Histoires d’un médecin russe

TITRE Histoires d’un médecin russe

AUTEUR Maxime Ossipov

TRADUIT par Elena Rolland

Editions Verdier


Les éditions Verdier publient le deuxième opus de Maxime Ossipov, médecin, cardiologue de Taroussa, petite ville située à une centaine de kilomètres de Moscou, où, en son temps, son grand-père, médecin lui aussi, fut autorisé à s’installer à son retour du Goulag.

Dans Ma province, texte autobiographique paru en 2011, Ossipov proposait déjà un constat accablant de l’état notamment sanitaire de la province Russe. Un constat sans concession, mais non dénué d’espoir, empreint de bienveillance et de cette compassion dont on aimerait voir quelque signe chez nos médecins parfois.

Dans Histoires d’un médecin russe ce sont huit récits de fiction qui s’inspirent de la vie de l’auteur et de son expérience professionnelle pour décrire le plus souvent la province russe.

Dès la première ligne le ton est donné : « La province, c’est chez nous : une maison chaude, un peu crasseuse, familière… mais beaucoup de gens la voient autrement : la province c’est la boue, les ténèbres et elle n’est habitée que par des pauvres diables ». Et l’on comprend que tout l’ouvrage va balancer dans cette alternative pour ses protagonistes.

Cette fois encore le constat est amer, choquant parfois, car tous les médecins qu’Ossipov met en scène ne sont pas des héros : erreurs médicales, corruption, et « … cette joyeuse participation à la triche collective [qui] renforce l’union nationale tout autant que les lois », sans oublier le fameux fatalisme russe source de tant de maux.

Les héros d’Ossipov sont amenés à voyager ou à s’échapper de cette province, pour se rendre à des congrès, convoyer des personnes handicapées aux États-Unis où parfois ils émigrent ; comme Alex qui s’est construit une vie matérielle confortable basée sur la réussite professionnelle…

Comme Matveï aussi, talentueux joueur d’échecs qui a fui son pays et sa famille et a même changé de nom pour rompre avec un père coupable de délation politique.

Mais la vie d’Alex installé dans son confort matériel est elle si heureuse que ça ? On en doute avant même que sa compagne ne déclare : « Ce qui nous attend ce n’est pas une vie c’est un épilogue sans fin ». Quant à Matveï, Malgré tous ses efforts il ne trouve pas sa place dans cette société américaine « où tout est prévu » pourtant.

Ce n’est que lorsque qu’il est en route pour assister aux funérailles de son père dans cette Russie méprisée, redoutée, reniée qu’il retrouve soudain un sentiment d’intégrité et de bonheur : « Ce n’est pas vraiment de la joie, non, c’est une sensation de clarté, de précision et de plénitude, tellement démesurée qu’il lui semble impossible et même dangereux de la contenir à l’intérieur de soi ».

Il y a ce cardiologue aussi, Anatoli, qui convoie des malades aux États-Unis et à qui une patiente tzigane a promis le bonheur. Après un voyage calamiteux il rentre enfin à Moscou où, ultime désagrément, sa voiture est en panne.

Alors qu’un mécanicien aussi génial qu’improbable prend en main sa voiture lui « remet son casque pour écouter le trio numéro deux de Mendelssohn – et soudain réalise qu’il est heureux… La musique ? Serait-ce à cause d’elle ? Non : la musique est finie, mais il se sent toujours heureux. »

Ossipov perpétue la tradition littéraire des médecins écrivains, de Tchékhov surtout, décrivant comme lui la province russe sans concession et avec la plus grande lucidité. Et c’est pourtant dans cette Russie meurtrie, bafouée, honteuse parfois, dont on « s’éprend aussi facilement qu’une femme tombe amoureuse d’un perdant » que les héros d’Ossipov trouvent leur intégrité et un bonheur aussi authentique que fugace.

 

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