Chypre : la Russie encaisse le coup

Pour éviter la catastrophe, la Banque centrale chypriote devra introduire des mesures restrictives, comme le gel des transactions ou bien la commission de retrait. Crédit : AP

Pour éviter la catastrophe, la Banque centrale chypriote devra introduire des mesures restrictives, comme le gel des transactions ou bien la commission de retrait. Crédit : AP

Les conditions imposées par l'Europe sont sans précédent. Jamais jusqu'ici les problèmes d’Etat n'avaient été réglés aux dépens des investisseurs étrangers.

Chypre est une victime collatérale de l’effondrement grec. Les banques chypriotes sont détentrices d’obligations grecques et ont massivement prêté à leur voisin, dans le public et le privé.

Certains affirment que les autorités européennes, après leur mobilisation massive pour le sauvetage de la Grèce, auraient décidé de tester sur Chypre un nouveau modèle d’aide aux pays en crise.

Selon la Banque centrale de Chypre, les avoirs étrangers dans les banques locales se chiffrent à plus de 70 milliards d’euros, dont 26,8 milliards de placements de non-résidents. C’est justement ce que lui reproche l’UE, les placements étrangers représentant quatre fois le PNB du pays. Ce qui est normal au regard du statut offshore de l’île.

Toutefois, une charge fiscale excessive associée à un PNB faible créent une situation de risque. De plus, les autorités européennes ont trouvé trop dangereux d’augmenter le volume monétaire, ce qui aurait relancé l’inflation, qui tourne déjà, dans la zone euro, autour des 2,5%.

Chypre : si loin, si proche

Malgré toutes ces bonnes  raisons, cette mesure de l’Eurogroupe paraît tout de même assez surprenante. Non seulement elle contredit les principes de base de l’économie occidentale moderne, en l’occurrence, la sacro-sainte propriété individuelle, mais aussi transgresse le principe de garantie bancaire en situation de crise.

A défaut de sortir Chypre de la crise, cette taxe risque surtout, dans un premier temps, d’entraîner une fuite massive de capitaux, puis l’effondrement de son système bancaire.

Pour éviter la catastrophe, la Banque centrale chypriote devra introduire des mesures restrictives, comme le gel des transactions ou bien la commission de retrait.

C’est d’ailleurs ce qu’avait fait l’une des plus importantes banques russes lors de la crise de 2004. Pour contrer la ruée bancaire, elle avait imposé une commission de 10% sur les retraits. Or, dans le cas de Chypre, cela ne suffira pas à rétablir la situation, la fuite de capitaux pouvant se répercuter  sur les pays périphériques et pourquoi pas atteindre le centre de la zone euro.

Cette mesure a déjà provoqué la panique sur les marchés boursiers qui ont marqué un net recul dès lundi matin.

Cette chute a particulièrement touché les marchés russes à cause du nombre de transactions qui passent par Chypre. Tant que la situation restera incertaine, les marchés financiers seront sous tension. D’ailleurs, l’euro n’a pas manqué de chuter également.

Difficile de comprendre pourquoi les autorités chypriotes ont accepté les conditions de l’Eurogroupe. Les conséquence risquant d’être bien pires que si Chypre s’était déclarée faillite.

Prenons le cas de l’Islande. En 2008, en l’absence totale d’aide, elle se déclare officiellement en faillite. Aujourd’hui, elle s’en sort bien.

L’unique raison qui justifie cette décision serait que Chypre souhaite voir les investisseurs étrangers participer à la dette. Les Russes avant tout.

Lors d’une réunion de l’Eurogroupe, l’Allemagne avait bien déclaré qu’elle n’avait pas l’intention de protéger les investisseurs russes des banques chypriotes.

La Russie à la rescousse

Selon les calculs des experts, cette taxe ne représenterait pas plus d’un milliard d’euros pour les Russes, le plus concernés seraient les grosses compagnies adeptes des systèmes offshores.

On devrait donc se réjouir de cette mesure qui rentre dans le cadre de la lutte contre l’ ’offshorisation’ annoncée par Poutine en faisant payer les adeptes de l’ « optimisation fiscale ». Pourtant, lors de sa déclaration officielle, le président a qualifié cette mesure d’ « injuste ».

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Selon l’ambassade de Russie, près de 40 000 citoyens russes résident à Chypre et devront donc d’une manière ou d’une autre payer de leur poche pour les problèmes financiers de l’île. Mais ce n’est que la pointe de l’iceberg.

Si Chypre décide de geler les transactions financières, pour la Russie cela signifie l’effondrement de tout un système mis en place laborieusement depuis de nombreuses années. Dès que la décision de l’UE est devenue officielle, Gazprom s’est rué pour proposer aux banques chypriotes un soutien financier en échange de licence de prospection des gisements de gaz naturel dans la zone économique exclusive de l’île.

Le business en Russie tient en grande partie sur le système des offshores, dont Chypre reste le centre des transactions. Une restructuration de ce système financier est forcément synonyme de pertes, estimées à environ 1 à 1,5 milliards d’euros.

Les banques russes (VTB, Sberbank, Alfa-Bank, etc.), qui financent volontiers les sociétés chypriotes, qui sont souvent leurs propres filiales, seront également durement touchées. Si les crédits sont gelés, elles risquent de perdre près de 10 milliards d’euros.

Mais comme le dit l’adage, « quand les riches s’appauvrissent, les pauvres meurent ». Et payent. Les sociétés et les banques vont certainement répartir ces milliards de perte sur les consommateurs, en augmentant la commission sur les transactions.

Certains espèrent que cela provoquera un retour des capitaux en Russie. Il y a des raisons de le penser. En effet, les placements des particuliers sur les comptes chypriotes ont fortement diminué en 2012. De 1,5 milliards de dollars en 2011, ils ont chuté à 0,9 milliard de dollars. Mais, il est plus probable que l’argent soient envoyé vers des « paradis fiscaux» traditionnels comme la Suisse, qui est hors zone euro ce qui est une garantie de stabilité dans la situation actuelle.

Cette crise de 2008 dépasse toutes les théories économiques et les moyens qui marchaient auparavant – augmentation de la masse monétaire - restent inefficaces.

Pour les pays développés, confisquer l’argent au peuple pour régler des problèmes financiers est quelque chose de tout nouveau. La Russie, elle, connaît très bien ce système. Rappelons-nous les réformes du début des années 1990 ou encore la banqueroute de 1998, avec la dépréciation monétaire qui permit, certes, d’alléger la dette de l’Etat mais torpilla la confiance envers les banques, ce qui freina le développement.

Pour l’instant, cette mesure n’a pas encore été adoptée. Il reste un espoir que le mécontentement des investisseurs empêche le Parlement de la ratifier. Lundi, la délégation chypriote devait rencontrer le ministre russe des Finances concernant un échelonnement de sa dette (2,5 milliards d’euros) et l’éventualité d’un nouvel emprunt. La visite a été reportée à mercredi. Ce sera donc à la Russie de sauver Chypre.

Trouvez l'original (en russe) sur le site de RIA Novosti.

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