Les banques russes bientôt plus fiables ?

Selon la présidente de la BCR Elvira Nabioullina, le régulateur a l’intention de synchroniser l’entrée en vigueur des règles de Bâle III avec l’UE et les Etats-Unis. Crédit photo : RG

Selon la présidente de la BCR Elvira Nabioullina, le régulateur a l’intention de synchroniser l’entrée en vigueur des règles de Bâle III avec l’UE et les Etats-Unis. Crédit photo : RG

La banque centrale de Russie a décidé d’introduire des standards qui renforcent encore plus les exigences envers la fiabilité des banques en même temps que l’Europe et les Etats-Unis. De plus, sur le marché russe, ces exigences seront encore plus strictes que sur le marché occidental.

La banque centrale de Russie (BCR) a préparé un cadeau agréable de fêtes de fin d’année pour les banques russes : les standards mondiaux renforçant les exigences envers le capital – Bâle III – vont entrer en vigueur à partir du 1er janvier 2014. Selon la présidente de la BCR Elvira Nabioullina, le régulateur a l’intention de synchroniser l’entrée en vigueur des règles de Bâle III avec l’UE et les Etats-Unis

Les cadeaux du régulateur russe n’en finissent pas là. Sous la présidence de Nabioullina, la BCR a décidé d’adoucir un peu les règles pour les banques russes. Ainsi, les normes du capital de base seront établies au niveau de 5% du capital fixe, soit 5,5% (avec l’augmentation jusqu’à 6% à partir du 1er janvier 2015) du capital cumulé.

Ces prescriptions seront, dans tous les cas, plus strictes qu’en Occident où ces dernières établissent la suffisance du capital de base au niveau de 4,5%. 

Les banquiers russes peuvent souffler un peu car ils disposent de trois mois de plus afin de mettre les capitaux en conformité avec les nouvelles règles. Au printemps, certains banquiers se sont prononcés contre l’introduction de Bâle III en Russie, de crainte que ces règles aient un impact négatif sur le financement de l’économie.

Le régulateur a alors promis d’analyser la disponibilité des banques russes pour accepter Bâle III et de réfléchir, le cas échéant, à un délai supplémentaire. 

Les banques, même celles qui ne craignent pas la régulation Bâle III, ont accueilli la nouvelle de la BCR avec un optimisme retenu.

« L’entrée en vigueur de Bâle III dans un trimestre ne change pas vraiment la situation. Elle ne fait que laisser aux banques un petit peu plus de temps pour renforcer les coefficients de suffisance du capital, par le biais d’émission d’instruments subordonnés et la capitalisation de bénéfices courants. Ce qui est beaucoup plus important, c’est l’abaissement du seuil minimum de suffisance du capital fixe de 7,5 à 5,5%. Cela donne aux banques une marge de manœuvre beaucoup plus importante pour gérer la structure du capital », explique l’analyste crédit de la banque VTB Capital Mikhaïl Nikitine.

Selon ce dernier, le passage aux nouvelles règles ne constitue pas un obstacle insurmontable pour la plupart des banques russes.

« A la différence des systèmes bancaires de l’Europe et des Etats-Unis, la structure des actifs du secteur bancaire russe est relativement simple, sans dépendance critique aux instruments hybrides, et sans dépendance de la structure du bilan au marché des produits dérivés. D’autre part, en Russie, les principes de Bâle sont introduits avant le passage intégral aux IFRS et sans passer par le stade intermédiaire (Bâle II) qui suppose des procédures plus compliquées de gestion des risques par rapport à celles adoptées par les banques russes », affirme l’expert. 

Pourtant, selon un grand nombre d’analystes, les banques russes sont actuellement tout à fait prêtes aux nouvelles normes. De plus, certains experts pensent qu’il aurait été plus judicieux de ne pas renoncer aux restrictions des prescriptions.

Ainsi, selon la vice-présidente junior, l’analyste de Moody’s Svetlana Pavlova, le fait de décaler l’entrée en vigueur de Bâle III en Russie et de renoncer à la restriction des exigences envers le capital a une signification négative.

Selon l’analyse de Moody’s, les institutions financières russes sont prêtes à l’application de nouvelles règles. Même si le premier plan plus strict aurait été mis en œuvre, seulement trois banques du TOP 20 n’auraient pas été en conformité avec les exigences.

A présent, toutes les grandes banques répondent aux normes de la nouvelle version de Bâle III. Si quelques-unes des plus petites banques ne correspondent pas aux nouvelles exigences, elles ont plus de temps maintenant pour corriger la situation.

« A titre de comparaison, en Europe, à la mi-2012, toutes les banques n’étaient pas prêtes à l’entrée en vigueur de Bâle III. Et ce n’est pas un hasard si dans la plupart des pays son introduction se fait en plusieurs étapes ».

« Globalement, les banques étaient prêtes aux exigences plus strictes envers le capital fixe (7,5%) que l’on prévoyait d’introduire initialement. Dans ce cas, le système bancaire russe aurait été plus stable », note l’expert. Mais à cause du ralentissement de la croissance de l’économie et du lobbying de la part des banques, la BCR a toutefois décidé d’introduire des normes au capital plus clémentes.

« En général, la capitalisation est plus élevée pour nos banques que pour les banques européennes. Et cela a un sens : compte tenu de la plus grande volatilité de l’économie russe et du taux de croissance du secteur bancaire, nos banques ont besoin d’être plus fortes pour faire face au niveau de risque », explique Madame Pavlova. 

Concernant la question d'un impact négatif des nouvelles règles sur le financement de l’économie, les opinions des banquiers qui s’opposent à Bâle III et des experts sont partagées.

« Il est clair qu’aucune institution financière ne souhaite une régulation plus stricte du système financier. Néanmoins, les craintes des banques concernant l’impact négatif de l’introduction de Bâle III sur le niveau de financement sont un peu exagérées. Quant aux crédits à la consommation, ils sont de toute façon en surchauffe. Et la demande de crédits aux entreprises a baissé cette année »,  explique Madame Pavlova.

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