Il y eut un jour, et il y eut une nuit

Un nouveau roman de Nourpeissov est consacré aux problèmes environnementaux de la mer d’Aral mettant en scène trois personnages principaux dont la destinée tragique acquiert une dimension cosmique.

TITRE :  Il y eut un jour, et il y eut une nuit

AUTEUR : Abdijamil Nourpeissov

TRADUIT PAR Athanase Vantchev de Thracy

ÉDITIONS DE L’Âge d’Homme


 

Peu sont les écrivains russophones d’Asie Centrale traduits en français ; parmi eux Abdijamil Nourpeissov, écrivain kazakh, est peut être le moins connu malgré l’évocation de son nom pour le prix Nobel et la publication d’une imposante trilogie sur les événements liés à la Première Guerre mondiale dans la région de la mer d’Aral, Le sang et la sueur. En son temps l’ouvrage avait été préfacé par Louis Aragon. Les éditions de l'Âge d'homme viennent de publier dernier ouvrage de Nourpeissov, Il y eut un jour, et il y eut une nuit dont le titre en russe, Le dernier devoir est peut-être plus évocateur.

L'action se déroule à ce moment charnière entre la fin de l’époque brejnévienne et l’avènement de la pérestroïka lorsque toutes les frontières, et pas seulement les frontières géographiques, deviennent mouvantes. Comme la mer d’Aral en s’asséchant lentement a laissé derrière elle une steppe désertique et, sur sa grève, des pêcheurs exsangues, le pouvoir soviétique en se retirant, laisse derrière lui un pays dévasté. Car l’ancienne république soviétique autonome du Kazakhstan a été particulièrement bien servie par les projets de l’administration moscovite : durant l’époque soviétique, outre la prestigieuse base de Baïkonour, elle a accueilli des essais nucléaires, des expériences chimiques et bactériologiques et vu s’implanter, avec la culture intensive du coton, la planification cynique de la quasi disparition de la mer d’Aral.

Il y eut un jour, et il y eut une nuit est une grande fresque sur la vie des pêcheurs d’un aoul de la mer d’Aral en même temps qu’un cri d’effroi sur le désastre écologique : la naissance de plus en plus d’enfants handicapés et débiles, des pêcheurs affamés, des tempêtes noires qui soufflent la désolation sur la steppe.  Ce décor d’apocalypse est aussi le cadre d’une intrigue amoureuse qui met en scène un trio d’amis d’enfance, tous trois partie prenante dans cette évolution de leur environnement : deux hommes que tout oppose Jadiguer, président malheureux d’un kolkhoze de pêche moribond, Azim arriviste sans scrupules qui est parti faire carrière à la ville et une femme, Bakizat. Amoureuse d’Azim qui l’a délaissée pour sa carrière, Bakizat s’est résignée à lier son destin à celui de Jadiguer l’humble pêcheur.

La rivalité entre les deux hommes illustre la lutte entre le monde moderne, l’ambition folle et les compromissions qu’elle impose d’un côté, incarné par Azim et le monde traditionnel, l’authenticité, la fidélité à sa terre, à sa culture, à l’intégrité de la nature, de l’autre, illustré par Jadiguer. La nature, admirablement décrite, sauvage, violente, cruelle parfois est peut-être le personnage principal car c’est par elle que se dénoue l’intrigue amoureuse. C’est aussi peut-être par la reconquête et la sauvegarde de la nature que le Kazakhstan, désormais souverain, pourra se reconstruire.

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