Il est demandé aux fortunes russes de partager

Crédit : Getty Images / Fotobank

Crédit : Getty Images / Fotobank

En Russie depuis l'année 2014 une taxe sur les voitures chères a commencé à être appliquée. C'est pour l'instant le premier impôt sur les objets de luxe, mais vraisemblablement pas le dernier. Toute la question est de savoir dans quel but.

Crédit : Getty Images / Fotobank

La hausse de la taxe sur les automobiles concerne les modèles qui coûtent plus de 90 000 dollars (3 millions de roubles). Le montant dépendra de la valeur et de l'âge de la voiture. Mais il faudra payer en moyenne environ 2-3 000 euros (130 000 roubles) par an de taxes pour le propriétaire d'une voiture de luxe étrangère.

Cependant, les voitures qui rentreraient dans la définition de voitures de luxe ne sont pas si nombreuses en Russie. D'après Sergueï Oudalov, directeur exécutif de l'agence d'analyse Avtostat, on ne vend pas plus de mille de ces voitures par an.

Selon Alexandre Galouchka, président de Delovaya Rossiya, les rentrées dans le budget après l'introduction de cette taxe supplémentaire sur les voitures chères ne dépasseront pas plus de 89 millions d'euros (3,5-4 milliards de roubles). Pour la comparaison, par exemple en France, l'impôt sur la fortune rapporte au fisc plus de 1,9 milliards d'euros par an, a calculé l'économiste français Eric Pichet.

En introduisant un impôt sur la richesse, les objectifs ne doivent pas être de renflouer les caisses, puisque les versements seront insignifiants, font remarquer les fonctionnaires, en particulier en comparant avec l'exemple des pays occidentaux. Selon le ministre adjoint des finances Sergueï Chatalov, c'est surtout une mesure de « justice sociale ».

La lutte contre les hauts revenus

Dans l'année 2013 le président Vladimir Poutine faisait remarquer que la question du fossé entre les revenus de la population était extrêmement sensible et extrêmement importante pour la Russie. Il a alors confié au gouvernement l'élaboration d'une série de lois qui permettent de percevoir le dénommé « impôt sur la richesse ».

Vox Populi

D'après les données des experts de la banque suisse « Crédit Suisse » les 110 milliardaires russes contrôlent 35% de toutes les richesses russes, tandis que dans le Monde les milliardaires contrôlent 1-2%. 

Mais cela fait déjà longtemps que cette idée est débattue. Déjà en 2007, le parti « Russie juste » a proposé d'intégrer dans les biens de luxe les automobiles, les avions, les hélicoptères, les yachts et les bateaux d'une valeur de deux millions de roubles et plus ; des produits faits de métaux et pierres précieuses, les œuvres d'art à partir d'une valeur de 300 000 roubles (9000 dollars), mais aussi les appartements, les datchas, les terrains à partir d'une valeur de 237 000 euros (15 millions de roubles).

La majorité des Russes soutient l'idée de mettre en place « un impôt sur les riches ». Selon l'étude de VtsIOM (Centre Panrusse d'étude de l'opinion publique), il y a deux ans 70% des Russes se déclaraient en faveur d'un impôt sur la richesse. D'ailleurs, parmi ceux qui se considéraient comme aisés seulement près de la moitié des sondés soutenait l'initiative.

Maintenant, l'impôt sur l'immobilier est à venir. Le ministère des finances l'a élaboré en 2013. Il sera progressivement mis en place sur quelques années. L'importance de l'impôt dépend de la valeur cadastrale du logement. D'autant plus qu'il sera payé par les propriétaires d'appartements et de maisons d'au moins une valeur de 6,6 millions d'euros (300 millions de roubles).

Cependant une série d'experts considère que le seuil de 6,6 millions d'euros est trop élevé, et si on regarde les valeurs cadastrales on trouve alors quelques centaines de tels biens dans tout le pays.

Avec l'introduction de l'impôt sur le logement d'après les valeurs cadastrales, la difficulté fondamentale est que les cadastres eux-mêmes ne sont pas complètement établis dans toutes les régions. « Et si les données n'existent pas pour tous les biens, alors les impôts ne seront pas appliqués à tous », précisait Anton Sonitchev avocat de la compagnie Nalogovik.

L'exemple de l'Occident.

En Occident, un régime spécifique pour les citoyens aisés n'est pas une nouveauté. L'initiative pour payer davantage provient parfois des citoyens eux-mêmes. Par exemple, il y a quelques années, à l'apogée de la crise financière dans la zone euro, en Allemagne une cinquantaine de millionnaires avait proposé de mettre en place une cotisation de 5% pour ceux dont la fortune était supérieure à 500 000 euros. L'initiateur de l'idée était Dieter Lehmkuhl.  

Il est le fondateur du mouvement « Les riches pour la hausse des impôts». « Pendant une crise financière, il est nécessaire de prendre des impôts et de les augmenter là où c'est possible, chez les personnes riches. Un impôt sur la fortune est dans l'intérêt des millionnaires eux-mêmes, puisqu'il favorise la prospérité du pays, de toute la société, c'est aussi un système médical, un système éducatif et de la justice, tout cela mène à une stabilisation de la société », est convaincu le fondateur du mouvement « Les riches pour la hausse des impôts », Dieter Lehmkuhl. 

 

Réagissez à cet article en soumettant votre commentaire ci-dessous ou sur notre page Facebook


Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.