L’Hexagone ouvre la chasse aux investissements russes

Serge Boscher, directeur général de l’AFII, en visite à Moscou. Source : Service de presse

Serge Boscher, directeur général de l’AFII, en visite à Moscou. Source : Service de presse

De passage à Moscou, le directeur de l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII), Serge Boscher, s’est montré optimiste quant aux perspectives futures.

« Les entreprises russes créent des emplois en France », martèle Serge Boscher, qui veut tordre de coup à l’idée reçue selon laquelle l’argent russe dans l’Hexagone se limite à l’achat d’immobilier sur la Côte d’Azur. « Une trentaine d’entreprises russes, implantées en France sur une quarantaine de sites, emploient plus de 1 000 salariés ».

La cuvée étrangère 2012 fut exceptionnelle, si l’on en croit les chiffres de l’AFII. « Jamais les Américains ni les Italiens n’ont autant investi en France », se félicite le directeur général. Et les Russes ? « 100% d’augmentation, et ils dépassent pour la première fois les investissements indiens ».

Mais c’est surtout grâce à un seul très gros investissement : celui réalisé par les Chemins de fer russes (RZD) avec l’achat de 75% de Gefco à PSA pour 800 millions d’euros [notre dernier numéro, ndlr].

« Cette acquisition massive aura un effet d’amorçage et devrait conduire les grands groupes russes et même les PME à regarder la France d’un œil plus bienveillant », remarque un diplomate russe. Reste que RZD est une entreprise d’État.

Pour l’instant, les grands groupes privés russes n’ont pas encore engagé de sommes importantes en France. « Certes, mais les grandes sociétés russes n’ont pas encore vraiment de présence globale, répond Serge Boscher. Ces groupes auront justement à cœur d’être présents dans le monde entier. Le mouvement d’internationalisation va nous apporter de l’activité ».

L’ambassadeur de France à Moscou Jean de Gliniasty souligne quant à lui la diversification des investissements russes, qui visent désormais les secteurs de l’agroalimentaire (Net Cacao repris par ICC Group), du transport (Transaero et RZD) et de l’industrie mécanique (reprise de Sambre et Meuse par Ouralwagonzavod).

Le secteur des technologies de l’information, qui attire beaucoup d’investissements étrangers, reste largement ignoré par les sociétés russes. Une exception : celle de Dr. Web, un éditeur d’antivirus mondialement connu, originaire de Saint-Pétersbourg, qui s’est implanté à Strasbourg en 2008.

« C’est logique : Strasbourg se situe au cœur des deux principaux marchés européens, la France et l’Allemagne », remarque M. Boscher, qui en profite pour décliner les avantages comparatifs de l’Hexagone par rapport à ses rivaux européens.

En chiffres

1 000 emplois ont été créés ou maintenus par la trentaine de sociétés russes implantées dans l’Hexagone.

1,2 milliards d’euros investis par des sociétés russes en France au total. Soit un dixième des fonds français investis en Russie. 

« Ce qui différencie la France, c’est sa créativité, sa capacité à innover, son style de vie et le développement de l’industrie des services ».

Il cite également les autres points forts que sont le crédit d’impôt recherche, la taille du marché et l’accroissement de la population, un coût plus faible de l’électricité et la productivité de la main d’œuvre.

Mais la France fait aussi face à une concurrence accrue. La Russie connaît une croissance bien supérieure à celle des économies de l’Eurozone, qui se battent pour attirer de l’investissement étranger. Et l’Hexagone n’a pas que des avantages. Surtout au niveau de l’image.

Les médias russes présentent souvent la France comme un pays connaissant un sérieux problème d’insécurité, en proie à des grèves incessantes et avec un climat politique très agité. Ce sont peut-être des clichés ou des exagérations, mais à l’AFII, on est conscient qu’un important travail de communication s’impose. Et certains problèmes sont tout à fait réels.

De l’aveu de Serge Bloscher, la France « souffre d’une instabilité réglementaire et législative ». Ce qui, soit dit en passant, est un aspect que connaissent mal les hommes d’affaires russes. La législation sociale reste trop compliquée et plus rigide que dans les pays concurrents.

Sur ce point, le ciel devrait s’éclaircir, selon M. Bloscher : « Nous attendons avec impatience l’accord sur la sécurisation de l’emploi, en cours de transposition législative, et qui devrait apporter davantage de flexibilité aux employeurs ».

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