Gazprom trouve un partenaire aux États-Unis

Le président russe Vladimir Poutine (à gauche ) et le directeur général de Gazprom Alexeï Miller examinent le projet de Nord Stream à la station de compression de gaz Portovaïa, en septembre 2011. Crédit : RIA Novosti / Alexeï Nikolski

Le président russe Vladimir Poutine (à gauche ) et le directeur général de Gazprom Alexeï Miller examinent le projet de Nord Stream à la station de compression de gaz Portovaïa, en septembre 2011. Crédit : RIA Novosti / Alexeï Nikolski

Gazprom a trouvé un partenaire stratégique dans sa lutte avec Rosneft, qui renforce son alliance avec l’Américain ExxonMobil, pour s’emparer du plateau continental russe. Le monopole gazier a ainsi signé un accord avec Shell. Gazprom n’a pas voulu innover pour définir les mécanismes de coopération en adaptant simplement le plan expérimenté par Rosneft : un investisseur participe à un tiers du projet et, en échange, donne aux Russes un accès à ses gisements à l’étranger.

Le 7 avril, lors de la visite du président russe Vladimir Poutine aux Pays-Bas, le directeur général de Gazprom Alexeï Miller et le président du conseil d’administration de Royal Dutch Shell Jorma Ollila ont signé un accord d’exploitation commune dans l'Arctique russe et en eaux profondes à l’étranger, a annoncé Gazprom. Selon le ministère des Ressources naturelles, les deux groupes comptent exploiter le Nord de l'île Wrangel, en mer de Tchouktches, ainsi que la partie Nord-Ouest dans la Mer de Pechora. Gazprom ne possède pas encore les licences pour ces zones, mais l’Agence fédérale russe pour l’exploitation du sous-sol devrait les lui accorder avant le 1er mai.

L’accord prévoit que Shell participe à hauteur de 33,3% au projet russe, tout en assumant les principales dépenses en matière d’explorations géologiques. En cas d’accord définitif, Gazprom disposerait de participations similaires et aurait des obligations dans les projets continentaux de son partenaire. D’après Interfaks, il pourrait s’agir des projets de Shell en Afrique du Sud. L’année dernière, Shell a en effet obtenu l’autorisation d’effectuer des recherches géologiques dans la région d’Orange Basin. Cette zone s’étend sur environ 37 mille mètres carrés sur la frontière avec la Namibie, à entre 150 et 350 kilomètres de la côte et à une profondeur de 500 à 3500 kilomètres. La licence a été octroyée à Shell pour une durée de trois ans.

En Russie, Gazprom et Shell coopèrent déjà sur le programme Sakhaline-2, qui comporte une usine de production de gaz naturel liquéfié (GNL) unique dans le pays avec un volume de 10 millions de tonnes par an. La question d’un élargissement de l’usine s’est déjà posée à plusieurs reprises, mais les ressources ne suffisaient pas pour le faire. Samedi, Pavel Oderov, responsable du département d’économie extérieure de Gazprom, a déclaré que le sujet était à l’étude et que les résultats seraient connus d’ici l’été.

 Shell avait déjà été pressentie comme un partenaire potentiel de Gazprom et Total pour l’exploitation du gisement de Chtokman. Durant l’été 2012, suite à l’expiration de l’accord d’actionnariat concernant Shtokman Development AG et la sortie de Statoil du consortium, Shell aurait en effet pu remplacer cette dernière. Cela n’a finalement pas été le cas, et le projet lui-même a été remis à une date ultérieure et encore inconnue à cause de l’absence de débouchés et de plan de travail définitif. Mais chez Shell, on a toujours souligné que l’entreprise souhaitait renforcer sa collaboration avec Gazprom. En 2010 déjà, ils avaient signé un protocole de collaboration globale. Shell est également partenaire de Gazprom Neft. Hier, les deux sociétés ont signé un mémorandum consolidant l’accord général. Leur participation dans l’entreprise sera égale et l’opérateur du projet sera Salym Petroleum Development. Dans une interview accordée à Kommersant au milieu de l’année 2011, Peter Voser, patron de Shell, avait toutefois indiqué que son groupe se concentrerait sur des projets gaziers, prévoyant d’extraire plus de gaz que de pétrole.

Shell a confirmé sa loyauté envers Gazprom en ne concluant pas d’alliance avec Rosneft qui, après l’échec des discussions sur une collaboration globale avec BP en 2011, cherchait un remplaçant. Les deux parties avaient même entamé des négociations. Désormais, Shell est quasiment appelée à aider Gazprom à contrer les ambitions gazières de Rosneft, clamées haut et fort après l’arrivée d’Igor Setchine au poste de président de l’entreprise publique en mai 2012. La rivalité n’était pas aussi féroce à cette époque, les entreprises combattant encore ensemble les tentatives d’investisseurs privés de pénétrer le plateau continental russe, bataille qu’ils ont clairement remportée au début de l’année. Mais la situation a changé depuis.

En février, Igor Setchine s’est ouvertement déclaré en faveur d’une suppression du monopole de Gazprom sur les exportations de GNL, tout en discutant avec ExxonMobil de la construction en Alaska et sur l’île de Sakhaline d’usines destinées au marché Asie-Pacifique, si important pour Gazprom. En outre, l’édification d’une usine GNL dans le cadre du projet Sakhaline-1 (avec des participations de 30% pour Exxon et 20% pour Rosneft) pourrait compliquer l’élargissement de Sakhaline-2 (or, Shell insiste pour une hausse de la production) car le gaz de Sakhaline-1 pourrait servir de base de ressources pour augmenter son volume de liquéfaction. Aujourd’hui, Rosneft compte liquéfier elle-même son gaz. Parallèlement, la compagnie pétrolière lorgne ouvertement sur les zones continentales situées dans la sphère d’intérêts de Gazprom (lire l’édition du 12 mars de Kommersant). Initialement, le ministère des Ressources naturelles s’était rangé du côté de Gazprom en ce qui concerne les régions prisées, reconnaissant que le plateau continental était principalement composé de gisements gaziers. Mais les autorités se sont faites plus discrètes depuis. Le ministre Sergueï Donskoï a en effet appelé les entreprise publiques à régler leurs contentieux entre elles.

Lisez le texte original (en russe) sur le site de Kommersant.

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