya Balakirev.

Projets communs

Selon Ilya Balakirev, l’ouverture du premier tronçon permettrait de réduire le transit via l’Ukraine d’un quart dès 2017, ainsi la réduction accordée devrait se justifier. Gazprom assurera la construction de la partie maritime du gazoduc de façon autonome, alors que la réalisation de la partie terrestre du projet du côté turc sera co-pilotée par la compagnie Botas. Le service de presse de Gazprom nous a précisé que les principales missions de la compagnie sont l’analyse des itinéraires possibles sur le territoire turc et la définition du point de sortie de la mer. 

« Ce qui importe le plus est que la Russie et la Turquie aient trouvé un accord de principe concernant ce projet, confirmé leur intérêt mutuel, affiché la volonté de le réaliser et défini les principaux paramètres du gazoduc : tout cela améliore ses chances d’être mis en œuvre, et ce dans un délai court », explique l’analyste en chef de Finam Management Dmitri Baranov. Le directeur général de l’agence de conseil Arkaim Alexandre Dorofeev souligne de son côté que le succès des négociations réside pour la Russie dans le fait que le pays se dote ainsi d’un canal supplémentaire de transport de gaz en Europe, ce qui assurera une exploitation optimale pour les gisements russes et des recettes d’exportation supplémentaires. « Les pays européens achèteront ce gaz même via la Turquie, car son coût sera toujours plus faible que celui du GNL importé », explique Dorofeev. 

 

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