Automobile : les Russes préfèrent l’occasion au neuf

D’après l’enquête d'Avtostat, les ventes de véhicules d’occasion ont bondi de 12%, tandis que la demande de voitures neuves se contractait de 9%. Crédit : Alexey Danichev / RIA Novosti

D’après l’enquête d'Avtostat, les ventes de véhicules d’occasion ont bondi de 12%, tandis que la demande de voitures neuves se contractait de 9%. Crédit : Alexey Danichev / RIA Novosti

Les acheteurs russes sont de plus en plus nombreux à se tourner vers le marché des automobiles d’occasion. Au cours du premier semestre, les ventes de véhicules d’occasion ont augmenté de 12%, tandis que la part de ce secteur du marché automobile atteint les 94% dans certaines régions. Les experts russes attribuent cette baisse de la demande de voitures neuves à la détérioration générale de l’économie russe.

Les acheteurs s’intéressent de moins en moins aux véhicules neufs et se tournent vers le marché de l’occasion, selon une étude du cabinet Avtostat.

D’après l’enquête, les ventes de véhicules d’occasion ont bondi de 12%, tandis que la demande de voitures neuves se contractait de 9%. Dans les régions les plus lointaines du pays, par exemple l’Extrême-Orient, la part du marché des véhicules d’occasion atteint 94%.  

Tendance générale

« C’est une tendance négative reflétant dans le même temps plusieurs processus à l’œuvre dans l’économie russe : la stagnation du revenu disponible de la population, la hausse des prix de l’automobile qui dépasse de beaucoup le taux d’inflation officiel, et une augmentation agressive des tarifs des polices d’assurance, facteur déterminant pour certaines personnes », indique l’analyste en chef d’UFS IC, Ilya Balakirev.

Selon ce dernier, le marché des véhicules légers est également affecté par le resserrement des conditions de crédit.

« Parmi d’autres éléments, le simple fait de posséder une voiture devient toujours moins attractif : très peu de gens se réjouissent de l’évolution des prix du carburant, du développement des parkings payants à Moscou, de l’augmentation des amendes, etc. », ajoute M. Balakirev.   

L’état du marché de l’automobile d’un pays est habituellement un excellent indicateur de la situation d’ensemble de l’économie, indique l’expert en chef de la société de gestion Finam Management, Dmitri Baranov.

Selon ce dernier, si les ventes d’automobiles chutent, cela signifie que l’économie est en situation de stagnation ou de crise. Si les ventes augmentent, la conjecture s’améliore, les consommateurs individuels comme les entreprises discernent des perspectives futures, ont confiance en leur avenir et sont prêts à acquérir des biens durables, y compris des automobiles.

« Ce sont les incertitudes entourant leur avenir qui dissuadent les consommateurs d’acheter des automobiles », estime Dmitri Baranov.   

La chute du marché automobile russe a aussi sérieusement dégradé la situation des principaux constructeurs de véhicules commerciaux, comme en témoignent les résultats financiers du premier semestre publiés le 29 août par les plus importants constructeurs automobiles russes : les groupes GAZ, Sollers et KamAZ.

Le groupe GAZ a par exemple dévoilé une perte d’1,3 milliard de roubles (26,44 millions d’euros) contrastant avec le profit de 195,8 millions de roubles (3,98 millions d’euros) sur la même période l’an dernier.

Le groupe KamAZ accuse une perte nette d’1,5 milliard de roubles (30,5 millions d’euros) contre un profit de 2,6 milliards de roubles (52,6 millions d’euros) l’année précédente. A titre d’exemple, les ventes de KamAZ ont chuté de 17,3% au cours du premier semestre.

Dans le même temps, selon Dmitri Baranov, si la crise économique s’aggrave et que les tensions politiques persistent, les ventes sur le marché de l’occasion vont également se contracter.  

Programmes de soutien  

De l’avis des experts, la relance du marché automobile dépend du redémarrage en Russie du programme de recyclage des véhicules d’occasion lancé le 1er septembre par le Ministère de l’industrie.

Dans le cadre de ce programme, l’Etat verse une prime de 40 000 roubles (680€) aux propriétaires de véhicules légers et jusqu’à 350 000 roubles (5930€) pour un camion.

Ce nouveau programme ne se cantonne pas uniquement au versement d’une prime après recyclage d’un véhicule. Si le véhicule a plus de six ans d’âge, son propriétaire a la possibilité d’en acquérir un nouveau en bénéficiant d’une réduction chez son revendeur.

« En son temps, le programme de recyclage a permis de maintenir au même niveau les ventes automobiles du segment bas de gamme et sa réactivation pourrait atténuer les problèmes du marché », indique Ilia Balakirev.

Selon ce dernier, il est toutefois peu probable que cela permette de compenser intégralement la chute de la demande.

« Ce programme a un nombre fixe de bénéficiaires : les propriétaires de vieilles voitures cherchant à en acheter une nouvelle dans le segment à bas prix », ajoute-t-il.

Certaines de ces personnes ont déjà bénéficié du premier programme, et son redémarrage ne sera probablement pas aussi efficace, estime M. Balakirev.

Pour autant, en dépit de la contraction du marché automobile, la Russie continue d’attirer de nouveaux projets de sites d’assemblage automobile.

La zone économique spéciale d’Alabouga au Tatarstan (à 1000 km à l’est de Moscou) a en particulier lancé le 29 août dernier le plus important projet de site de production de pièces embouties pour carrosseries : une coentreprise entre Ford Sollers et la société turque Coskunoz.

Plus tôt au mois d’août, il avait été annoncé qu’une nouvelle zone économique spéciale dédiée à l’assemblage de véhicules sera implantée dans l’Extrême-Orient russe.

Dans le cadre de la première étape de ce projet, des véhicules Mazda y seront assemblés, mais les autorités régionales espèrent plus tard y attirer des investisseurs coréens.

Le projet sera lancé afin de répondre aux besoins de l’industrie automobile dans le cadre de la coentreprise entre le japonais Mazda (groupe Sumitomo) et le groupe russe Sollers.    

 

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