En Russie, le marché des produits laitiers attend sa révolution

Crédit : Alexeï Koudenko/RIA Novosti

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Le français Danone et le russe Damate ont annoncé la création d’une coentreprise. De l’avis des experts, ce nouveau projet pourrait marquer le début de grands changements dans l’industrie laitière en Russie.

Les parties ont déjà ratifié l’accord. Selon les prévisions, la construction des fermes laitières devrait débuter dès le printemps et s’étendre sur un an et demi. L’une d’elles est située dans la région de Tioumen et disposera d’un cheptel de 10 000 têtes, une seconde, implantée dans la république du Bachkortostan, disposera de 12 000 têtes de bétail. Après avoir atteint leurs capacités maximales, les fermes seront en mesure de produire 200 000 tonnes de lait par an. Danone en assura seul l’exploitation. Le montant de cet investissement est impressionnant : les fermes pourraient coûter jusqu’à 400 millions d’euros.

Les exploitations agricoles à grande échelle incluant le cycle complet, de la production des matières premières à la transformation et la vente des produits finis sous leurs propres marques et bien souvent dans leurs propres magasins, ne sont pas une nouveauté pour la Russie. Sur le marché des produits laitiers toutefois, les producteurs et les industries de transformation ont toujours opéré sur la base d’une spécialisation en parallèle, bien qu’ils aient au fil de temps tenté de mettre en place un cycle complet de production. Cette nouvelle coentreprise démontre pour la première fois sur le marché russe que des acteurs parmi les plus importants ont pris la décision de ne pas s’immiscer dans le domaine d’activité d’acteurs tiers, tout en instaurant entre eux un mode de coopération optimal.

Sur le marché russe des produits laitiers, on constate une tendance évidente à la baisse des approvisionnements en produits laitiers de la part des industries de transformation, indique  le directeur de la communication externe de l’Union des agriculteurs biologiques, Anna Lioubovedskaya. « Mais cela ne signifie pas qu’il y a moins de lait en termes réels. Les exploitations laitières de petite et moyenne taille améliorent leur profitabilité en transformant et emballant les produits, c’est pourquoi nous constatons une croissance  du nombre de marques privées », explique cet expert du marché. La pénurie de lait cru est devenue un problème pour les laiteries. C’est pourquoi, afin de leur garantir l’accès à des sources de matières premières relativement stables, ils doivent rechercher de nouveaux modes d’interaction avec les producteurs de matière première, affirme le président de l’Union nationale des producteurs de lait Soyouzmoloko, Andreï Danilenko. Selon lui, cette coentreprise  est le premier signe que l’industrie laitière entend s’éloigner du modèle des industries agroalimentaires dans lequel il est nécessaire de tout prendre en charge, « du champ jusqu’à l’étalage ».      

On a toujours considéré qu’en cas de fragmentation de l’industrie laitière, il n’existait aucune confiance en termes de stabilité, à la fois pour le producteur spécialisé individuel et pour les industries de transformation indépendantes. Lorsqu’une telle coentreprise se met en place, chaque acteur conserve sa propre spécialisation et se concentre sur son cœur de métier tout en partageant des intérêts communs. « Ce n’est pas un hasard si au niveau mondial, la moitié de la production de lait est assurée par des coopératives dans lesquelles les agriculteurs sont liés à des centres de transformation du lait. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que d’autres acteurs en Russie cherchent à créer une coentreprise de ce genre », explique Andreï Danilenko.

Selon le dirigeant de l’Union des producteurs de lait, l’émergence d’une telle forme de coopération est la conséquence de plusieurs facteurs. En premier lieu, l’instabilité des prix. Ils se situaient l’an dernier en dessous des coûts de production du lait. Cette année, le prix du lait cru a connu une augmentation de près d’un tiers, à 16 roubles par litre (0,36 €). Mais cela n’est pas encore suffisant pour investir dans leur propre production laitière. Deuxièmement, la pénurie de matière première pour les laiteries précédemment évoquée a entraîné l’an dernier une chute des prix ayant débouché sur une réduction du nombre de vaches laitières. Dans un tel contexte, cette coentreprise constitue une incitation supplémentaire à accroître les volumes de production des laiteries et des producteurs de lait, car cela fournit aux deux parties une assurance contre les risques de pénurie et de fluctuation des prix.

Il n’est pas étonnant que des rapprochements entre producteurs et vendeurs aient commencé à apparaître dès avant l’initiative prise par Danone et Damate. « Par exemple, les fermiers de la région de Kalouga et le réseau de supermarchés haut de gamme Azbouka Vkousa ont établi un partenariat portant sur la production de produits laitiers caractérisés par des exigences plus strictes en matière de qualité. Un agriculteur dans cette situation bénéficie non seulement de garanties d’achat de sa production mais reçoit également une grande partie des profits, qu’il peut ensuite réinvestir pour assurer son développement », cite en exemple Anna Lioubovedskaya.

Selon les données de l’Union, on constate déjà en Russie une tendance constante à l’intégration des petites et moyennes exploitations agricoles sous la forme de partenariats et de la mise en place de coopératives avec les distributeurs de leurs produits.

En Europe, on trouve de nombreux exemples de réussites d’entreprises dans le secteur agroalimentaire reposant sur un tel mode de coopération, comme en témoigne le finlandais Valio ou le groupe allemand Bioland. Les coentreprises sont la solution du futur, sous la forme de holdings agricoles géantes propres au secteur agroalimentaire russe, et il est très probable  que la coentreprise devienne à l’avenir le principal mode de production de produits laitiers en Russie.

 

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