Russie et UE tablent sur un marché énergétique commun d'ici 2050

Crédit : AFP / Sergueï Supinski

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Vendredi 19 avril, le ministre russe de l'Énergie Alexandre Novak et le commissaire européen en charge de l'Energie Günther Oettinger ont signé une « feuille de route» de coopération énergétique entre la Russie et l'UE à l'horizon 2050. C'est « un symbole de nos bonnes relations dans l'énergie », a déclaré un représentant d'Oettinger. « Le document s'est avéré être un compromis », a dit Novak.

L'objectif stratégique est de mettre en place d'ici le milieu du XXIe siècle un « espace énergétique paneuropéen », avec une interconnexion entre des infrastructures et des marchés ouverts et concurrentiels, selon la « feuille de route ». D'ici 2050, l'UE et la Russie doivent faire converger leur législation, connecter leurs systèmes énergétiques et leurs marchés de l'électricité, et lever les obstacles dans le secteur pétrolier.

La plupart du document est consacré au commerce gazier. 70% des exportations de gaz de la Russie sont destinées à l'Europe. La « feuille de route » conseille à l'UE d'informer la Russie des modifications de la demande de gaz et des mesures prises pour réduire l'utilisation d'hydrocarbures. Cela aidera Moscou à éviter les investissements dans des actifs qui peuvent s'avérer non rentables à terme.

Le principal problème dans les relations énergétiques avec l'UE est le « troisième paquet énergie ». L'un de ses principes fondamentaux est la mise en place d'un accès égal à l'infrastructure. Le fournisseur doit vendre ses capacités de transport, les transférer sous le contrôle d'un opérateur indépendant ou garantir à d'autres acteurs un accès à 50% des capacités. Le représentant de Gazprom n'a pas fourni de commentaires au sujet de la « feuille de route ».

La Russie veut obtenir un statut spécial pour les projets de Gazprom : Nord Stream avec ses branches OPAL et NEL, et South Stream, pas encore construit. Un pipeline passant par plus d'un pays peut prétendre à une exception, indique la porte-parole du commissaire européen à l'énergie Nicole Bockstaller. Selon elle, un accord à cet effet peut être obtenu sur ​​une base bilatérale, mais le pays membre de l'UE doit s'entendre sur cette dérogation avec la Commission européenne. Une exception a été faite pour OPAL, reliant l'Allemagne et la République tchèque : Gazprom peut utiliser plus de 50% de la capacité, à condition que pas moins de 3 milliards de mètres cubes soient fournis sur le marché tchèque. NEL se trouve entièrement sur le territoire allemand.

La Russie a proposé de donner à South et Nord Stream le statut de « projets d'intérêt commun », ce qui garantira au monopole Gazprom le statut de fournisseur de gaz pour ces projets. Le troisième paquet fait partie de la législation de l'UE, la Russie peut uniquement sur ​​une base bilatérale discuter de certains aspects « dans les limites de souplesse » prévues par la loi, explique une personne proche de la délégation européenne.

La feuille de route appelle avant 2020 « à fournir un soutien aux grands projets d'infrastructure gazière que les parties reconnaissent en tant que projets d'intérêt commun », de rapprocher la régulation des marchés avant 2030, et d'éliminer d'ici 2050 toutes les barrières. L'Europe espère que Moscou fera un pas dans sa direction, explique une personne proche de la délégation européenne : le marché russe de l'énergie doit être plus ouvert. Ceci est enregistré dans la « feuille de route » : L'UE « souhaite que le secteur de l'exploration et de la production [de gaz] fonctionne dans un environnement concurrentiel international ».

Le dialogue énergétique de la Russie et de l'UE est dans l'impasse et la « feuille de route » le confirme, explique le directeur du Fonds de sécurité énergétique nationale Konstantin Simonov : le document n'impose pas d'obligations, et les actions réelles contredisent les déclarations : à la mi-Mars, la Commission européenne a refusé d'inscrire South Stream dans la liste des projets prioritaires. La convergence des réglementations signifie pour l'UE l'élimination de monopole Gazprom en matière d'exportation, ce qui a peu de chances d'arriver, a-t-il résumé.

Article publié en version courte. Texte intégral (en russe) disponible sur le site Vedomosti.ru.

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