En Russie, contre-sanctions pourrait rimer avec inflation

Crédit photo : ITAR-TASS

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En Russie sera mis en place un système de surveillance des prix des produits pour lesquels les importations en provenance des pays ayant adopté des sanctions sont désormais interdites. Les autorités fédérales prévoient de la sorte d’enrayer la hausse des prix de l’alimentation. Les experts s’attendent cependant toujours à ce que l’inflation atteigne 7,5% d’ici la fin de l’année.

Nouveau système

Le 12 août, le premier ministre russe Dmitri Medvedev a chargé le gouvernement d’élaborer un système de surveillance de la situation sur le marché des produits alimentaires suite à l’introduction de l’embargo sur les importations de produits agricoles en provenance de l’Union européenne, des États-Unis, de la Norvège et d’autres pays ayant introduit des sanctions contre la Russie.

Outre les agences spécialisées du ministère de l’Agriculture, du ministère de l’Industrie et du Service fédéral des douanes, les associations de producteurs et les chaînes de vente au détail seront également impliquées. Au total, la liste des produits dont les fonctionnaires surveilleront dorénavant les prix de vente au détail comprend 40 catégories.

L’on y trouve notamment la farine, le riz, le sarrasin, les pâtes, l’huile de tournesol, le sucre et le sel, le thé, l’eau, la viande de bœuf et de porc, ainsi que le poisson. Selon le journal économique Kommersant, l’un des principaux détaillant russe : X5 Retail Group, a déjà fait part aux ministères concernés d’une augmentation des prix des fournisseurs de crevettes et de saumon rouge de 20 à 36%. 

Comme l’a annoncé le 12 août le ministre russe de l’Agriculture Nikolaï Fedorov, des poursuites administratives voire pénales pourraient être engagées contre les producteurs augmentant indument les prix des denrées alimentaires, a indiqué l’agence de presse russe ITAR-TASS. Grâce à cette mesure, l’administration espère éviter une hausse des prix basée sur la spéculation.

Conformément à la loi « Sur le commerce », si dans une région donnée, les prix de vente au détail d’une certaine catégorie de produits alimentaires ont augmenté de plus de 30% au cours d’une période de 30 jours, le gouvernement pourra règlementer les prix pour une durée de trois mois.

« Il s’agit d’une décision prise sous la contrainte, elle implique clairement des risques importants mais à court terme, ces restrictions ne devraient probablement pas entraîner de conséquences négatives sérieuses sur le marché russe », indique l’analyste du cabinet juridique Finam Management, Maxime Kliaguine.

Selon ce dernier, la mesure concerne pour  l’essentiel des secteurs pour lesquels le niveau de dépendance envers les importations est déjà relativement bas et où les baisses de volumes peuvent être assez rapidement compensées par un accroissement de la production domestique et les sources d’approvisionnement alternatives.    

Risque inflationniste

Malgré l’adoption de ces mesures par le gouvernement, selon les experts, l’embargo sur les importations de denrées alimentaires en provenance de plusieurs pays pourrait malgré tout se traduire par de l’inflation.

« L’inflation pourrait accélérer d’environ un point de pourcentage et sera de l’ordre de 7% d’ici la fin de l’année 2014. La hausse des prix ne sera pour l’essentiel pas causée par de véritables pénuries de produits mais par les anticipations inflationnistes des ménages », explique l’analyste d’Interkafe, Roman Grintchenko.

Selon Pavel Simonenko, directeur des ventes pour les pays de la CEI de Dukascopy Bank SA, l’effet sur l’inflation pourrait atteindre 0,5% à 0,6% selon le scénario négatif et de 0,1 à 0,2% d’après le scénario optimiste. « Je ne m’attends pas à un pic inflationniste sévère du fait de l’embargo sur les importations de produits alimentaires en provenance des pays occidentaux », affirme l’expert.

En premier lieu, selon ce dernier, bien que les volumes importés soient importants, pour environ 10 milliards de dollars par an, il ne devrait pas être difficile de les remplacer par des produits nationaux ou de les importer d’autres pays.

Par ailleurs, comme le souligne Pavel Simonenko, les fournisseurs disposent de stocks des produits alimentaires désormais interdits à l’importation pour encore au moins un mois, et avec une bonne approche, le gouvernement pourrait mettre à profit ce délai pour rechercher de nouveaux exportateurs, commencer à améliorer les livraisons et organiser la production nationale.

La seule vague de spéculation sur les prix possible pourrait intervenir durant cette période d’un ou deux mois. Toutefois, selon le rapport compilé par Raiffeisen research, l’inflation en Russie pourrait accélérer de trois points de pourcentage, à 7,5% par an.

Selon les estimations des analystes de la société, les importations désormais interdites d’entrée en Russie représentent 25% du volume total des importations alimentaires russes.        

Le ministère russe de l’Economie ne prévoit toutefois pas de modifier sa prévision d’inflation pour l’année en cours, qui s’établit toujours à 6%.

« Les importations désormais interdites peuvent être facilement substituées par des livraisons de produits en provenance d’autres pays. Dans ce cas, les principaux bénéficiaires seront bien sûr nos partenaires commerciaux des pays de l’Union douanière et de la CEI, les pays du Proche-Orient, d’Amérique latine et de la région Asie-Pacifique », explique Maxime Kliaguine.

Selon ce dernier, certains coûts sont tout de même probables : ils ne devraient pas être liés à la réduction de l’offre, mais au surcoût découlant du remplacement et de la modification des circuits logistiques.

« Même selon le scénario le plus pessimiste prévoyant certaines difficultés au niveau de la substitution des importations, la contribution supplémentaire à l’inflation est estimée entre 1 et 1,5 points de pourcentage », indique l’expert.

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