Les sanctions suisses pourraient provoquer une fuite des capitaux russes

Crédit : Alexander Outkin/RIA Novosti

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Les sanctions introduites par la Suisse à l’encontre de la Russie pourraient à terme provoquer une fuite des capitaux russes de ce pays. Les experts estiment que les entrepreneurs russes recourent activement aux banques suisses pour souscrire des crédits adossés destinés à leurs sociétés. Les sanctions mettent ce système en péril.

Les sanctions introduites par la Suisse à l’encontre de la Russie pourraient à terme provoquer une fuite des capitaux russes de ce pays. « L’argent russe exporté vers l’étranger commence à revenir au pays grâce au système back-to-back : votre propre dépôt sert de garantie pour l’émission d’un crédit par la banque, les montants ainsi contractés sont ensuite investis en Russie », nous a déclaré Maxime Kosarev, associé de la compagnie Kosarev & Partners. Ainsi, selon les statistiques officielles de Rosstat (Service fédéral russe des statistiques), au premier trimestre 2014, Chypre, Luxembourg et les îles Vierges britanniques arrivent en tête pour les investissements étrangers en Russie avec, respectivement, 2,33 milliards, 1,53 milliard et 0,85 milliard d’euros. Il y a quelques mois, le gouvernement suisse a pris la décision d’introduire des sanctions à l’encontre de plusieurs sociétés et individus et de se joindre aux restrictions économiques imposées à la Russie par l’Union européenne.  

Impact sur le marché

La décision suisse interdit d’émettre des crédits à plus de 30 jours à cinq banques publiques russes et six sociétés. Par ailleurs, les entreprises suisses ne sont pas autorisées à établir de nouvelles relations professionnelles avec 24 autres personnes physiques et morales. En outre, la Suisse a interdit l’exportation en Russie de produits technologiques à double usage (militaire et civile). Le communiqué ne précise pas les noms des sociétés et individus concernés par l’interdiction, mais la liste avait déjà été publiée par l’Union européenne. Le Suisse n’a fait, en réalité, qu’appliquer cette liste avec un certain retard. Plus particulièrement, en septembre 2014, Bruxelles et les États-Unis ont simultanément publié une liste élargie des sanctions appliquées à plusieurs entreprises de défense et personnalités russes. Dans un entretien avec le quotidien suisse Basler Zeitung, le président du Conseil des États Hannes Germann a précisé que la décision du Conseil fédéral concernant les sanctions imposées à la Russie n’avait pas été soumise à l’approbation du parlement.

La liste européenne comprend les principales banques publiques russes – Sberbank, VTB, Gazprombank, Vnesheconombank et Rosselkhozbank, trois compagnies pétrolières – Rosneft, Gazprom neft et Transneft, ainsi qu’un grand nombre d’entreprises de défense et de personnes morales. Ces personnes morales ne peuvent contracter de financements à plus de 30 jours. 

Sanctions importantes

« Tout durcissement de la rhétorique des sanctions est, évidemment, nocif pour la croissance économique. Toutefois, à l’heure actuelle, les restrictions sont en grande partie déjà appliquées, surtout en ce qui concerne l’interdiction d’accès au marché du crédit », explique Sergueï Khestanov, professeur adjoint de la faculté des finances et de la banque de l'Académie russe de l'économie nationale. Ainsi, il estime que le durcissement des sanctions n’aura pas d’impact notable sur l’économie russe. « Le fait que la Suisse ait appliqué les sanctions ne témoigne que de l’abandon par la Confédération helvétique de sa fameuse neutralité, ce qui pourrait en premier lieu se retourner contre la Suisse même », explique l’analyste en chef d’UFS IC Alexeï Kozlov. 

Outre l’introduction de nouvelles sanctions, la Suisse avait refusé en août 2014 d’accéder à la demande de servir d’intermédiaire pour les exportations vers le marché russe, formulée par les producteurs alimentaires des pays de l’Union européenne, rapporte The Wall Street Journal. La demande portait sur les fruits, légumes et autres biens alimentaires, et la Suisse l’avait déclinée. Les autorités russes ont déjà réagi aux sanctions suisses. Le président russe Vladimir Poutine a notamment indiqué qu’il n’envisageait pas de participer au Forum économique mondial à Davos en 2015, informe l’agence Bloomberg citant le porte-parole du chef de l'État Dmitri Peskov. Cependant, les principales banques publiques russes VTB et Sberbank, visées par les sanctions suisses, restent toujours des « partenaires stratégiques » du forum et versent une contribution annuelle de 500 000 euros.

 

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