Un champion international de l’industrie russe

Des hélicoptères appréciés pour leur robustesse et leur résistance aux climats extrêmes. Ici, un Mi-38. Crédit : RIA Novosti

Des hélicoptères appréciés pour leur robustesse et leur résistance aux climats extrêmes. Ici, un Mi-38. Crédit : RIA Novosti

« Hélicoptères Russes » capte de nouveaux marchés, dégage des bénéfices et rejoint les trois plus grands constructeurs mondiaux. Un succès quasi unique parmi les industriels russes.

Du matin au soir, les hélicoptères vrombissent au-dessus des faubourgs de Rostov-sur-le-Don. Des appareils militaires ou civils, conçus, assemblés et testés par Rostvertol, l’un des quatre grands sites industriels de « OAO Vertoleti Rossii » (« Hélicoptères Russes », en français). Ravie d’ouvrir ses usines aux journalistes et visiteurs étrangers – attitude exceptionnelle pour une entreprise militaire russe – Rosvertol révèle les dernières technologies de fabrication lui permettant de conserver et même de gagner des points sur le marché global très concurrentiel des hélicoptères.

« Les pales de nos hélicoptères sont désormais entièrement en matériaux composites », se félicite Andreï Varfolomeïev, ingénieur principal de l’usine, devant un robot enrobant rapidement une pale d’un fin ruban composite. Débordant de commandes étrangères (Brésil surtout) et domestiques (pour l’armée russe), Rosvertol produit à la chaîne trois types d’appareils.

Le plus célèbre est le Mi-26, le plus gros hélicoptère du monde, capable de soulever 20 tonnes de charge utile. Il existe en quatre versions (lutte anti-incendie, secourisme, transport de troupe, ravitailleur), plus une version modernisée avec seulement deux pilotes. L’appareil suscite l’intérêt des Chinois mais aussi du ministère de la Défense français. Rosvertol produit également le Mi-28N « Night Hunter », un tout nouvel appareil de combat encore en phase de test et qui a été dévoilé pour la première fois au grand public au salon aéronautique MAKS de Moscou à la fin août.

 Mi-28

Mi-28N Vitesse ascentionnelle 816 m/min Vitesse maximale 320 km/h Rayon d'action 435 km

Enfin, l’usine produit le Mi-35M, version modernisée du Mi-24, l’un des hélicoptères militaires les plus connus au monde, dont la silhouette bulbeuse hante les esprits depuis la guerre d’Afghanistan. Appareil d’attaque et de transport de troupes, le Mi-35M vient de recevoir un gros contrat venant de l’armée de l’air brésilienne, qui s’en servira pour patrouiller sur ses zones frontières en Amazonie. « Nos hélicoptères sont appréciés pour leur robustesse et leur résistance aux climats extrêmes. Ils sont tous opérationnels entre -50° et +40° », se vente Dmitri Petrov, PDG d’« Hélicoptères Russes ».

 Mi-26T

Mi-26T Vitesse maximale 295 km/h  Charge utile maximale 20 tonnes  Rayon d'action 800 km

La société fait figure de champion national dans une économie russe dominée par les matières premières et où l’industrie manufacturières reste très peu compétitive à l’échelle mondiale. Dans l’aéronautique, les exportations se limitent à des avions de chasse conçus à l’époque soviétique. La production russe d’avions civils reste faible et ne dégage pas de bénéfices, tandis qu’« Hélicoptères Russes » a réalisé un bénéfice net de 212 millions d’euros l’année dernière.

Rattrapée par son succès, l’usine de Rostov-sur-le-Don doit maintenant voler vers de nouveaux horizons. À mesure que les commandes augmentent, les nuisances sonores croissent pour les riverains. « Mais pas proportionnellement », remarque Varfolomeïev. « Nous veillons à réduire le bruit de nos hélicoptères, conformément aux normes de certification internationales ».

Rosvertol a aussi été rattrapé par le développement urbain de Rostov-sur-le-Don. Construit aux confins de la ville dans les années 30, le site industriel est désormais encerclé par les habitations. Le directeur de Rosvertol Boris Slioussar indique que le déménagement partiel des activités va commencer l’année prochaine et va concerner tout ce qui provoque des nuisances sonores, c’est-à-dire les essais statiques et les essais en vol. « Nous nous efforçons de construire des hélicoptères silencieux, mais pour l’instant nous n’y sommes pas parvenus », plaisante-t-il.

Selon lui, l’hélicoptère d’attaque Mi-28, dernier-né de l’usine « est un appareil très complexe nécessitant beaucoup d’heures de vol. L’entraînement sur des simulateurs n’est pas suffisant ». Le déménagement vers une zone non habitée au Sud de Rostov va prendre « environ dix ans », explique Slioussar. « Le plus important est de ne pas perturber le rythme de production ». « Le carnet de commande est plein jusqu’à 2025 », révèle-t-il, tout fier d’être l’un des rares patrons soviétiques à avoir parfaitement su négocier le virage du capitalisme.

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