La Russie fait de l'œil aux géants du textile

Crédit photo : press-photo

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Les autorités russes proposent aux marques étrangères de vêtements de délocaliser leur production en Russie. Des avantages fiscaux jusqu'en 2025 seront notamment octroyés aux nouvelles entreprises. De plus, le ministère garantit aux fabricants désireux de s'implanter en Russie une certaine part du marché grâce à la commande d'État.

Les autorités russes proposent aux marques étrangères de vêtements de délocaliser leur production en Russie. Des avantages fiscaux jusqu'en 2025 seront notamment octroyés aux nouvelles entreprises. De plus, le ministère garantit aux fabricants désireux de s'implanter en Russie une certaine part du marché grâce à la commande d'Etat.

Les autorités russes ont proposé aux marques étrangères de vêtements de délocaliser leur production en Russie. Le vice-ministre de l'Industrie et du Commerce, Viktor Ievtoukhov, l'a annoncé dans une interview accordée à Rossiïskaya Gazeta - Business. Selon lui, à ce jour, les programmes d'aide de l'État envisagent d'accorder des subventions pour dédommager une partie des dépenses liées à l'achat des matières premières et des matériaux, à la modernisation technique des entreprises, ainsi qu'à la réalisation de nouveaux projets d'investissements. Des avantages fiscaux jusqu'en 2025 seront notamment octroyés aux nouvelles entreprises. De plus, le ministère garantit aux fabricants désireux de s'implanter en Russie une certaine part de marché grâce à la commande d'État.

Aide de l'État

« Puisque nous avions une longue tradition dans le domaine de la confection et du textile à l'époque soviétique, le pays peut occuper une niche entre le segment européen coûteux et ce que l'on nomme le bas de gamme asiatique bon marché », déclare Viktor Ievtoukhov. L'implantation des fabricants étrangers en Russie est l'un des moyens d'atteindre cet objectif, comme cela a été fait dans l'industrie automobile. « Ce ne sont bien sûr que des projets. Mais nos travailleurs du textile ont les atouts nécessaires », a expliqué M. Ievtoukhov. D'après lui, au cours d'une rencontre entre le China National Textile and Apparel Council et les grandes sociétés dans le cadre de l'exposition Super à Milan, il s'est avéré que les producteurs chinois considèrent la Russie comme un marché pour écouler leur production. Cependant, ces derniers sont également prêts à investir dans le développement de la production. Au cours de la plus importante Semaine de la mode d'Asie du sud-est - la Mercedes-Benz China Fashion Week de Pékin - la Chambre russe de la mode et la China Fashion Association ont signé un accord de coopération stratégique sur trois ans.

La délocalisation de la production permettra de réduire les prix des vêtements fabriqués en Russie. « Pour fabriquer des biens de consommation de masse, il faut absolument avoir une marge de sécurité suffisante sur les prix. S'il n'y a pas de critiques quant à la qualité de nos produits, nous perdons tout de même face aux équivalents asiatiques », poursuit M. Ievtoukhov. Il estime que dans le segment de masse, il est important d'avoir de bonnes relations avec les grandes chaînes de distribution et de développer une source de matières premières. Le marché extérieur est plus prometteur pour la production russe hautement technologique, comme les textiles techniques et non-tissés. Aujourd'hui, ce marché représente près de 30% des ventes de l'industrie, et depuis cinq ans, la production de textiles non-tissés en Russie a été multipliée par 8. Sur le marché européen et surtout allemand, le textile technique représente en tout 50% de la croissance de l'industrie.

Premiers succès

L'industrie légère russe continue de croître en dépit du ralentissement de la croissance économique. Selon les chiffres du ministère russe de l'Industrie, la production industrielle du pays a augmenté de pratiquement 5% en 2013. De plus, même si l'on regarde les résultats des neuf premiers mois de 2014, la production de vêtements en Russie a augmenté de 7%. À titre de comparaison, la croissance économique russe pour cette même période était de 0,7%. Toutefois, après l'adhésion à l'OMC et la suppression des droits de douane, la production de cuir et de produits de maroquinerie en Russie a baissé de 10,5% et 20% respectivement. Pour résoudre ce problème, le gouvernement russe a interdit en août 2014 d'exporter des produits semi-finis en cuir. En outre, le ministère compte aussi interdire l'export des peaux brutes. « Nous ne sommes pas les seuls. Par exemple, la Biélorussie a elle aussi introduit une telle interdiction. Les arguments « pour » sont la pénurie de peaux brutes, son grand besoin dans la production russe et le risque lié à l'exportation illégale », explique Viktor Ievtoukhov.

Selon le vice-ministre de l'Industrie et du Commerce, le problème de la production textile nationale réside  dans la perte d'une partie considérable des matières premières suite à l'effondrement de l'URSS : 100% de la production de fibres de coton et de soie naturelle est restée dans les anciennes républiques soviétiques. Bien que la majorité des tissus synthétiques soient désormais importés, des pas importants ont été effectués afin de créer notre propre production, estime Viktor Ievtoukhov. Il s'agit notamment du grand projet de production de tissus en fibres synthétiques dans la ville de Chakhty, dans la région de Rostov. Néanmoins, le processus d'émergence d'entreprises qui fabriquent des tissus à la mode est moins actif. « Puisque la Russie est un pays leader pour l'extraction d'hydrocarbures, nous avons de grandes chances de réussir à développer la production de fils et fibres chimiques sur notre territoire, notamment grâce au développement de la chaîne de transformation du complexe pétrochimique », déclare Ievtoukhov.

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