Une renaissance qui passe par un alambic français

Christophe Gauville, maître de chais de la distillerie, devant l’alambic spécialement réalisé pour la marque Viche Pitia. Crédit : Emmanuel Grynszpan

Christophe Gauville, maître de chais de la distillerie, devant l’alambic spécialement réalisé pour la marque Viche Pitia. Crédit : Emmanuel Grynszpan

Deux Russes et un Français ont eu l’idée de mettre sur le marché d’anciennes recettes d’alcools russes totalement oubliés depuis la révolution bolchevique.

La vodka est à la mode partout dans le monde. On en produit partout, même en France (songez à Grey Goose, la plus onéreuse au monde). Mais derrière cette forêt de vodkas aux arômes somme toute limités, se cache une riche tradition gustative en train d’être redécouverte. Pour ceux qui ont le sentiment que la vodka est un alcool brut auquel on a « oublié » d’ajouter une fragrance, Viche Pitia pourrait être une révélation. La marque, dont le nom veut dire en russe « boisson supérieure » ou « boisson haut de gamme », offre une ligne de spiritueux franco-russe qui a l’ambition de recréer le riche paysage gustatif pré-révolutionnaire.

En chiffres

20 marchés d’exportations pour la marque Viche Pitia en deux années de démarches. La Russie devrait rester le marché principal.
1765 Catherine II signe un décret réglementant sévèrement la distillation. Seuls les aristocrates avaient désormais le privilège de pouvoir produire leur propre alcool.

Deux « parfums » sont déjà dans les rayons des épiceries de luxe (et à la carte de quelques grands restaurants) : le n°30 « lait et citron » (43%) et le n°7 « cumin » (58%). Attention ! Il ne s’agit pas d’une de ces innombrables vodkas parfumées où l’on a glissé dans la bouteille une herbe à bison, une queue de lézard ou une larme de tsarine… La production de Viche Pitia possède un caractère artisanal : l’alcool résulte d’une macération, puis d’une distillation dans un alambic dédié. Rien à voir avec les productions industrielles sur les étagères des supérettes.

Viche Pitia se veut une boisson gastronomique dont l’origine remonte au XVIIIème siècle. Retour sur la petite histoire des spiritueux en Russie s’impose.

En 1765, la tsarine Catherine II promulgue un décret définissant les conditions idoines pour la distillation de la vodka, stipulant entre autres que seuls les nobles avaient le droit de posséder des alambics. À cette époque, chaque famille aristocratique se targuait de produire son propre alcool, tandis que le peuple buvait (et boit encore) un tord-boyaux appelé « Samogon ». Naturellement, chaque famille rivalisait pour distiller la boisson la plus originale et la plus savoureuse. Des alambics à repasse en cuivre étaient alors employés, et non des alambics à colonne, comme ceux utilisés aujourd’hui pour les vodkas. Cette manière de procéder a complètement disparu en Russie alors qu’elle est toujours en usage en France. Cette grande diversité subit une première tentative de standardisation de la vodka par l’État russe en 1863, avant d’être éradiquée par les Bolcheviques en 1917, alors que le pouvoir s’arroge un monopole sur la distillation. La plupart des recettes sont perdues. Mais voilà qu’un groupe de trois amis passionnés décide de ressusciter cette tradition en fouillant dans les archives, pour en faire un projet commercialement viable.

« Maison de la Vodka », la société qui produit Viche Pitia, est fondée en 2010 par trois personnes aux profils complémentaires : Igor Shein, ancien académicien et expert en alcools, Konstantin Lapitsky, propriétaire d’une chaîne de boutiques de vin à Krasnoïarsk et Pierre Solignac, un homme d’affaires français travaillant dans la distribution de vins et d’alcool (spiritueux). Ce dernier confie à La Russie d’Aujourd’hui pourquoi Viche Pitia est distillé en France. « Nous voulions au départ distiller en Russie, mais la législation russe ne permet pas d’utiliser les alambics dont nous avons besoin. Nous avons rapidement compris que le seul endroit possible était la région de Cognac. Comme la loi française interdit de distiller dans le même alambic de l’alcool de seigle (Viche Pitia) et de l’alcool de raisin (Cognac) – les mélanges d’alcools –, nous avons dû acquérir notre propre alambic sur mesure de 2000 litres ».

Les bouteilles de Viche Pitia sont déjà commercialisées depuis plusieurs mois en Russie à un prix approchant les 100 euros pour la bouteille de 70cl et autour de 45 euros en France pour la bouteille de 50cl. « Nous nous positionnons comme une boisson gastronomique, qui se situe au niveau des whiskies haut de gamme ». Un produit de niche pour lequel les entrepreneurs voient une demande mondiale. « Notre marché principal reste la Russie, mais nous comptons aussi entrer sur le marché nord-américain », explique Pierre Solignac en dégustant une n°7 (cumin) au Café Pouchkine de Moscou. « Pour l’instant, nous avons démarré ce projet en autofinancement, mais le ticket d’entrée aux États-Unis requiert des investissements très importants », souligne-t-il en ajoutant chercher éventuellement un quatrième partenaire pour la Maison de la Vodka. Confronté à un spiritueux aussi accrocheur, pas facile de trouver un investisseur 
sobre !

 

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