Nouveau programme de privatisation sur trois ans en Russie

La barrière la plus haute sur le chemin de privatisation des sociétés publiques, c’est l’interdiction de placer leurs actions sur des places boursières étrangères. Crédit photo : REUTERS / Paul Hackett

La barrière la plus haute sur le chemin de privatisation des sociétés publiques, c’est l’interdiction de placer leurs actions sur des places boursières étrangères. Crédit photo : REUTERS / Paul Hackett

La nouvelle privatisation commence en Russie, et ce sont les cadres dirigeants des sociétés publiques privatisées qui deviendront ses principaux bénéficiaires. Cependant, les recettes budgétaires provenant de la vente d’actifs publics seront moins importantes que prévu.

Début juillet, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev a signé un décret qui marque le début du nouveau programme de privatisation des biens fédéraux étalé sur trois ans.

Actuellement, l’Etat est actionnaire de 2 337 sociétés dont 1 256 sont qu'il contrôle entrièrement. 1 795 entreprises unitaires fédérales unitaires d’Etat appartiennent entièrement à l’Etat. Selon le programme adopté, dans les années 2014 à 2016, il est prévu de privatiser 436 sociétés et 514 entreprises unitaires fédérales d’Etat.

Le gouvernement prévoit que, vers 2016, l’Etat aura terminé le processus du désinvestissement du capital des sociétés ne faisant pas partie du secteur des matières premières, qui ne relèvent pas des monopoles naturels et qui ne font pas partie des organisations relatives à la défense.

De quoi l’Etat veut-il se séparer ?

La plupart des sociétés où l’Etat détient une participation sont regroupées dans le domaine de l’agriculture (225), du bâtiment (145), du commerce de gros (123) et de l’édition (116). 

En plus de la privatisation de petites sociétés, le gouvernement prévoit également une grande privatisation : durant les années 2014-2016, l’Etat doit complètement désinvestir le capital de Rostelekom (télécommunications), Rosspirtprom (vente d'alcool), Rosnano (nanotechnologies) et de la Société céréalière unie. 

Il est également prévu d’arrêter la participation au capital de l’aéroport international de Cheremetevo et de l’aéroport international de Vnoukovo, en raison du « développement du hub aérien de Moscou ».

Le gouvernement prévoit aussi de réduire la participation de l’Etat jusqu’à 25% plus une action dans Aeroflot, Sovkomflot et ALROSA avant 2016.

Il est prévu également de réduire la participation de l’Etat dans le capital de RusGidro et de la banque VTB jusqu’à 50 % plus une action. Le gouvernement entend également réduire la participation de Rosneftegaz dans le capital de Rosneftjusqu’à 50% plus une action. Il est prévu de réduire la participation de l’Etat dans le capital de Transneft et de la Compagnie des chemins de fer russes jusqu’à 75% plus une action.

Avant 2024, l’Etat doit réduire sa part dans le capital du Consortium aéronautique uni jusqu’à 50% plus une action, et dans le capital du Consortium naval uni jusqu’à 75% plus une action.

Il s’agit du programme le plus ambitieux depuis les années 1990. 

La stratégie de privatisation 

La privatisation d’une entreprise ne signifie pas du tout dans notre système de gestion que l’Etat perd le contrôle.

« La propriété en Russie est conventionnelle, dit le directeur de l’Institut de la stratégie nationale, politologue Stanislav Belkovski. Et remplacer des propriétaires n’est pas beaucoup plus difficile que de remplacer des gérants désignés par l’Etat. Tout simplement pour cela il faudra faire intervenir les autorités d’instruction, le parquet et les tribunaux ».

Cependant, les projets de privatisation de Medvedev ne sont pas très crédibles.

Encore en 2008, la veille de son investiture, le président Dmitri Medvedev, récemment élu, a déclaré dans son interview à Financial Times qu’il maintiendrait le cap des privatisations. 

Pendant toute la durée de son mandat présidentiel, on parlait de la nécessité de réduire la participation de l’Etat dans l’économie mais elle ne faisait qu’augmenter. D’abord, cela s’expliquait par la crise : le gouvernement et les banques étatiques venaient secourir le secteur privé en détresse.

Ensuite, la phase aigüe de la crise a terminé mais l’achat d’actifs a été poursuivi. 

La priorité de Dmitri Medvedev

 Voici les transactions qui ont eu lieu rien qu’au 1er semestre 2013 : a été finalisé l’achat par l'entreprise publique Rosneft de l'entreprise privée TNK-BP, la banque étatique VTB a acquis le quatrième opérateur de réseau mobile du pays Tele2 Rossiya, et sa filiale VTB Capital a acquis une part de Tricolor TV qui est le plus grand opérateur de télévision par satellite du pays.

Mais ce sont des événements du printemps 2012 qui sont les plus révélateurs. Le 21 mai, le Premier ministre Medvedev, récemment nommé, charge le gouvernement d’accélérer la privatisation des sociétés publiques, en déclarant cette tâche prioritaire.

Le lendemain, le président Vladimir Poutine a inscrit Rosneft, RusGidro, FSK (principal opérateur des réseaux électriques) et le holding MRSK (opérateur de distribution d’électricité dans les régions russes) sur la liste des entreprises stratégiques, ce qui signifie l’interdiction de les privatiser.

Rosneft et RusGidro figurent d’ailleurs également sur la nouvelle liste du gouvernement pour la privatisation dans les années 2014-2016.

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Remise pour le patriotisme

La barrière la plus haute sur le chemin de privatisation des sociétés publiques, c’est l’interdiction de placer leurs actions sur des places boursières étrangères.

En octobre 2012, Dmitri Pankine, directeur du Service fédéral des marchés financiers qui est en train d’être liquidé, a proposé cette initiative patriotique.

A l’époque, cette idée a été accueillie comme impertinente du point de vue économique, mais déjà, en janvier 2013, lors de la réunion consacrée au développement du marché des titres, Poutine parlait de l’entrée en vigueur de cette interdiction comme si c’était une question résolue il y a longtemps.

En février, le chef du département d’expertise de l’administration du président Ksenia Youdaeva a confirmé : c’est fait, les sociétés publiques russes seront obligées de placer leurs actions à l’intérieur du pays.

Même si, selon les données de ce même département d’expertise, dans les années 2010-2012, seulement 20% des placements d’actions des sociétés russes concernaient la Bourse de Moscou.

De plus, la transaction de privatisation la plus réussie de ces dernières années a eu lieu à Londres : en septembre 2012, Sberbank a placé sur London Stock Exchange 7,6% de ses actions, la Banque centrale en a tiré environ 160 milliards de roubles.

En introduisant cette interdiction de placer des actions des sociétés publiques sur des places boursières étrangères, de facto les autorités les privatisent dans des conditions moins avantageuses, au prix sous-évalué, et il y aura donc un manque à gagner pour le budget.

Ainsi, fin juin, les estimations de Rosimouchestvo (le fonds d’Etat pour la propriété fédérale) et du Ministère du développement économique ont été revues à la baisse : en 2014, les recettes budgétaires provenant de la vente d’actifs d’Etat vont représenter 180 milliards de roubles au lieu de 230 milliards de roubles précédemment prévus, et en 2015, 140 milliards de roubles au lieu de 445 milliards de roubles.

Pourtant, initialement, le projet du budget prévoyait qu’en 2014-2016 la privatisation de la propriété d’Etat apportera au Trésor public environ 1 milliards de roubles en plus.

La position idéale

L’explication officielle de l’interdiction de placer des actions des sociétés publiques à l’étranger évoque la nécessité de stimuler le développement du marché intérieur des titres et les projets de transformation de Moscou en centre financier international. Mais cet objectif paraît tellement fantastique que l’on a du mal à croire cette explication.

Si on y ajoute le peu d’efficacité pour le budget de cette nouvelle étape de privatisation, le moment d’entrée sur le marché qui est loin d’être idéal, les tentatives de se distancier des investisseurs étrangers et la capitalisation peu élevée des sociétés russes, une autre explication paraît plus réaliste : il y a tout simplement des gens souhaitant acheter des actifs à des prix bas.

Les oligarques venant du Komsomol des années 1990, malgré l’intérêt douteux pour la plupart des citoyens des résultats de la première vague de privatisation et malgré une multitude de schémas offshore, ont quand même des titres de propriété pour leurs actifs et peuvent les transmettre en héritage.

Les oligarques des années 2000, venus dans le monde des affaires des forces de l’ordre, gèrent des sociétés publiques, des banques et des corporations étatiques uniquement suite à leur nomination et ne font que contrôler des flux financiers. Dans une perspective à court terme, la position est, pour eux, presque idéale. Dans une perspective à long terme, elle n’est pas optimale.

Source : Kommersant Dengi

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