J-18: la dernière compétition

Crédit photo : Flickr Sochi 2014

Crédit photo : Flickr Sochi 2014

Le dernier jour de travail suscite des émotions mitigées. Le dernier jeu de médaille vient d’être disputé sur le site où j’ai travaillé pendant deux semaines et demie. Aussi, c’est d’un côté une journée de médailles normale, avec son habituelle agitation, son chaos, sa charge de travail et sa joie générale suscitée par les résultats et le succès aux compétitions. Mais, d’un autre côté, tout est différent.

La réunion du matin commence par ces mots : «C’est notre dernier jour, s’il vous plaît, ne foirez pas, parce qu’on ne pourra plus rien arranger demain ».

Les collègues qui avaient déjà participé à d’autres Jeux olympiques, commencent à plaisanter et à se rappeler que, une heure après la fin de la dernière compétition, on commence à débarrasser les bureaux, donc si vous laissez quelque chose sur la table le dernier jour de travail vous êtes sûrs de le perdre. Tout le monde essaie de sourire et de tenir le coup, mais des notes de nostalgie et de regret d’être arrivés à la fin de cet événement commencent à percer.

Tout le monde travaille comme si c’était le dernier jour, parce que c’est le dernier jour. Les photographes sont un peu plus audacieux, ils essaient de trouver un angle intéressant, se mettent là où ils n’ont pas le droit de se mettre.

Les journalistes deviennent un peu plus persistants, ils posent des questions sérieuses qui demandent une réflexion aux sportifs qui doivent être trainés de force aux conférences de presse et aux contrôles de dopage. Les volontaires trouvent également du courage et chassent les heureux gagnants pour obtenir des photos et des autographes – c’est le dernier jour, tout est permis. Parfois, les organisateurs les rejoignent aussi. 

Il ne reste que quelques heures de travail, la liberté et le repos nous attendent et nous pouvons tout supporter. Quand une alarme s’est déclenchée par erreur au centre de presse, personne n’a réagi.

Tout comme dans la demi-heure qui a suivi, quand l’alarme hurlait et les volontaires du centre de presse en panique cherchaient les piles du dispositif qui l’éteint. Personne n’a réagi : à raison, pourquoi se distraire ?

Quand on a une minute de libre, nos conversations tournent autour de nos projets. Quelqu’un dit qu’il reste pour les Jeux paralympiques, un autre dit qu’il rentre chez lui, à quoi on demande « Où ça, chez toi ? », et malgré l’envie terrible de répondre « ici-même », on est obligé de se rappeler qu’il y a une vraie vie quelque part, loin de la mer Noire. 

Après la fin des compétitions, toutes les règles qui existaient perdent leur valeur. La neige olympique, sacrée au pôle montagne, sert à des batailles de neige, alors que le terrain des compétitions est utilisé pour d’autres jeux d’hiver, comme, par exemple, descendre une grande montagne assis sur ce qui était naguère une clôture.

Au stade, le speaker avec son intonation traditionnelle commence un discours de félicitations humoristique à la radio. L’étage entier du bâtiment de service sent d’alcool, le bruit des bouteilles de champagne qui s’ouvrent résonne régulièrement dans les bureaux des organisateurs. Tout le monde, sans distinction de rang et de position, s’embrasse et se félicite.

Aujourd’hui, tout est permis. C’est le dernier jour. 

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