Hollande à l'écoute

François Hollande est le premier président français à rencontrer la communauté d’affaires française à Moscou lors d’une visite officielle. Crédit : Benjamin Hutter

François Hollande est le premier président français à rencontrer la communauté d’affaires française à Moscou lors d’une visite officielle. Crédit : Benjamin Hutter

En visite officielle à Moscou, le président français a rencontré la communauté d’affaires expatriée pour lui délivrer un message de soutien. Il s’est également dit très favorable à l’accroissement des investissements russes en France.

« Vous êtes le premier président français à rencontrer la communauté d’affaires française à Moscou lors d’une visite officielle », s’est félicité Emmanuel Quidet, Président de la Chambre de commerce et d'industrie franco-russe en accueillant François Hollande à la tribune jeudi matin, devant un parterre d’entrepreneurs. « Si vous pouviez également nous faire connaître auprès du président russe, nous en serions très reconnaissant ! » a poursuivit M. Quidet. Devant une salle acquise à sa cause, M. Quidet a demandé à François Hollande, à la diplomatie française et aux patrons du CAC 40 venus à Moscou dans la délégation présidentielle de mettre en place la « diplomatie économique » promise par Laurent Fabius à son arrivée au Quai d’Orsay. « La France a les moyens de devenir le deuxième investisseur étranger en Russie derrière l’Allemagne ». Pour l’instant, la France est troisième, si l’on exclue les investissements venant de paradis fiscaux, et qui sont en réalité des capitaux russes.

Stimuler les exportations et l’investissement

Prenant la parole, François Hollande s’est empressé d’indiquer qu’il était sur la même longueur d’onde. « Les investissements français à l’étranger ne sont pas des délocalisations. Ces investissements travaillent aussi pour la France et sont par conséquent positifs pour l’emploi ». Le président français a rappelé que son rôle est « de créer le meilleur cadre pour les échanges. L’Etat est au service des entreprises. Nous facilitons, nous organisons. Nous ne sommes ni arbitre, ni capitaine ». Prenant l’exemple sur l’Allemagne « qui n’a pas de meilleurs chiffres que nous en terme de consommation domestique ou d’investissements, mais qui exporte davantage », le président français a souligné l’importance de stimuler la qualité et la pertinence des produits français. « Nous devons promouvoir la confiance des Russes à l’égard de la technologie française », a-t-il indiqué, en citant l’exemple de Soyouz lancé depuis Kourou.

Un CAC 40 dégarni mais serein

La délégation française à Moscou fut maigre en terme de PDG du CAC 40. Les deux têtes d’affiches, Guillaume Pepy pour la SNCF et Christophe de Margerie pour Total, sont des habitués de la capitale russe. Tous deux se sont attachés à minimiser les effets du « refroidissement » des relations politiques franco-russes depuis l’arrivé de François Hollande à l’Elysée. « Pour ce qui est du refroidissement politique entre les deux pays, je n’ai rien remarqué. De toute façon, nous sommes habitués à travailler dans le froid », a plaisanté le PDG de Total, dont plusieurs projets russes se développent en région Arctique. « Nous avons vu se succéder les présidents français. Nous sommes là depuis longtemps et pour longtemps et nous ne ressentons pas d’interférences politiques sur nos projets ». Pour Guillaume Pepy, « les rencontres de ce type provoquent des étincelles et permettent d’accélérer les projets communs. Nous allons signer aujourd’hui la création d’un centre d’étude avec RJD [la SNCF russe] qui va permettre à nos ingénieurs de mieux échanger et de mieux se connaître et donc de mieux s’apprécier ».

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Mieux accueillir les hommes d’affaires russes

Interpellé sur le déficit d’image de la Russie en France, M. Hollande veut « amplifier le flux d’investissements russes en France, qui sont insuffisants. Des capitaux sont disponibles ici prêts à s’engager. Et nous avons besoin d’emplois en France ». Selon le président, « nous devons faciliter ces implantations, avec l’agence Invest in France et d’autres initiatives comme celle de la Caisse des Dépôts et Consignation et de plusieurs fonds souverqins russes ». Sur le volet des visas, M. Hollande a réitéré la volonté française de passer à un régime sans visa. « Il ne faut pas décourager les hommes d’affaires et les artistes russes souhaitant venir en France. Nous laissons bien toutes les personnalités françaises venir en Russie », a lâché en souriant le président, faisant allusion à la soudaine passion de l’acteur Gérard Depardieu pour la Russie.

La complainte de l’investisseur russe

« Les investisseurs russes sont souvent accueillis avec suspicion en France », se désole David Lasfargue, partenaire au cabinet d’avocats Gide Loyrette Nouel. « Les résistances se font sentir au niveau des présidents de région. Les banques se méfient et les syndicats protestent quand des entreprises sont susceptibles d’être reprises par des Russes », explique l’avocat, qui conseille des investisseurs russes intéressés par des actifs français. « Il est très important que des hommes politiques s’expriment sur ce point pour faire changer les mentalités ». A la veille de la visite du président français, une source dans l’administration présidentielle russe a indiqué à La Russie d’Aujourd’hui que « beaucoup d’entreprises russes se plaignent de l’accueil qu’elles reçoivent France, des barrières administratives. Ce sujet est à l’ordre du jour de la rencontre entre les deux présidents ». La perception mutuelle des Français et des Russes est frappante, comme le souligne Emmanuel Quidet : « La Russie est probablement le pays du monde où la France possède la meilleure image. L’inverse n’est malheureusement pas vrai. C’est en partie le fait de clichés tenaces ressassés par les médias ».

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