L'épineuse question des nationalisations

Crédit photo : AFP

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Le Parlement de Crimée veut nationaliser les entreprises publiques ukrainiennes. Le défi sera surtout d'investir pour assurer leur bon fonctionnement.

Ces investissements ont été estimés entre 2,8 et 3,6 milliards d'euros par le Ministère du développement économique de la Fédération de Russie.

Début 2014, les registres des avoirs publics et des sociétés faisaient état de près de 300 entreprises ukrainiennes, publiques ou semi-publiques. Or, de nombreuses entreprises de la péninsule connaissent de gros problèmes. C'est le cas des chantiers navals « More », qui sont régulièrement au bord de la faillite à cause de leur niveau de dettes.

La Crimée concentre ses richesses dans un petit nombre d'entreprises dont la valeur globale dépasse à peine les 1,5 milliard d'euros. Selon les estimations du magazine Forbes, la valorisation du groupe Tchernomorneftegaz, qui assure l’approvisionnement en gaz de presque tous les consommateurs criméens, est de 0,72 milliard d'euros.

L'entreprise sera bientôt vendue aux enchères. Son acheteur le plus probable est Gazprom.

La situation concernant le réseau énergétique n'est pas claire. En 2013, les autorités ukrainiennes avaient annoncé leur volonté de privatiser les réseaux de chaleur de la ville de Saki, ainsi que les centrales thermiques de Simferopol et d'Archintsevo. L’État ukrainien prévoyait de vendre sa part dans ces entreprises (37%) via la mise aux enchères d'un lot d'actions d'une valeur de 18,8 millions d'euros.

Les vignobles représentent également des actifs assez conséquents dans la région que le Parlement prévoit de nationaliser. « En soi, les installations et les locaux des usines valent peu. C'est plutôt le stock de ces entreprises qui peut se révéler précieux, leurs produits finis, mais aussi les vignes appartenant à ces entreprises », affirme le président du Syndicat des vignerons de Russie, Leonid Popovitch, dans un interview à RBK.

D'après M. Popovitch, la valeur cumulée des vignobles peut dépasser les 180 millions d'euros. Le principal actif dans ce secteur est le groupe Massandra. Selon les chiffres de l'entreprise ILS, l'un des plus importants importateurs d'alcool en Russie, la production du groupe Massandra représente près de 18% des vins doux et mousseux importés en Russie depuis l'Ukraine.

Avant même le référendum du 16 mars, la Russie avait promis d'investir 3,6 milliards d'euros dans les infrastructures de la région à travers des financements publics et privés. Parmi les principaux objectifs de ces investissements, on compte la reconstruction de la route reliant Kherson et Kertch, dont la facture est estimée à 1 milliard d'euros ; la construction d'un pont à travers le détroit de Kertch qui, au minimum, réclamera 1,1 milliard d'euros ; la reconstruction des ports de pêche et des aéroports, ainsi que la modernisation du réseau de chemin de fer.

L’un des principaux problèmes est l’approvisionnement en eau. Une solution serait de construire une canalisation au fond du détroit de Kertch. La construction pourrait prendre de 2 à 6 mois et coûter 60 millions d'euros.

Plusieurs entreprises publiques devraient être nationalisées. Comme l'affirme Vladimir Omeltchenko, responsable des questions sur l'énergie du Centre Razoumkov, « l'indépendance énergétique de la Crimée nécessiterait l'investissement à long terme de 5 milliards de dollars ».

Ces sommes d'argent sont indispensables pour augmenter la production de gaz, la rénovation des anciennes centrales thermiques et leur raccord à des sources d'énergie alternatives, ainsi que l'augmentation de leur puissance.

Une autre menace sérieuse qui risquerait d’affecter la Crimée serait une coupure de l’alimentation en électricité. La Crimée ne fournit aujourd’hui qu’environ 20% de ses besoins en électricité, le reste provient de l’Ukraine. Le 23 mars dernier, lors de la suspension temporaire de deux lignes à haute tension ukrainiennes en Crimée, sans lumière il ne restait plus que seulement 30% de la péninsule.

Prochainement, la Russie devrait fournir à la péninsule une station de turbines à gaz mobiles ayant servie aux Jeux Olympiques de Sotchi, et qui possède une capacité de plus de 200 MW. À l’avenir, afin de pouvoir fournir de l’électricité par la Russie à la péninsule, il est nécessaire de construire un câble au fond du détroit de Kertch.

Dans le cas d’une construction accélérée l’hiver, il sera possible d’assurer un approvisionnement plus ou moins stable en énergie électrique sur la péninsule. Il est également envisagé la variante de la construction d’une centrale électrothermique, alimentée par le gaz, qui cependant pourrait prendre encore plus de temps. Les autorités de Crimée envisagent déjà cette option.

D'ailleurs, plusieurs industries pourront se révéler de précieuses acquisitions pour la Russie. L'usine Fiolent, qui produit des équipements radioélectroniques dont a besoin l'industrie russe. Les hydroglisseurs des chantiers navals « More »devraient aussi décrocher des commandes en Russie.

Les experts estiment que l’industrie viticole de Crimée a besoin d'investissements. Selon Arthur Sarkisian, du syndicat des sommeliers de Russie, le droit russe, sous lequel se trouvera bientôt la Crimée, est loin d'être adapté au dévoloppement et à la promotion du secteur viticole. L'expert estime toutefois que la viticulture en Crimée possède un bon potentiel, grâce au climat et à la qualité de ses sols.

Le sort des zones de villégiature laisse beaucoup à désirer. On estime à 290 millions d'euros les investissements nécessaires pour porter par exemple les sanatoriums au standard européen. En 2014, la Crimée a l’intention d’accueillir près de 6 millions de touristes, ce qui correspond aux chiffres de l’année 2013. C’est ce qu’a déclaré la ministre du tourisme et de villégiature de Crimée, Elena Iourtchenko.

De plus, à cause de la crise, cette saison les prix seront en baisse. Les prix des circuits touristiques, en Crimée, des agences de voyage seront en baisse de 25%. Les hôtels sont également prêts à offrir des réductions de l’ordre de 10 à 15%.

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