Les soirées d'entreprise victimes de la crise

La soirée du Nouvel An de Kaspersky Lab Russia. Crédit : service de presse

La soirée du Nouvel An de Kaspersky Lab Russia. Crédit : service de presse

Oubliés, le caviar rouge et les ours : les sociétés russes, en premier lieu celles qui sont visées par les sanctions, renoncent à leurs soirées d'entreprise, ou cherchent des moyens d'économiser de l'argent. Les budgets fêtes ont été réduits de près de 40%.

La crise qui frappe l'économie russe oblige les sociétés russes à agir de façon inédite : elles privent leurs employés de soirées du Nouvel An. Si, lors de la précédente crise de 2008, les clients avaient décidé de faire des économies mais fêtaient tout même le Nouvel An entre collègues, cette année certaines sociétés ont totalement renoncé à leurs soirées d'entreprise.

« Le pourcentage de clients qui ont décidé de ne pas organiser de soirées de fin d'année n'est pas très élevé, il n'est que de 2%, mais on n'avait jamais vu ça avant, cela n'a aucun sens », déclare Daria Machina, co-fondatrice de l'agence d'événementiel De'MonAngel. Parmi ceux qui ont annulé leurs soirées, on trouve de grandes banques publiques.

D'après Alissa Soumenkovaïa, la directrice d'ALICESHOW, certains représentants des 10 plus grandes banques russes, auparavant peu regardants sur les dépenses pour les fêtes, ont renoncé cette année à leurs soirées du Nouvel an, VTB par exemple.

Cette année, selon les chiffres du site zakupki.ru, qui recense les appels d'offres du secteur public, les sociétés publiques n'ont pas fait de commandes pour les soirées d'entreprise de fin d'année, à quelques rares exceptions près.

Par exemple, Sberbank, l'une des plus grandes banques russes, s'est abstenue de dépenser de l'argent, alors que l'année dernière son budget pour les fêtes, où plusieurs stars russes étaient invitées, était de 13 millions de roubles (317 000 euros, d'après le cours de décembre 2013).

Et près de 20 millions de roubles (488 mille euros) ont été dépensés dans l'organisation d'une fête pour les enfants des employés. Cette année, le budget de la fête des enfants sera réduit de moitié. Quant à la soirée pour les adultes, aucune information n'est disponible.

Autre option pour réduire les dépenses : rejeter une partie des dépenses sur les employés. Cette tendance a vu le jour cette saison chez près de 3% des clients. Le nombre de ces sociétés est en constante augmentation, assurent les représentants du marché de l'événementiel : l'employeur paie 50-70% du montant, les employés payent le reste. 

Economiser sur le prestige

De leur côté, les employeurs dont le personnel est le principal capital luttent pour la loyauté de leurs employés même en période de crise, il est vrai en optimisant les dépenses. Les budgets de fêtes seront moins élevés cette année, ils diminueront en moyenne de 20-40%, d'après les estimations des représentants des agences d'événementiel. « Ils économisent sur le prestige : sur le restaurant, les vedettes invitées, etc. », souligne Natalia Souslova, directrice générale de l'agence de communication « Reputatsia ».

Ainsi, les buffets ont remplacé les banquets, la décoration est maintenant plus simple, sans fioritures, comme le programme. Comme le notent les membres du marché du divertissement, la demande de fêtes d'entreprise comportant des éléments de team-building est en hausse.

« Par exemple, les soirées à thème culinaire sous forme d'ateliers sont très populaires, ainsi que les formats interactifs, les jeux intellectuels sous forme de quizz », explique l'expert. Il y a eu une soirée d'entreprise avec des chevaux : l'apprentissage de l'équitation est censé aider à mieux travailler avec les collègues difficiles.

« Les clients russes ont une mission pratique à remplir, et ceci avec un budget très serré », déclare Nikolaï Anokhine, directeur général de l'agence RED Republic. La dernière mode  met en avant l'intérêt pour les divertissements technologiques de toutes sortes. Des lunettes de réalité virtuelle, des projections vidéos et le hit de la saison, des robots  mesurant de 30 cm à 2,50 mètres.

« Les robots miniatures sont radiocommandés, on peut louer un lot (de 2 à 6 robots) pour 20 à 30 mille roubles (400-550 euros) la soirée », annonce Nikolaï Anokhine. À l'aide de grands modèles (de 2 à 2,50 mètres), l'organisateur crée un vrai spectacle : les robots dansent, répondent aux questions des invités, etc. Leur présence lors d'une soirée d'entreprise coûte 150-200 mille roubles (2,4-3 mille euros).

Par ailleurs, il arrive que les sociétés préfèrent tout de même organiser une fête spectaculaire. Cette année, une société étrangère a par exemple acheté plusieurs milliers de fleurs et a fait construire une tente en verre qu'il a fallu livrer à des milliers de kilomètres de la ville.

Les fêtes somptuaires par le passé

Avant la crise de 2008 et dès que l'économie est passées, les entreprises surprenaient leurs invités avec  une table luxueuse, l'abondance de caviar rouge et noir par exemple, ou bien avec des idées originales, notamment un spectacle de cirque, des dirigeables gonflables, des spectacles en 3D et une fête à la patinoire ou sur une meule de foin.

Trois agences d'événementiel moscovites ont raconté à RBTH quelles ont été leurs commandes les plus extravagantes. Un des clients a voulu organiser une soirée d'entreprise dans un fenil : le sous-traitant a apporté des ballots de foin, a fait une imitation de feu de camp pour créer une atmosphère de festival musical en plein air.

Une autre compagnie a décidé d'organiser sa fête dans le style gitan, avec un vrai camp, un ourson et des oies. Le service de sécurité du centre d'affaires où devait se dérouler la fête s'est mis en travers de leur route : il n'a pas laissé entrer les artistes et les animaux. Un autre client a invité un éléphant pour le Nouvel an, sa présence a coûté 6000 euros pour la première heure, puis 5000 euros par heure supplémentaire.

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