La Russie sortira vainqueur d’une guerre commerciale inexistante

Fin juillet, le Service Fédéral de supervision de la protection des droits des consommateurs et de la santé humaine a interdit l’importation en Russie des produits Roshen, l’un des principaux fabricants ukrainiens de confiserie. Crédit : Itar-Tass

Fin juillet, le Service Fédéral de supervision de la protection des droits des consommateurs et de la santé humaine a interdit l’importation en Russie des produits Roshen, l’un des principaux fabricants ukrainiens de confiserie. Crédit : Itar-Tass

Les restrictions à l’exportation de marchandises en provenance d’Ukraine et à destination de la Russie sont perçues par les hommes politiques ukrainiens comme une guerre commerciale. Les économistes russes estiment toutefois que Kiev dramatise fortement l’ampleur du problème.

D’après la Fédération des Employeurs Ukrainiens (FEU), dès le 14 aout prochain, tous les exportateurs ukrainiens ont été placés par le Bureau Fédéral des Douanes de Russie (BFD) sur la liste « risque élevé ». Cela signifie que les marchandises expédiées en Russie feront l’objet d’une attention toute particulière. Comme l’a indiqué la FEU, les exportateurs ukrainiens sont de fait soumis à des inspections continues depuis la fin du mois de juillet. Selon les calculs de l’organisation, les pertes du côté ukrainien imputables aux mesures prises par les douanes russes pourraient s’élever à 2,5 milliards de dollars.   

D’après les chiffres du Bureau Fédéral des Douanes, les flux commerciaux entre l’Ukraine et la Russie ont chuté de 20 % au cours du premier semestre 2013, pour atteindre 18 milliards de dollars. Les raisons d’une telle baisse sont le ralentissement de la croissance économique dans les deux pays ainsi que la création de barrières artificielles entre les deux économies.

Fin 2012, la Russie a réduit son quota d’importation de tuyaux non soumis aux droits de douanes en provenance d’Ukraine et en juillet de cette année, la décision a été prise de ne pas renouveler les quotas pour les six derniers mois de 2013. L’Ukraine a introduit à son tour, au printemps dernier, une taxe spéciale sur l’importation de véhicules de plus de 1000 cm³ de cylindrée.

En réponse à cette démarche, la Russie a notifié en juillet l’OMC, dont les deux pays sont membres, afin de faire part à l’organisation de son intention d’augmenter les droits de douanes pour les produits ukrainiens, en particulier pour le chocolat, le sucre et le charbon. Fin juillet, le Service Fédéral de supervision de la protection des droits des consommateurs et de la santé humaine a interdit l’importation en Russie des produits Roshen, l’un des principaux fabricants ukrainiens de confiserie, après qu’une substance dangereuse, le benzopyrène, ait été détectée dans ces produits.    

De nombreux hommes politiques et experts ukrainiens ont vu dans l’action de leur voisin russe le déclenchement d’une véritable guerre commerciale. Ainsi, un parti politique ukrainien a qualifié les contrôles douaniers effectués par la Fédération de Russie de démonstration de force. Un certain nombre d’experts ukrainiens estiment qu’en introduisant de nouvelles barrières douanières à l’importation de marchandises en provenance d’Ukraine, Moscou tente de forcer Kiev à rejoindre l’Union douanière et à renoncer à la signature de l’Accord d’Association avec l’UE, prévue pour novembre.

Toutefois, la partie russe est convaincue que l’on ne peut pas parler d’une guerre commerciale. Cela est indirectement attesté par la déclaration du service de presse du gouvernement de la Fédération de Russie indiquant que la décision de réguler les importations en provenance d’Ukraine avait été prise par les services douaniers et non par les autorités. Kiev, représenté par le Premier Ministre ukrainien Mykola Azarov, a minimisé le problème et mentionné la nécessité d’une convergence entre les réglementations techniques des deux pays. Il a également souligné que l’Ukraine entend coopérer à la fois avec l’Europe et avec les pays de l’Union douanière.

D’après les experts russes, les actions de Moscou ne sont en rien extraordinaires. « Les pays ont le droit de renforcer leur règlementation, en particulier lorsque ce renforcement fait suite à l’identification de problèmes liés à la qualité des produits », a déclaré l’économiste en chef de Deutsche Bank Russie Iaroslav Lisovolik. Selon lui, « une convergence des procédures de contrôle douanier serait bénéfique pour les deux pays. La Russie et l’Ukraine aspirent à l’intégration, qui a un impact positif sur la croissance économique des deux pays. Mais cela doit passer par une croissance des échanges commerciaux, et non par leur réduction », a déclaré l’expert.

Selon le directeur général de l’Agence des communications politiques et économiques Dimitri Orlov, les actions de la Russie ne peuvent pas être considérées comme une guerre commerciale et n’auront pas d’impact sur les relations à long terme entre les deux pays. La Russie ne sera pratiquement pas affectée par la situation actuelle, étant donné que la variation des prix est marginale.

« L’Ukraine sera la première touchée par ce conflit, puisque environ 25% de ses exportations sont destinées à la Russie. Si le conflit n’est pas rapidement réglé, Kiev risque de voir ses rentrées de devises diminuer, ce qui pourrait encore aggraver les perspectives déjà incertaines du taux de change du hryvnia (la devise ukrainienne), de nombreux experts n’excluant pas le scénario d’une dévaluation fin 2013 ou début 2014. En ce qui concerne la Russie, la raréfaction des biens en provenance d’Ukraine sera vraisemblablement compensée. Il n’est pas exclu d’accroître la production des entreprises locales. Par ailleurs, les importations peuvent être réorientées en direction des producteurs du Belarus », a déclaré l’économiste d’ING Bank Dimitri Polevoï.

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