Les joies de l’entrepreneuriat dans les régions russes

Mikhaïl Maltsev (à g.) et Denis Korneevski (à dr.), les fondateurs de la librairie Piotrovski. Crédit : Kommersant

Mikhaïl Maltsev (à g.) et Denis Korneevski (à dr.), les fondateurs de la librairie Piotrovski. Crédit : Kommersant

Le journal quotidien russe Kommersant est allé à la rencontre de quatre jeunes entrepreneurs russes qui, partis de rien ou de pas grand chose, ont décidé d'écrire leur success story.

Denis Danilov, 39 ans, Ekaterinbourg, fondateur d’une start-up dans la communication vidéo

Denis Danilov est un pur Moscovite. Il a d’abord fait carrière dans le marketing et les RP avant de tout lâcher dans les années 2000 et d’opter pour la simplicité volontaire, ce mode de vie qui consiste à privilégier l’épanouissement personnel et le vivre mieux avec moins. « Pendant cinq ans, mon épouse et moi avons voyagé, raconte Danilov. Nous avons vécu en Inde et en Asie du Sud-Est, nous avons traversé l’Europe et l’Amérique Centrale. » A la fin de ce long périple, le jeune couple s’est décidé à élaborer un nouveau projet professionnel : mettre en place une plateforme collective de création de vidéos interactives.

Une partie des codes et du design de départ a été conçue à distance, dans des pays différents. Début 2012, Denis réunit autour de lui une petite équipe et revient en Russie. Pas à Moscou, où il a toujours vécu, mais à Ekaterinbourg, petite ville de province située dans l’Oural. « A un moment, j’ai compris que pour créer un produit, on n’était pas obligé de travailler tous ensemble et de se voir tous les jours. J’ai choisi Ekaterinbourg comme siège pour y développer mon entreprise parce qu’ici vivent beaucoup de développeurs informatiques impliqués dans mon projet », explique-t-il.

Danilov assure qu’il n’a pas regretté une seule fois sa décision : la ville dispose de nombreux bureaux en parfait état, et à des prix de location particulièrement bas. Sans oublier que la ville est dotée d’une vie high-tech bouillonnante. « J’ai eu dans mon projet, à différentes périodes, jusqu’à sept collaborateurs travaillant en même temps, avec des salaires compris entre 20 000 et 60 000 roubles (entre 500 et 1 400 euros), reconnaît l’entrepreneur chevronné. Je pense qu’à Moscou, ils auraient facilement pu gagner beaucoup plus. Mais leurs dépenses aussi auraient été beaucoup plus élevées, parce que Moscou prend tout ce qu’elle te donne. »

Mikhaïl Maltsev, 30 ans et Denis Korneevski, 30 ans, Perm, directeurs associés de la librairie Piotrovski

Denis Korneevski est arrivé à Moscou en 2005, un mois après avoir terminé ses études à l’Université d’Etat de Perm, dans l’Oural. Dans la capitale russe, il a immédiatement trouvé un travail de journaliste. « Tout allait bien : j’adorais Moscou, le salaire était élevé, je n’avais aucune raison de revenir ici », se souvient-il. « Pourtant, trois ans plus tard, j’ai démissionné et je suis parti ». Son associé Mikhaïl Masltsev a lui aussi travaillé à Moscou un an et demi comme directeur des ventes dans le secteur audio et vidéo. S’il est revenu s’installer dans sa ville natale, c’est pour d’autres raisons : « Avec ma femme, nous attendions un enfant et nous nous sommes dit que Perm serait une ville beaucoup plus tranquille pour fonder une famille ».

C’est d’ailleurs Mikhaïl qui a proposé à Denis d’ouvrir la librairie indépendante Piotrovski. L’entreprise n’a pas été évidente à mettre en place pour les deux partenaires : Piotrovski ne vend que des ouvrages de littérature intellectuelle, ce qui ne rapporte évidemment pas grand chose. Mais les deux associés ne sont pas déficitaires pour autant. « La marge sur un livre est d’environ 50 à 60%, ce qui revient à chacun d’entre nous à environ 20%. La voilà, notre rentabilité », déclare Denis. « Quant au chiffre d’affaires... En une journée, la caisse comptabilise en moyenne entre 300 et 400 euros. » Leur principal souci n’est pas tant d’engranger un revenu, aussi faible soit-il, mais bien de voir croître le nombre de passionnéss de Brodsky ou Nabokov.

Vitaly Varikhanov, 23 ans, Vladikavkav, gérant de la papeterie Solwerhof

« Au diable tout cela ! Prends-toi en main et agit ! », répète énergiquement le jeune entrepreneur Vitaly Varikhanov en citant Richard Branson. L’année dernière, il a terminé la faculté de droit à l’Université d’Etat de Gestion (GUU) à Moscou. Après avoir travaillé quelques mois dans la capitale, il est revenu à Vladikavkaz pour y créer son propre business.

En fait, après ses études, il n’avait pas eu d’autre envie que de créer une entreprise et devenir son propre patron. Il a fait ses premiers pas dans le secteur du commerce sur Internet. Vitaly avait enregistré deux magasins en ligne : la marque de jouets pour enfants Toysbrand et la bijouterie autrichienne AlpinaCrystal.

« Ça ne m’a pas coûté grand chose. J’ai fait appel à des amis pour le site et le design, et avec la pub, j’en ai eu pour environ 500 euros », raconte-t-il. « J’avais choisi le schéma classique : je prenais cinq commandes sur leur site, j’achetais les produits dont j’avais besoin sur les marchés de gros, que je revendais avec une marge honorable ». En deux mois, le jeune homme a ainsi réussi à capitaliser 1 400 euros, mais a pourtant décidé de tout laisser tomber.

« Et puis je me suis rendu à une exposition d’articles de produits de papeterie et de bureautique à Moscou, poursuit Vitaly. J’y ai rencontré les représentants de la société Silwerhof qui m’ont proposé de venir en Allemagne visiter leurs magasins. J’ai été séduit par leur format de vente au détail. » Mais Vitaly n’était pas vraiment tenté d’ouvrir une filiale à Moscou : cela demande trop d’investissements. A Vladikavkaz, en revanche, les conditions étaient bien meilleures. Le magasin vient à peine d’ouvrir ses portes, mais le jeune homme a déjà une multitude d’autres projets en vue. « J’aimerais, par exemple, m’investir dans le tourisme, s’exclame-t-il. J’ai envie d’organiser des visites touristiques en Ossétie. »

Vladimir Koshmanov, 34 ans, Village de Studenets, dans la région de Kalouga, tient l’écoferme Kokhman

« Je suis un local dans le sens large du terme. Mes ancêtres ont vécu sur ces terres, près de Kalouga, durant le règne de Catherine II. Ils appartenaient à la noblesse allemande, ceux-là mêmes que l’impératrice a appelé à venir travailler la terre. Voilà, aujourd’hui... Je la travaille », affirme fièrement Vladimir.

Mais le fermier de 34 ans ne s’est pas mis au travail de la terre tout de suite. Enfant, il venait en vacances l’été chez sa grand-mère, pour fuir les chaleurs estivales de la capitale russe. Puis il a étudié quelques temps les sciences. En dernière année à l’université, Vladimir crée à Moscou avec quelques amis sa propre entreprise d’ingénierie. Pendant plusieurs années, il développera cette activité à plein temps. Mais aujourd’hui, tout son espoir est ancré dans l’agriculture.

En 2007, Vladimir a commencé à acheter les terres agricoles et les petites fermes autour du village de sa grand-mère. Aujourd’hui, il possède 480 ha et en loue 200. Deux ans après le début de ses investissements, le fermier novice s’est mis au travail : labourage, semence... Il achète même quelques ruchers et des volailles. Actuellement, il débute la construction d’une étable et d’un lieu d'accueil pour l’écotourisme.

« Si j’avais commencé à cultiver des terres dans une autre région, ça aurait évidemment été plus difficile. Peut-être que la réputation du Singapour russe est un peu forte, mais avoir sa propre ferme dans la région de Kalouga est possible », assure Vladimir.

Texte original (en russe) publié sur le site de Kommersant le 29 juillet 2013.

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