Le choix entre consommation et budget fédéral

Crédit : Getty Images / Fotobank

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La chute record des cours pétroliers mord dans le budget russe. Si la dépréciation de la devise russe se poursuit, elle pourrait entraîner une baisse de la consommation des ménages.

À la mi-octobre, le cours du pétrole Brent, à partir duquel le prix du pétrole russe est fixé, est passé sous la barre des $83. Au cours des trois derniers mois, il a chuté de 24%. Il s’agit de la plus forte baisse depuis la crise de 2008. Cette fois, selon les estimations des professionnels, les prix pourraient tomber jusqu'à $72 le baril.

Mikhaïl Kroutikhine, associé chez RusEnergy Consulting, estime que si le gouvernement diminue les taxes sur l’extraction minière, les compagnies pétrolières pourraient réaliser des bénéfices en dépit des cours pétroliers faibles.

Mikhaïl Kroutikhine doute également que les prix du pétrole puissent tomber sous la barre des $80. De leur côté, les producteurs russes disent que dans ces nouvelles conditions de marché, les activités de forage pourraient être paralysées. 

« Nous nous attendions à une baisse de la production de pétrole en Russie en 2016 », expliquait Léonid Fedoun, vice-président de Lukoil, en août dernier. « Mais en observant nos collègues, nous pensons désormais que cela arrivera plus tôt, en 2015 ». Mikhaïl Kroutikhine estime que dans les 10 prochaines années, l’extraction pétrolière russe chutera de 15 à 20%.

La dépréciation actuelle du rouble pourrait en partie compenser la chute des prix du pétrole. Depuis le début de l’année, le rouble s’est déprécié de 20% par rapport au dollar et de 11% par rapport à l’euro.

Anton Silouanov, ministre russe des Finances, explique : « Une baisse des prix du pétrole d’un dollar se traduit par une contraction des recettes budgétaires russes de 70 milliards, tandis que la baisse des taux de change du rouble apporte un total de 180 à 200 milliards de roubles au budget (3,5 à 3,8 millions d'euros) ».

« La dépréciation du rouble est bénéfique pour le budget, car la principale source de recettes (52 à 55%, selon les estimations) est l’exportation », explique Sergueï Khestanov, directeur d’Alor Brokerage.

Le recours à l’assouplissement quantitatif permet d’améliorer la rentabilité des exportateurs pétroliers et équilibre le budget. « En conséquence, on enregistre un surplus – les recettes budgétaires l’emportent sur les dépenses », ajoute Sergueï Khestanov.

Pourtant, tandis que le gouvernement profite de la dévaluation du rouble, ce n’est pas le cas de la population. Selon les experts, le panier du consommateur est constitué à 30-40% de produits importés (biens fabriqués à l’étranger et biens produits en Russie en utilisant des équipements étrangers). 

« Une dépréciation de 20% du rouble (par rapport au dollar) augmente le coût de la nourriture de 30% », explique Sergueï Khestanov. En outre, plus le niveau de revenu est faible et plus la proportion du revenu consacrée à l’alimentation est importante.

Par conséquent, une telle dépréciation de la monnaie nationale affecte particulièrement les personnes à bas revenus. Toutefois, la classe moyenne russe commence également à ressentir l’impact de la baisse du rouble.

« La hausse des prix de la nourriture est considérable pour le budget de ma famille », raconte Natalia Korchounova, Moscovite âgée de 43 ans avec un enfant à charge, qui travaille dans le département des ressources humaines d’une grande entreprise. 

« Je ne fais pas mes courses dans les supermarchés et ne connais pas leurs prix, mais dans les magasins de mon quartier les prix de la viande, des produits laitiers et des fruits ont bondi ».

« La chute du rouble a effectivement affecté mes finances à court terme », explique Tobin Auber, 43 ans, un directeur de la télévision britannique installé à Saint-Pétersbourg. « Je dirais que mes dépenses en alimentation ont crû d’environ 40%. Toutefois, comme la plupart des gens en Russie, nous sommes préparés à des éventuelles péripéties du rouble ».

Le pire est-il à venir ? Les avis des experts sur l’évolution future de la relation entre le rouble et les prix du pétrole divergent. Selon Alexeï Kozlov, analyste en chef chez UFC IC, le rouble ne pourrait être soutenu que par l’amélioration de l’attractivité de l’économie russe pour les investisseurs qui permettrait d’enrayer la fuite massive des capitaux.

« L’économie russe dépend très largement des prix du pétrole, des taux de croissance et de l’inflation. Si ces facteurs sont stabilisés, la dépréciation de la monnaie russe sera également stabilisée », explique-t-il. L’inflation pourrait même contribuer à une reprise progressive des cours pétroliers.

La semaine dernière, Bloomberg a rapporté que les prix du pétrole remontaient suite aux mesures prises par l’Iran pour empêcher une nouvelle baisse. L’Arabie saoudite et le Koweït envisagent également de réduire la production du champ Khafji situé dans la zone neutre entre les deux pays. En conséquence, le prix du Brent est remonté à 90,21$ le baril.

Prévisions

Positives

« Les prix du pétrole vont rebondir, comme ils l'ont fait en 2012, et reviendront à une fourchette de 95 à 120 $ le baril », estime M. Baranov de Pallada Asset Management. (En 2012, le cours du pétrole avait chuté de 100-130 $ le baril à 90-100 $, pour revenir par la suite à un prix de 95 à 120 $). Le cours du rouble devrait remonter à un taux de 35-38 pour 1 dollar. D'après M. Khestanov de la société Alor Brokerage, lever les sanctions permettrait de réduire la dette extérieure et d'augmenter le chiffre d'affaires avec les pays ayant suspendu leurs relations avec la Russie. Cela devrait aboutir à une augmentation de la croissance de 2 à 4%.

120 dollars le baril - c'est le scénario optimiste du prix du pétrole.

35 roubles pour 1 dollar : c'est le scénario optimiste pour le taux de changedu rouble.

Négatives

« Les prix du pétrole pourraient encore baisser de 10 $, et passer sous la barre des 75 $ le baril, entraînant une dévaluation du rouble », tempère M. Baranov. Dans un tel cas de figure, les experts envisagent un déficit budgétaire de 700 milliards de roubles. M. Baranov ajoute qu'il faudrait compenser en dévaluant à nouveau le rouble de 8 à 9 %. Selon M. Khestanov, si le cours du pétrole continuait à baisser, il resterait suffisamment de ressources budgétaires pour une année supplémentaire, et le gouvernement serait obligé de réduire les effectifs de ses employés, de baisser les retraites, et de faire tourner la « planche à billets ».

75 dollars le baril - c'est le scénario pessimiste du prix du pétrole.

45 roubles pour 1 dollar : c'est lescénario pessimiste pour le taux de changedu rouble. 

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