Que se passe-t-il avec le e-commerce en Russie ?

Crédit : Getty Images / Fotobank

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Les autorités russes essayent de mettre de l’ordre sur le marché grandissant du commerce sur Internet. La première mesure adoptée a toutefois déjà failli poser des problèmes aux livraisons d’achats en ligne. Les experts préviennent : il faudra encore un an pour mettre le système en place.

Petit historique

Le marché russe du commerce en ligne connaît de grands changements depuis le début de l’année 2014, c’est-à-dire depuis que le Service fédéral des douanes du pays a introduit de nouvelles règles pour déclarer les colis sur Internet. Il impose notamment d’envoyer les commandes directement au domicile de l’acheteur, et oblige le client à payer par carte bancaire. Désormais, il faudra également fournir une copie du compte bancaire afin de prouver que le versement a bien été effectué auprès d’un magasin déclaré, une photo de l’article, l’original du contrat pour les services de déclarations douanières et une copie de la carte bancaire. Toutes les incohérences devront être expliquées par écrit.

En chiffres

Selon les chiffres de l’agence de statistiques Data Insight, le marché russe du e-commerce est en constante augmentation. Il a ainsi connu une hausse de 25% en 2013. Les ventes des magasins en ligne russes s’élevaient à 10,6 milliards d’euros (en comptant les billets d’avion et de train), tandis que les achats sur les sites étrangers représentaient de 1,84 à 2,20 milliards d’euros. « Le principal moteur de cette croissance est l’augmentation des acheteurs ».

En réponse aux nouvelles exigences, les plus gros services de livraisons rapides sur le marché russe, à savoir les étrangers DHL, DPN, UPS et TNT, ainsi que les russes Pony Express et SPSR, ont déclaré qu’ils arrêteraient de fournir les commandes en ligne aux particuliers résidant dans le pays. Le Service fédéral des douanes a directement convoqué ces entreprises pour une réunion. Les différentes parties se sont mises d’accord pour rassembler les formalités en un seul registre. Les transporteurs ont promis en échange de reprendre les livraisons le plus vite possible.

Un autre point encore en discussion concerne directement les consommateurs, et en particulier ceux qui achètent un grand nombre d’articles ou des technologies chères sur le Net. Le ministère des Finances a proposé de baisser le seuil d’exonération pour les colis. Aujourd’hui, la limite est de 1 000 euros par mois (pour un poids allant jusqu’à 31 kg) et si on la dépasse, il faut payer. La nouvelle proposition vise à restreindre les achats à 150-200 euros par colis (pour un poids de moins de 10 kg), sous peine de payer 30% de taxe.

La parole au consommateur :

« J’achète surtout des vêtements et des accessoires pour une somme moyenne de 215 euros, principalement sur des sites britanniques garantissant des livraisons rapides. Je continuerai à effectuer ces achats, mais pour des sommes plus petites afin d’éviter les taxes ». (Daria, 22 ans, directrice en communication)

« On a le sentiment qu’on trouvera vite des moyens de contourner ces lois. Les commandes se feront en plusieurs parties ou formulées différemment, d’une façon ou d’une autre ». (Kirill, 25 ans, journaliste)

« Je ne compte pas commander moins, mais je chercherai des moyens de contourner cette loi barbare. On peut, par exemple, commander en Europe et récupérer les marchandises soi-même. Il existe des services de livraison connus pouvant envoyer des colis privés ». (Maxime, 27 ans, spécialiste en médias sur Internet)

Les acteurs du marché du commerce en ligne en sont persuadés : la situation changera au cours de l’année.  

Quelques explications

Selon les informations de La Russie d’Aujourd’hui, le ministère russe du Développement économique espère tirer une somme importante de ces taxes, de 635 à 850 millions euros environ. « La baisse de la base d’imposition à l’entrée des marchandises se reflètera positivement sur l’économie », explique Ilia Kirik, directeur général du magasin en ligne Shopping Live. D’après ses statistiques, les Russes ont commandé en 2013 pour environ trois milliards d’euros sur des sites étrangers. « C’est de l’argent qui pourrait rester sur le marché intérieur : le budget russe n’a pas bénéficié des impôts sur cet argent, alors que les vendeurs du pays ont perdu leur pourcentage sur les commandes », affirme Kirik, pour qui la diminution de la limitation aidera au développement d’une concurrence transparente sur le marché.

Alexandre Ivanov estime que les sociétés en ligne étrangères ne s’inquiètent pas vraiment de la perte de clients russes. « Nous ne sommes pas dans le top-10 des pays consommateurs », souligne-t-il.

Quant aux vendeurs, les analystes du secteur précisent qu’il s’agit de la partie la plus touchée par la baisse des échanges en ligne. « Nous ne possédons pas de producteurs propres, mais beaucoup de vendeurs intermédiaires », indique Alexandre Ivanov. « Les détaillants se développent activement et s’étendent aux régions, c’est pourquoi la perte de clients dans le domaine du shopping en ligne ne les arrange pas ».

La parole au consommateur :

« Je commande des vêtements pour enfants, des T-shirts, des jouets et des livres, mais je m’arrêterai probablement : je boycotterai volontairement tous les magasins en ligne russes proposant les articles que je commandais avant à l’étranger. Je les achèterai sur place. Heureusement, j’ai la chance de voyager souvent ». (Ivan, 31 ans, producteur de cinéma)

Frein au marché

Pour Boris Ovtchinnikov, le principal danger pour le marché diversifié des échanges en ligne (achats des Russes à l’étranger) n’est pas l’introduction de droits d’entrée, ni même l’interdiction des services de livraisons rapides (seul 1% des envois de colis en Russie est effectué par les transporteurs internationaux , contre 95% pour la Poste russe et 4% pour les services russes de livraisons rapides, chiffres de l’Association russe du commerce à distance), mais l’imprévisibilité des règles d’établissement des achats privés. « Trop de documents sont nécessaires, sans compter les files aux douanes. Ces aspects pourraient freiner le marché des commandes en ligne à l’étranger », met en garde l’analyste. Or, dans les autres pays, le système de contrôle des colis n’est pas individuel mais fonctionne selon un registre général.

 

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