La tolérance est loin d’être acquise

Le publiciste Alexandre Prokhanov (à g.) et la rabbin Aaron Gourevitch. Crédit : Anton Denissov/RIA Novosti

Le publiciste Alexandre Prokhanov (à g.) et la rabbin Aaron Gourevitch. Crédit : Anton Denissov/RIA Novosti

Pour sa seconde journée, les 200 intellectuels et experts du club de Valdaï ont confrontés orthodoxes, musulmans et laïcs afin de réfléchir à des modalités permettant à tous de mieux vivre ensemble.

Il fallait un lieu saint pour parler des questions religieuses. Le club s’est donc déplacé pour une journée au monastère Iversky afin d’explorer les relations inter religieuses. Les discussions matinales ont démarré sous une icône du Christ et un plafond voûté. Deux orateurs appartenant aux deux principales églises russes (orthodoxie et islam) ont engagé l’audience sur le thème du « dialogue interreligieux et interethnique comme reflet de la situation spirituelle de la société ». Le métropolite (également connu comme compositeur) Hilarion a choisit une perspective historique pour rappeler que l’empire de la dynastie a fait preuve de tolérance envers les peuples musulmans. L’orthodoxie n’a pas été imposée, mais la tolérance était basée sur la loyauté des élites locales envers le Tsar. Les questions polonaises et juives n’ont pas été résolue, a noté le métropolite, sans toutefois apporter d’explication. Interrogé sur l’influence grandissante du patriarcat sur le gouvernement, le Métropolite a répondu en toute franchise qu’il désirait voir cette influence s’étendre encore davantage. En écho, le porte-parole informel du clergé orthodoxe Vsevolod Tchapline a expliqué de sa voix de basse que l’église s’arrogeait le droit d’interroger globalement les valeurs actuelles jusqu’à la manière de mener des affaires ou de former les fonctionnaires. Les deux hommes d’église ont enjoint les Occidentaux à accepter l’altérité de la Russie et de l’écouter plus attentivement.

Le représentant musulman, le mufti Damir-Hazrat Mukhetdinov, a déploré la montée de l’islamophobie. « Un voisin musulman est considéré comme un étranger et non comme un compatriote », souligne-t-il en rappelant la présence millénaire de l’islam en Russie.

« Pourquoi est-ce que la lezguinka [danse populaire caucasienne] dans les rues de Moscou provoque des réactions de rejet, alors que la lezguinka dans les rues de Berlin en 1945 inspirait la fierté ? » interroge le mufti. Il a cité le chiffre de 27 à 28 millions de musulmans vivant aujourd’hui sur le territoire russe (chiffre qui comprend les immigrés) pour démontrer qu’il est impossible d’ignorer une minorité aussi significative. M. Mukhetdinov est resté très politiquement correct, évitant de critiquer les autorités ou le clergé orthodoxe, mais a laissé entendre que le travail d’éducation et de tolérance n’était pas suffisant.

Parmi l’audience, plusieurs voix se sont élevées pour faire sortir le débat du cadre trop « correct ». Le publiciste Alexandre Prokhanov a reproché à l’église orthodoxe de diviser les Russes entre « rouges » et « blancs ». A quoi Hilarion a répondu qu’il n’était pas question d’oublier les crimes historiques commis par le pouvoir soviétique, mais qu’il fallait réparer par un pardon chrétien.

Interpellé par l’opposant Guennadi Goudkov sur l’islam radical et la manière dont l’Umma musulmane entendait lutter contre ce danger, M. Mukhetdinov a répondu qu’un travail d’éducation était indispensable auprès des jeunes musulmans, pour que ceux-ci ne tombent pas sous l’influence de tendances « étrangères et non traditionnelles » sur le territoire russe. A la question de savoir s’il est possible de négocier ou de s’entendre avec les mouvements salafiste et wahhabites, il a répondu que non. « Si vous n’êtes pas d’accord avec eux, ils ont deux options : soit vous anéantir, soit vous convertir. Et tous les moyens sont bons ». Personne n’a voulu contester cette observation. Il faut juste noter que le club Valdaï ne compte pas de représentants salafistes dans ses rangs !

 

 

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