Rosneft a demandé 41,7 milliards de dollars à l’Etat suite à l’impact des sanctions

Crédit photo : Reuters

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Subissant l’effet des sanctions sectorielles américaines, la compagnie pétrolière russe Rosneft n’est plus en mesure de travailler avec les banques étrangères. La compagnie a pour cette raison demandé au gouvernement russe 41,7 milliards de dollars (31,2 milliards d'euros) provenant du principal organisme chargé du stockage des ressources pétrolières et gazières, le Fonds du bien-être national. Cette somme correspond au montant de la dette contractée par la société envers un consortium de banques occidentales.

Premiers refus

Pour la première fois de son histoire, la principale compagnie pétrolière publique russe Rosneft n’a pas été en mesure de réaliser plusieurs transactions et ce en raison des sanctions. Début août, d’importants clients japonais n’ont pas pu participer au processus d’appel d’offres de Rosneft portant sur la fourniture de matières premières.

Effrayées par les sanctions, les banques ont refusé d’assurer le financement des transactions, a indiqué le Financial Times, citant un rapport du cabinet d’études JBC Energy.

Le 19 juillet dernier, le département du Trésor américain a interdit aux sociétés américaines, aux banques et aux particuliers d’octroyer des prêts à Rosneft et ce pour une durée supérieure à 90 jours, ainsi que de financer cette entreprise par le biais d’actions.

Selon l’agence Argus Media, l’une des sociétés japonaises a confirmé qu’elle n’avait pas été en mesure de participer à l’appel d’offres de Rosneft en raison du refus des banques de réaliser le financement de la transaction. Parmi les prêteurs potentiels se trouvaient le Crédit agricole, Sumitomo Banking et Bank of Tokyo-Mitsubishi UFJ.

D’autres acheteurs de pétrole auprès de la compagnie publique russe ont également fait part à l’agence Argus de difficultés à obtenir des garanties financières auprès de la banque française BNP Paribas et de la britannique HSBC pour des achats de pétrole de Rosneft, indique le journal économique russe RBC Daily.

« Les sanctions se font véritablement sentir, et de nombreuses banques européennes et américaines préfèrent jouer la prudence et refusent les opérations de crédit impliquant Rosneft, bien que de tels prêts ne soient pas concernés par les sanctions », explique l’analyste en chef d’UFS IC, Ilia Balakirev.

Selon ce dernier, les récentes amendes record infligées à BNP Paribas ont quelque peu effarouché les banques, lesquelles préfèrent éviter les risques. Début juillet 2014, BNP Paribas, l’une des principales banques françaises, a accepté de verser aux autorités américaines une amende record de 8,97 milliards de dollars (6,7 milliards d'euros).

De 2004 à 2012, la banque avait réalisé des opérations avec des personnes physiques et des sociétés basées au Soudan, en Iran et à Cuba placées sur la liste des sanctions par les autorités américaines. Dans le cadre de l’accord passé avec le régulateur américain, la banque a accepté de licencier 13 hauts responsables, dont le directeur général délégué, Georges Chodron de Courcel.

Les autorités américaines ont par ailleurs ordonné à BNP Paribas de limiter ses opérations non-monétaires en dollars.

Toutefois, selon Ilia Balakirev, la difficulté technique ayant empêché les raffineries japonaises de participer à l’appel d’offres ne signifie en aucune façon une réticence de leur part.

« Ils devront désormais acheter une partie de leur pétrole auprès de producteurs arabes et payer pour cela », explique l’expert. Selon l’enquête conduite par JBC Energy, le Japon devra dans les semaines qui viennent accroître ses achats de brut arabe Murban afin de remplacer le pétrole russe.

Demande d’assistance

C’est dans ce contexte que le président de Rosneft, Igor Setchine, a demandé au gouvernement une aide financière destinée à la société, indique le journal économique russe Vedomosti, citant des sources au sein du gouvernement. La nécessité de porter assistance à la société découle des sanctions américaines imposées contre cette dernière.

Selon le journal, la société a en particulier proposé cinq mesures de soutien. Pour le gouvernement, la décision la plus difficile à prendre concerne le rachat par le Fonds du bien-être national de nouvelles obligations Rosneft pour 1 500 milliards de roubles (30 milliards d'euros).

Le montant de cette aide constitue un record pour l’économie russe. A titre de comparaison, le gouvernement russe a prévu d’allouer une somme comparable au soutien de l’agriculture russe jusqu’en 2020.

Le Fonds pour la sécurité nationale est l’organisme dépositaire des revenus pétroliers et gaziers russes. Le Fonds de stabilisation a été créé en 2004, lequel a été en 2008 scindé en deux parties : le Fonds de réserve et le Fonds du bien-être national.

Ces Fonds sont alimentés par les recettes excédentaires tirées des ventes de pétrole suivant un système complexe : le montant des dotations aux Fonds est lié au niveau du PIB ainsi qu’au prix du pétrole. Début août, le montant total détenu par le Fonds du bien-être national s’élevait à 86,1 milliards de dollars (64,4 milliards d'euros).

Le montant total de la dette de  Rosneft s’élève à 2 200 milliards de roubles (44 milliards d'euros). La majeure partie de cette dette a été contractée par Rosneft suite au rachat en 2013 de la compagnie pétrolière TNK-BP pour 54 milliards de dollars (40,4 milliards d'euros).

Dans le cadre de cette transaction, la société a contracté des prêtes auprès d’un consortium de banques internationales pour un montant global de 31 milliards de dollars. Pour la période 2014-2015, Rosneft doit rembourser près de 30 milliards de dollars de dettes, toutefois, en raison des sanctions américaines la société n’est plus en mesure de refinancer sa dette auprès des banques européennes ou américaines.

Selon Ilia Balakirev, il n’est cependant guère probable de voir se mettre en place une zone d’exclusion totale autour de la compagnie.

« Premièrement, il existe d’autres contractants issus de pays n’ayant pas adhéré aux sanctions qui continuent de collaborer activement avec Rosneft et, deuxièmement, comme le démontre l’expérience d’Exxon Mobil, les accords déjà signés sont toujours en vigueur et personne ne compte y renoncer », indique l’expert.

La compagnie américaine continue en particulier de collaborer avec Rosneft en dépit des sanctions. Dès le mois d’août, les deux sociétés ont conjointement lancé la plateforme pétrolière West Alpha sur le plateau continental arctique en mer de Kara.

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